Camille-Yihua Chen vient de nous livrer l’état du marché du sucre vu depuis la Chine. Une information très intéressante et difficile à se procurer. J’en profite pour rebondir sur le sucre.
Force est de constater que les nouvelles du front chinois ne sont pas tout à fait rassurantes. Mais il est important de suivre ce marché phare dont je vous ai déjà parlé à plusieurs reprises.
Vous souvenez-vous du très beau marché haussier du sucre de 2004 à 2006 ? En deux ans, son cours passait de 5 cents à 19,73 cents la livre. +300% !
Puis, un beau jour de février 2006, par une froide et maussade journée, la tendance s’est inversée et le marché est devenu baissier. Un an et demi qu’il pique du nez ! Il a touché un point bas en juin dernier, à 8,36 cents. Voilà pour le tableau.
Un beau potentiel à long terme
Vous connaissez déjà mon point de vue sur le sucre à long terme si vous lisez régulièrement ces colonnes : il est positif.
A long terme je suis convaincue du potentiel du sucre du fait de sa corrélation avec le pétrole, corrélation qui devrait se renforcer à l’avenir au fur et à mesure que l’offre de brut s’amenuisera. L’éthanol sera alors l’une des solutions de « remplacement » lorsque vous irez faire le plein à la pompe.
Votre voiture roule-t-elle déjà au sucre ? Peut-être pas encore, mais cela va venir, croyez-moi… En Europe, nous sommes enfin autorisés à mélanger jusqu’à 5,75% de biocarburant à l’essence normale. Et ce chiffre ira croissant.
Regardez ce qui se passe au Brésil : ce pays transforme la moitié de son sucre en éthanol, lui-même mélangé à hauteur de 25% à l’essence des automobiles. Et déjà les deux tiers des nouvelles voitures vendues actuellement peuvent fonctionner avec de l’éthanol pur…
La tendance est inexorable. Voilà pourquoi je prédis à long terme un bel avenir au cours du sucre.
Et d’ici là ? Dieu seul sait ce qui va se passer…
Penchons-nous sur le court terme
Toute la question est de savoir « quand » le sucre va se retourner, l’objectif étant de prendre le train en marche le plus tôt possible et de surfer sur la vague haussière.
Plus facile à dire qu’à faire, me direz-vous… et vous avez raison. Monsieur le Marché n’en fait de toute façon qu’à sa tête et aura toujours le dernier mot. Mais cela ne doit pas nous empêcher d’avoir une opinion et d’y jeter un coup d’œil.
Nous avons donc touché un point bas en juin dernier, à 8,36 cents la livre. Et là, le cours a rebondi. Un rebond de toute beauté.
Enfin le retournement de tendance ?
Beaucoup y ont cru. Il faut dire que le mouvement a été plutôt convaincant. Le cours du sucre a en effet fait sauter résistance sur résistance durant tout le mois de juin et juillet, empochant 24% de hausse sur son passage !
Mais il y a une résistance clé, celle des 11,40 cents, qui a vaillamment résisté aux assauts des spéculateurs. Je dis « clé » parce que si nous l’avions franchie franchement (soit une clôture au-dessus de ce seuil en fin de semaine), l’horizon du cours du sucre à moyen terme se serait vraiment éclairci.
Cette résistance reste toujours valable aujourd’hui. Il faut à mon avis passer au-dessus de ce seuil pour entrevoir à plus long terme les 15 cents la livre et ensuite un retour vers les plus hauts.
Mais l’histoire en a décidé autrement pour l’instant. Le cours du sucre est reparti à la baisse début août, repassant sous les 10 cents, puis les 9,20 cents. Il s’est repris légèrement ces derniers jours, gagnant hier 2,26%, à 9,50 cents.
Mon conseil : attendre
Le cours va probablement continuer de baisser, avec un risque de revenir vers son point bas qui n’est plus très loin. Alerte maximum si ce devait être le cas. Car si nous devions franchement passer sous les 8,40 cents, nous pourrions rapidement dégringoler vers les 7,40 cents, direction les 6 cents. Saisissez alors l’opportunité !
Heureusement nos amis chinois sont là. Grâce à Camille, nous savons qu’ils ne laisseront pas faire. Et je crois que nous pouvons compter sur eux. Avec 1 200 milliards de dollars en poche, les autorités de Pékin ont largement de quoi imposer leur point de vue en donnant les moyens aux sucreries d’acheter la matière pour soutenir les cours.
Comme disais Jean de la Bruyère : « Il n’y a point d’avantages trop éloignés à qui s’y prépare par la patience. »
Armez-vous de patience, le sucre vous le rendra.


