Ben Bernanke n’a pas menti. Il n’a pas raconté la vérité non plus. Il n’a en définitive pas dit grand-chose. C’est peut-être pour cette raison que les marchés ont agi pour lui lors de son intervention à 16h vendredi dernier.
Le marché de l’or a été particulièrement réactif. A 15h50, les transactions ont quasiment été interrompues, au point de faire passer l’once en dessous des 1 650 $. Il aura suffi d’une phrase pour le faire remonter immédiatement : “examinés avec soin, les risques liés aux mesures de politique monétaire non traditionnelles semblent maîtrisables, ce qui implique que nous ne devrions pas exclure d’y recourir davantage si la conjoncture économique l’impose“. A 16h20, l’once valait déjà 1660 $. Et elle a fini par atteindre les 1 680 $ à 19h.
En réaffirmant une nouvelle fois que la Fed se tenait prête à intervenir, son patron a eu un effet miraculeux sur les prix de l’or. Un beau tour de prestidigitation, qui a le mérite d’éviter, ou peut-être de retarder, une dégradation des marchés américains avant les élections américaines.
Est-ce que nous allons voir le même scénario se reproduire cette semaine avec la communication de Mario Draghi prévue jeudi prochain ? Rien n’est moins sûr.
Comme Ben Bernanke, Mario Draghi s’est engagé à intervenir, en cas de besoin. Mais la situation que l’Italien affronte est différente. L’Espagne et l’Italie donnent des signes préoccupants de faiblesse. Après la Catalogne, c’est Valence qui a demandé une aide au gouvernement central. Le total des aides demandées ampute déjà de moitié le fonds de secours espagnol (FLA). Si d’autres régions venaient à demander l’aide de Madrid, le gouvernement serait contraint de demander un renfort rapide pour qu’il puisse secourir ses régions. Or l’Andalousie a déjà fait savoir qu’elle pourrait se tourner vers Madrid prochainement. L’intervention de la BCE deviendrait ainsi très rapidement nécessaire, afin de permettre à l’Espagne de s’endetter à moindre coût. Cela ne fait aucun doute : l’urgence est du côté européen.
Ce petit focus sur la situation américaine et européenne nous montre bien que fondamentalement, la situation économique n’a pas évolué des deux cotés de l’Atlantique. L’incertitude règne encore sur les marchés, et hypothèque les mouvements de reprise durable.
Reste la Chine, qui n’en finit plus d’atterrir. Le mouvement est certes lent, et est accompagné par des mesures discrètes du gouvernement chinois. La Bourse de Shanghai n’en a pas moins retrouvé ses niveaux bas de 2009, à 2 000 points. Malheureusement, il est peu probable que de grandes mesures de politiques économiques soient annoncées dans les semaines à venir. Les échéances électorales à venir limitent les marges de manoeuvres du gouvernement actuel. Les dirigeants chinois seront remplacés en octobre prochain.
En attendant, nos matières ont évolué dans une certaine monotonie (exception faite de l’or), reflétant encore une fois ce manque d’horizon.
L’or bondit, les platinoïdes refluent
La semaine dernière, nous avions constaté que l’once d’or se traînait derrière les performances des platinoïdes. Mais la situation est peut-être en train de s’inverser cette semaine.
Le marché du platine et du palladium sont sous hautes tensions depuis bientôt un mois, après qu’un massacre dans une mine en Afrique du Sud ait déclenché un mouvement de grève. Et celles-ci sont en train de faire tache d’huile. Pourtant la hausse de ces deux métaux s’est arrêtée cette semaine. Si le platine s’est stabilisé, le palladium a perdu près de 3%. Les marchés se rendent peut-être compte qu’ils ont suréagi à l’évènement dramatique sud-africain. Car fondamentalement, les marchés du platine et du palladium sont en surcapacité.
Cette année, l’analyste Edel Tully de la banque UBS estimait que le marché serait excédentaire de 250 à 350 000 onces jusqu’en 2013/2014. Or le massacre de Marikana et les grèves qui ont suivi pourraient priver le marché de 70 000 onces. Selon Edel Tully, “ça n’effacera pas les 210 000 onces de surplus que nous anticipons cette année”. Seule une poursuite du conflit soutiendrait encore les cours.
Le pétrole sur la sellette ?
Avec les platinoïdes, c’est le pétrole qui a connu la plus grande agitation ces dernières semaines.
Si ses cours sont restés stables, les discussions qui l’entourent ont été vives. Je passerai sur la farce du contrôle des prix de l’essence en France. Nous avions très vite démonté au printemps dernier les arguments du PS sur sa capacité à tordre le bras aux pétroliers. En revanche, le G7 est de plus en plus actif. Le déblocage de ses stocks stratégiques lors de la crise libyenne en 2011 avait eu un effet positif sur les cours. Allons-nous voir la répétition de ce scénario ce mois-ci ?
Le Brent est passé au-dessus des 110 $ pendant l’été, alors que le pétrole à New York approchait les 100 $. La hausse des prix du pétrole est probablement la principale menace qui pèse sur la reprise économique. Et les mesures de relance des banques centrales aux quatre coins du monde risquent d’aggraver cette situation en soutenant sa hausse. C’est pourquoi la possibilité de débloquer les stocks stratégiques est actuellement évoquée. Comme dans le cas de l’or, la simple évocation d’un déblocage a peut-être déjà permis au pétrole de rester en dessous des 97 $.
Les métaux stagnent, l’étain se calme
Pour le septième mois consécutif, l’industrie chinoise s’est contractée. L’indice PMI manufacturier chinois d’HSBC est resté en dessous des 50 points en août. Il a même retrouvé son record de mars 2009, à 47,6.
Cette situation a amené le gouvernement et les collectivités locales à réagir. Plusieurs villes ont lancé des plans de relance, et le gouvernement a multiplié ces derniers mois les mesures de soutien à l’activité. Pour l’instant, l’effet est limité sur la demande en matières premières. Les entreprises préfèrent encore déstocker plutôt qu’investir. Cette politique pourrait s’arrêter alors que la future équipe au pouvoir donnera des indications claires sur ses orientations économiques. En attendant, les métaux stagnent.
Seul le cuivre affiche un potentiel de hausse. L’offre n’a pas réussi à répondre à la demande sur les cinq premiers mois de l’année, et le marché devrait finir l’année en déficit de 70 000 tonnes. C’est pourquoi Stephen Briggs, de BNP Paribas, note que le cuivre a connu la baisse la plus basse parmi les métaux de base cette année. Actuellement autour de 7 600 $, l’exploitation du cuivre reste encore largement profitable pour les minières. Le métal rouge pourrait même finir l’année à près des 9 000 $ la tonne.
De son côté, l’étain perd 3% sur la semaine. Cette baisse fait suite à la décision de PT Timah, l’un des principaux industriels de l’étain en Indonésie, de reprendre la production. Début août, sa décision d’arrêter sa production avait fait s’enflammer les prix. Alexandre Benazzouz reviendra plus en détail sur le cas de la politique minière indonésienne dans la semaine.
Les matières agricoles continuent d’inquiéter
Les prix agricoles se sont enfin stabilisés. Si les prix sont à des niveaux trop hauts pour nombre d’importateurs, c’est surtout les scénarios possibles pour la fin d’année qui inquiètent.
Les prix du maïs, du blé et du soja pourraient encore croître à l’approche de l’hiver. La Russie devrait considérablement réduire ses exportations, asséchant le marché en attendant la récolte de l’hémisphère sud. Or là aussi, l’inquiétude domine. La moindre manifestation du phénomène El Niño pourrait perturber les récoltes en Australie et en Amérique du Sud. Le seuil des 9 $ pour le maïs reste notamment possible, car le marché est plus que jamais sous tension.
A noter, les prévisions de l’International Sugar Organization sur les prix du sucre sont nettement baissières pour les semaines à venir. La production brésilienne serait particulièrement bonne cette année.
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Synthèse de l’évolution du cours des matières premières
Tableau de variation des cours
| Cours à 3 mois |
Vendredi 24/08/2012 |
Vendredi 31/08/2012 |
Variation mensuelle |
|
En $ |
En $ |
En % |
|
| Aluminium | 1 901 | 1 869 | -1,68% |
| Cuivre* | 7 616 | 7 590 | -0,34% |
| Plomb* | 1 951 | 1 961 | 0,51% |
| Nickel* | 16 545 | 15 960 | -3,54% |
| Etain | 20 345 | 19 625 | -3,54% |
| Zinc* | 1 858 | 1 829 | -1,56% |
| Acier (Méditerranéen) * | 350 | 340 | -2,86% |
| Pétrole light (New York 1 mois) |
97 | 96 | -1,03% |
| Or (spot Comex) | 1 672 | 1 690 | 2,30% |
| Argent spot Comex) | 30,95 | 31,8 | 3,25% |
| Platine (spot Comex) | 1 542 | 1 540 | -0,13% |
| Palladium (spot Comex) | 650 | 631 | -2,92% |
| Blé (le boisseau sur le Cbot) |
8,71 | 8,73 | 0,23% |
| Maïs (le boisseau sur le Cbot) |
8,09 | 8,02 | -0,87% |
| Soja (le boisseau sur le Cbot) |
17,61 | 17,64 | 0,17% |
* cours en $ la tonne sur le LME à trois mois



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