Nous assistons à un effondrement généralisé des actifs

Rien ne va plus…
Les indices plongent, les matières premières s’enfoncent, le baril de brut WTI s’effondre sous les 100 $ et jusqu’à 92 $ ! Il n’y avait hier finalement que l’or qui ressortait dans le vert, rebondissant de 736 $ vendredi, jusqu’à 786 $ l’once en cours de séance.

Le bain de sang est tel qu’on n’a même pas entendu parler hier de la production industrielle américaine. Celle-ci est ressortie en fort recul de 1,1% sur août — sa plus forte baisse depuis septembre 2005 -– bien au-delà du consensus. L’économie américaine s’embourbe, tractée par une industrie automobile au plus mal.

Je vous l’avais bien dit fin juillet au moment où l’euphorie battait son plein sur les marchés : la crise est devant nous !

Serions-nous à présent en train de passer d’un excès d’inflation à son contraire ? Depuis quelques semaines, tout baisse ! Bourses occidentales, bourses émergentes, prix de l’immobilier (même en France !), matières premières… on ne sait plus à quoi se raccrocher !

Il y a six mois, Bear Stearns évitait de justesse la faillite
Rappelez-vous. Nous assistions alors à un sauvetage in extremis de Bear Stearns par son concurrent J-P. Morgan Chase, le tout orchestré par la Fed. "La crise est derrière nous ", entendait-on alors sur les marchés et dans toute la presse…

La semaine dernière, c’était au tour de Fannie Mae et Freddie Mac
Les deux banques échappent d’un cheveu à la banqueroute qui aurait immédiatement fait imploser le système bancaire mondial tant les sommes en jeu étaient significatives et répandues sur l’ensemble de la planète finance. 5 400 milliards de dollars !! Rares sont les banques qui ne détiennent pas leurs actifs ! Cette fois, dans l’urgence, les autorités monétaires ont mis 200 milliards de dollars sur le tapis pour renflouer les comptes des deux monstres spécialisés dans le prêt hypothécaire. Une quasi-nationalisation !

Hier, c’était au tour de Lehman Brothers
160 ans d’existence, la quatrième banque d’investissement des Etats-Unis. "Too big to fail !", vous aura-t-on certainement dit…

Pourtant, la Fed lâche Lehman Brothers. Vous n’allez pas me croire si je vous le dis, mais vendredi soir mon intuition me criait que le sauvetage de Lehman allait échouer et que les marchés ouvriraient lundi en forte baisse…

Pourquoi  ce lâchage ?
La Fed est la mieux placée pour savoir précisément quels seront les prochains établissements financiers au bord du précipice. Je pense qu’elle préserve ses munitions pour faire face à des sauvetages plus cruciaux que celui de Lehman Brothers.

En clair et sans décodeur : le marché peut "avaler" la faillite de Lehman, pas celle de Fannie et Freddie, sous peine de faire sauter la planète bancaire. Et à mon avis, si la Fed préserve ses munitions, c’est sans doute parce qu’elle estime que nous sommes loin d’en être à la fin du processus…

Aujourd’hui mardi, il faut faire face aux cris désespérés du numéro un mondial de l’assurance : AIG
Il lui faut trouver 75 milliards de dollars d’ici quelques heures. La Fed ayant pour l’instant refusé de signer un chèque en blanc, l’Etat de New York vient d’autoriser AIG à prélever une partie du capital de ses filiales. Et je crois que les pressions de la Fed sur Goldmans Sachs doivent être actuellement énormes pour que la banque participe au renflouement d’AIG…

La liste s’allonge… les échéances se tendent
Demain Washington Mutual ? Ou peut-être Morgan Stanley ? Et Wachovia après ? Et dire qu’on a même songé à General Motors, il n’y a pas si longtemps de cela…

Alan Greenspan le disait lui-même hier : "Je n’ai jamais rien vu de pareil". Nous sommes confrontés à "un événement qui se produit une fois tous les cinquante ans, probablement une fois par siècle".

Le mécanisme est diabolique !
Comprenez bien ceci : L’effondrement immobilier a conduit à l’implosion des subprime, qui a entraîné (et entraînera encore un bon moment) des dépréciations d’actifs massives et des provisions bancaires en chaîne. D’où une baisse généralisée des actifs qui creusent davantage encore les pertes des banques. Ces dernières se voient obligées de constituer à nouveau des provisions, ce qui fait fondre leurs fonds propres.

Comme les banques doivent avoir un capital minimum (ratios prudentiels), elles doivent vendre une partie de leurs actifs dépréciés pour reconstituer leurs fonds propres. En faisant cela, elles précipitent à nouveau le prix des actifs à la baisse, ce qui creuse à nouveau leurs pertes. A nouveau, les fonds propres deviennent insuffisants, donc il faut à nouveau vendre des actifs (encore plus dépréciés qu’au tour d’avant), ce qui entraîne à nouveau une baisse des actifs, etc.

A ce rythme, les actifs vont se rapprocher à vitesse grand V de la valeur "0" ! Les banques sont obligées de vendre, de par la réglementation prudentielle. Or en face, il n’y a pas d’acheteurs. Vous iriez rachetez leurs actifs bancaires pourris, vous ?

Un méga jeu de dominos est en place. Et la spirale déflationniste est à l’oeuvre
Tout comme vous, les grands investisseurs privés, les hegde funds ou les fonds d’investissement ont tout vendu et restent cash ! Pas question de se positionner pour l’instant. L’attentisme prédomine. Et ce tant qu’ils seront certains que la spirale baissière qui détruit les actifs n’est pas terminée.

Seule la Fed rachète pour l’instant les actifs risqués des banques franchement en mal de liquidités. Mais la Fed ne peut pas racheter tous les actifs pourris, au risque de finir elle-même par imploser ! Elle a elle aussi ses limites. Et ça, pour l’instant, personne n’en parle…

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Isabelle Mouilleseaux

Isabelle Mouilleseaux rédige chaque jour l'Edito Matières Premières & Devises (Publications Agora), une lettre internet gratuite consacrée au marché des matières premières et au marché des devises. Passionnée depuis toujours par la Bourse et par tous les marchés financiers, Isabelle s'est spécialisée dans les matières premières et veut permettre à l'investisseur particulier de découvrir et de comprendre l'investissement sur ce marché , ainsi que celui du Forex.
 
L'Edito Matières Premières & Devises est bien plus qu'une chronique quotidienne. C'est un pôle d'activités centré sur les matières premières et les devises qui vous donne les moyens de suivre et de maîtriser ces marchés ! Vous y trouverez des conseils, des opinions, et des avis d'experts. Vous pouvez recevoir gratuitement l'Edito Matières Premières & Devises en cliquant ici.