Nouveau rally haussier pour les métaux précieux

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Au moment où je vous écris, les marchés actions sont à nouveau dans la tourmente. Attendez-vous à une semaine de yoyo ! Les marchés n’ont pas de direction. Privé de directionnel clair pour se positionner, les investisseurs réagissent donc instantanément et fortement à la moindre nouvelle qui tombe. C’est un marché de traders…

Le discours de Bush sur l’état de l’Union et la possible baisse des taux de 0,50% par la Fed sont très attendus. La banque a choisi son camp et devrait frapper fort et vite.

Les marchés des matières ont globalement bien résisté. Mais n’oubliez pas que lorsque les marchés actions craquent, les investisseurs doivent dégager du cash en vendant certaines de leurs positions bénéficiaires pour couvrir leurs pertes. Certaines classes d’actifs sur les marchés matières sont ainsi impactées.

Energie : statut quo
Le pétrole est resté stable sur la semaine, le Brent enregistrant un petit gain, le WTI étant en très léger repli.

Livraison mars, le WTI cotait vendredi 90,23 $ sur le Nymex et le Brent 90,34 $ sur l’ICE londonien.

Le premier a été soutenu par le plan de relance de la croissance de Bush (on attend ce soir le discours sur l’état de l’Union), le second par le fort recul des livraisons russes de brut en provenance de l’Oural.

Autres facteurs de soutien ? "Les petites phrases": depuis Davos, le responsable de l’Agence Internationale de l’Energie (AIE) a demandé à l’OPEP d’accroître sa production — l’offre étant juste. La réponse est tombée aussi sec : le Qatar et l’Irak ne voient pas d’indicateurs justifiant une hausse de la production…

Concernant l’uranium qui a rebondi de 75 $ la livre début octobre à plus de 90 $ la livre en fin d’année, son cours se stabilise actuellement autour de 86 $ la livre.

Se tourner vers les minières (à condition de les sélectionner avec une extrême prudence) peut actuellement être à mon avis un bon calcul…

Métaux précieux : toujours plus haut
Nouveau rally haussier pour l’or : chaos boursier, récession, baisse des taux et programme de relance aux Etats-Unis ravivent les risques inflationnistes — sans oublier les cours élevés des matières premières alimentaires et du brut qui attisent le feu…

Cerise sur le gâteau : l’affaiblissement du dollar a fortement soutenu l’or la semaine dernière.

L’or est toujours très recherché pour son côté "assurance tous risques". Livraison mars, l’once d’or cotait 914 $ sur le Nymex.

L’argent est lui aussi revenu très fort dans la partie, dans le sillage de son grand frère, l’or. Il cotait ce matin : 16,53 $ l’once.

Enfin, le platine a pulvérisé tous ses records, franchissant les 1 700 $ en cours de séance vendredi.

La gigantesque panne électrique qui a secoué toute l’Afrique du Sud en fin de semaine dernière a ravivé les tensions sur le platine. Le pays produit 80% voire 90% du platine mondial. La demande est forte, et l’arrêt total de la production minière a fait trembler le marché. Eskom, l’EDF local, a annoncé que les problèmes de coupures électriques pourraient durer encore 2 à 4 semaines.

Ajoutez à cela l’inondation de la deuxième plus grosse mine de platine d’Anglo Platinum (l’un des plus gros producteurs mondiaux de platine), et vous comprenez pourquoi le métal est momentanément passé au-dessus des 1 700 $ l’once ! 70 000 onces produites auraient été emportées par les eaux, soit 4 jours d’offre mondiale ! Et il faudra attendre trois mois pour que la production redevienne normale. Etant donné l’extrême tension sur le marché, les prix se sont envolés !

Dernier cours : 1 681 $ l’once.

Métaux industriels : ils s’accrochent, même si le tableau se noircit…
Les métaux ont bien résisté la semaine dernière au chaos boursier et aux menaces de récession US. Ils ont d’abord cédé du terrain, puis l’ont partiellement regagné en fin de semaine.

C’est de la Chine que viennent les facteurs de soutien. La demande semble pour l’instant résister. Regardez les chiffres :

Hausse légère de la production industrielle et des ventes au détail sur le mois de décembre, léger reflux de l’inflation (qui reste toutefois à un niveau très élevé à 6,5%). La croissance au 4ème trimestre n’a que très peu ralenti, passant de 11,5% à 11,2% (mais elle a ralenti !)…

Ajoutez par-dessus le marché l’indice de confiance des chefs d’entreprises allemands (l’IFO) qui rebondit contre toute attente… Voilà qui a dopé les marchés qui en avaient bien besoin.

Cela dit, le "tableau global" (the "big picture" comme disent les anglo-saxons) reste sombre. Une grande incertitude plane sur le marché.

Vous connaissez depuis longtemps ma position pessimiste quant à la croissance économique US. Sachez que les rangs des pessimistes tendent en ce moment à gonfler sévèrement.

Il faudra sans doute attendre 2009 voire 2010 pour voir l’économie US rebondir. Et le marché des métaux semble avoir intégré cela dans les cours à échéances lointaines.

Concernant le cuivre, les stocks à la bourse de Shanghai sont en recul massif de 32%. En effet la production de cuivre chinoise pour le mois dernier est tombée à son plus bas niveau depuis 4 mois. Offre étroite, demande soutenue : voilà qui a fait les choux gras des importations de cuivre, qui s’affichent en forte hausse. La Chine en a profité pour monter ses taxes à l’importation sur le cuivre raffiné.

Il semblerait également que la Chine veuille renforcer davantage encore ses stocks stratégiques de cuivre.

Le nickel a chuté fortement. Depuis mai dernier ma position reste la même : je pense qu’il doit descendre sous les 25 000 $ la tonne.

Ce sont les spéculateurs qui ont fait le marché manifestement. Il y a eu de gros rachats. Pourtant, les bateaux russes de Norilsk qui acheminent le nickel vers l’Europe sont bloqués par les glaces. Les aciéristes et autres clients vont donc être obligés d’acheter le nickel sur le LME, ce qui devrait soutenir le cours momentanément.

Soft Commodities
Poursuivons avec les céréales. Elles sont à leur plus haut niveau et ont reflué légèrement en milieu de semaine dernière. Les investisseurs pris dans la tourmente boursière ont massivement vendu leurs positions bénéficiaires pour dégager du cash et couvrir leurs pertes sur les marchés actions.

Le reflux des cours n’a pas duré longtemps, d’autres investisseurs saisissant l’opportunité pour se positionner à bon compte. Les cours sont ainsi repartis à la hausse dès la
fin de la semaine.

La baisse du dollar a été un facteur de soutien complémentaire, puisqu’il rend les céréales US d’autant plus attractives. Le Japon par exemple, en a profité pour acheter 145 000 tonnes de blé.

La semaine dernière, les exportations de blé US se sont envolées de 67% par rapport à leur niveau moyen sur les 4 dernières semaines (423 000 tonnes par semaine).

Le blé dur d’été, traité à Minneapolis a été particulièrement recherché. Il est utilisé dans la confection du pain. La demande est à ce point étroite face à l’offre que les prix ont atteint 12,67 $ le boisseau, échéance mars, à la bourse de Minneapolis. Un record ! 12,67 $ ! Vous imaginez ?

Sur le Cbot, même échéance, le boisseau s’affichait vendredi à 9,24 $.

Même comportement côté maïs et soja. Ils ont été soutenus par un dollar faible et par la baisse des coûts de transport maritime (recul de l’indice Baltic Dry). Les investisseurs ont donc parié sur une relance de la demande ! Logique…

Le maïs se renforce d’autant plus qu’on s’attend à une augmentation de la demande de maïs pour nourrir le bétail et pour produire de l’éthanol.

Le soja a été quant à lui soutenu par des achats massifs de la part de la Chine.

Livraison mars sur le Cbot, le boisseau de maïs s’échangeait vendredi à 4,98 $ et celui du soja 12,42 $.

Perspectives
L’agenda économique est chaud cette semaine : discours sur l’état de l’Union de Bush, réunion de la Fed dont on attend un nouveau desserrement monétaire de 50 points de base, chiffre de la construction de nouvelles maisons aux Etats-Unis, ainsi que de la consommation et de la croissance du 4ème trimestre, sans oublier l’indice ISM… attention aux vagues ! Je sens qu’on va faire du yoyo sur les marchés actions.

La position de l’OPEP, dont la réunion est prévue le 5 février, devrait soutenir les cours du brut. Mais les pressions liées aux craintes de voir la récession s’installer vont prendre de l’ampleur. Les cours du brut corrigeront tôt ou tard.

Le rally haussier de l’or devrait se poursuivre. Il sera suivi par l’argent et le platine.

Le cuivre devrait se maintenir grâce à la demande chinoise et à la volonté des autorités de vouloir renforcer leurs stocks stratégiques.

Les céréales devraient rester à des niveaux élevés, même s’ils marqueront une pause de temps à autres. Fondamentalement, il n’y a aucune raison pour que les cours s’inversent.

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Isabelle Mouilleseaux

Isabelle Mouilleseaux rédige chaque jour l'Edito Matières Premières & Devises (Publications Agora), une lettre internet gratuite consacrée au marché des matières premières et au marché des devises. Passionnée depuis toujours par la Bourse et par tous les marchés financiers, Isabelle s'est spécialisée dans les matières premières et veut permettre à l'investisseur particulier de découvrir et de comprendre l'investissement sur ce marché , ainsi que celui du Forex.
 
L'Edito Matières Premières & Devises est bien plus qu'une chronique quotidienne. C'est un pôle d'activités centré sur les matières premières et les devises qui vous donne les moyens de suivre et de maîtriser ces marchés ! Vous y trouverez des conseils, des opinions, et des avis d'experts. Vous pouvez recevoir gratuitement l'Edito Matières Premières & Devises en cliquant ici.