Où en sont les marchés du blé et du maïs ?

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Par Gilles Vitry

Au moment où les moissons commencent dans les principaux pays producteurs de l’hémisphère nord, quelles sont les perspectives ?

Vers une production de blé record
Après deux années calamiteuses (588 millions de tonnes (Mt) en 2006 et environ 603 Mt en 2007), la production mondiale de blé est attendue en forte hausse. L’augmentation significative et généralisée des surfaces, consécutive aux prix en forte hausse depuis un an et d’un état des cultures jugé satisfaisant dans la plupart des pays producteurs à la veille de la récolte, conduisent à des estimations de production de l’ordre de 640 à 645 Mt.

Mais les prévisionnistes les plus optimistes avancent même le chiffre de 660 Mt. Du jamais vu sur la planète puisque le précédent record de 2004 atteignait à peine les 630 Mt.

Voilà qui pourrait rassurer ceux qui se plaignent de la hausse des prix du pain et de la viande…

Cela dit, la demande ne fléchit pas
Pas si simple ! Car les amateurs de pain et surtout de viande sont de plus en plus nombreux. Au point que la consommation ne fléchit pas. Elle augmente, bon an mal an, de quelque 5 à 10 Mt par an. Cette année, elle devrait être proche des 625 Mt, si toutefois l’offre est au rendez-vous.

N’oublions pas que, dans l’alimentation de nombreuses populations des pays émergents, la viande remplace progressivement les céréales habituellement consommées en l’état ou presque (pain, galettes, etc.). Or s’il ne faut guère qu’un kilogramme de blé pour faire un kilogramme de pain, il en faut trois à quatre fois plus pour “faire” un kilogramme de viande blanche, et au moins 10 fois plus pour un kilogramme de viande rouge ! Les climatologues n’ont pas fini de pester contre les rôts et autres flatulences de nos chers bovins, responsables parait-il de 15 à 20% des émissions de gaz à effet de serre…

Des stocks mondiaux à reconstituer
Alors, tout va bien me direz-vous ? Presque ! A deux détails près…

Il faut d’abord que ces prévisions de production se confirment sur le terrain. Dame Nature est parfois généreuse, mais elle est aussi capable de se montrer décevante. Et puis souvenez-vous que nous sortons de deux années de piètres productions au cours desquelles, pour satisfaire notre demande croissante, il a fallu “taper dans les stocks”.

Les stocks mondiaux n’ont jamais été aussi bas : 110 Mt, soit tout juste deux mois de consommation, alors qu’ils étaient supérieurs à 200 Mt au début de la décennie.

Sauf surprise désagréable, les prix du blé devraient se détendre
En conséquence, si optimisme il peut y avoir, il doit rester mesuré puisqu’une bonne récolte 2008 ne permettrait de regonfler les stocks en fin de campagne (en juin 2009) qu’à hauteur de 125 Mt environ. Pas de quoi se permettre une mauvaise récolte mondiale en 2009 !

Sauf surprise désagréable de dernier moment, et sous réserve du niveau de la récolte dans l’hémisphère sud, qui, elle, n’interviendra qu’en novembre-décembre, on devrait donc assister à une certaine détente sur les prix du blé.


Cours du boisseau de blé sur le Cbot depuis trois mois en US cents

Sauf si… sauf si…
Oui, ce serait trop simple si on pouvait isoler le blé des autres matières premières. Rappelez-vous : elles sont toutes (ou presque toutes) à la fois concurrentes, complémentaires et en partie substituables entre elles. Car le maïs et le soja, mais aussi le colza et le tournesol, pourraient bien venir compliquer les choses.

Les aventures et les mésaventures du maïs
Avec 765 Mt en 2007, la production mondiale de maïs a fait un bond de 10 % par rapport à 2006 (695 Mt). Les Etats-Unis et la Chine fournissent à eux deux plus de 60% du maïs mondial (respectivement 338 Mt et 143 Mt en 2007), tandis que les Etats-Unis assurent près de 60% des échanges mondiaux.

On comprend qu’au cours de la campagne qui vient de s’achever, le maïs, devenu exceptionnellement moins cher que le blé, soit venu à la rescousse dans les formules d’aliments du bétail pour compenser le manque de blé.

Résultat: le stock mondial fin juin 2008 ne progresse que de 5 Mt
Pour atteindre 110 Mt, contre 123 Mt il y a deux ans. Pour sa part le stock de maïs américain chute à 35 Mt contre 50 Mt en juin 2006. Vous me suivez ?

Avec des prix du maïs moins intéressants que ceux du blé, les agriculteurs se sont en partie détournés du maïs. Les surfaces cultivées pour la prochaine récolte ont donc sensiblement diminué.

Et comme une mauvaise nouvelle ne vient jamais seule, les pluies et les inondations qui sévissent en Chine comme aux Etats-Unis, vont pénaliser la production à venir. Conséquence logique, une moindre récolte en vue avec un stock mondial en juin 2009 qui pourrait fondre comme neige au soleil à moins de 100 Mt et un stock américain de tout juste 20 Mt.

L’éthanol américain : véritable épée de Damoclès sur les prix du maïs
La situation est d’autant pus préoccupante que les Etats-Unis ne semblent pas prêts à renoncer à leur politique de production d’éthanol carburant à partir du maïs. En 2003-2004, 30 Mt étaient ainsi transformées en éthanol. En 2007-2008, ce seront plus de 80 Mt de maïs américain qui auront pris le chemin des éthanoleries. Combien en 2008-2009 ? 90, 100,110 Mt ? Pas étonnant que les cours du maïs aient repris des couleurs !


Cours du boisseau de maïs sur le Cbot en US cents depuis un an

Epée qui pourrait, par ricochet, venir impacter le stock de blé !
Et si cette fois, c’était le blé qui venait à la rescousse pour remplacer le maïs dans les aliments du bétail ? Alors le bilan mondial du blé pourrait s’en trouver perturbé, avec l’effet que l’on imagine déjà : une nouvelle hausse des cours du blé ! Le processus a déjà commencé…

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