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Pékin déprime les métaux mais sauve l’agriculture

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L’information principale de la semaine pour notre portefeuille concerne bien évidemment la Chine.

Pékin a donné des chiffres plutôt mauvais sur sa balance commerciale. Avec le ralentissement des exportations et une hausse de quasiment 40% des importations, la balance commerciale chinoise se trouve en déficit. Ainsi ce gouffre commercial a atteint maintenant 24 milliards de dollars. Ce lent ralentissement de l’économie chinoise a déjà provoqué un mouvement de réaction de Pékin. Le taux de réserves obligatoires des banques a déjà été revu à la baisse en février. De nouveaux moyens de relance devraient à présent être activés.

Le prochain mouvement de relance pourrait viser les infrastructures, et notamment le logement. Le déficit de logement dans les villes chinoises est chronique. Les métaux seront alors aux premières loges de la croissance. D’ailleurs cette hausse sera accentuée au niveau régional. L’ensemble des pays asiatiques réfléchissent ou ont déjà mis en place des plans de relance. Ainsi le Vietnam a réduit son taux de refinancement de crédit, l’Inde a récemment réduit son taux de réserves, la Corée du Sud et l’Indonésie devraient à leur tour réagir.

Ces mesures devraient permettre aux matières premières de résister au ralentissement chinois.

La Chine fait la pluie…
Les mauvais chiffres en provenance de Chine ont porté quelque rudes coups aux métaux. Ainsi le LME, la bourse des métaux de Londres, est en baisse sur deux semaines de 1,8%. Cependant, cette baisse ne rend pas compte des différences entre métaux.

L’aluminium a ainsi sérieusement baissé, de 3,75%. Nickel et étain enregistrent de plus fortes baisses encore, dépassant les -5%. Ces deux métaux sont tous les deux victimes du ralentissement chinois. Ces baisses sont particulièrement intéressantes compte tenu des fondamentaux du marché. L’Indonésie se dirige de plus en plus vers une interdiction des ventes de minerais bruts. Or l’Indonésie est un des premiers producteurs au monde de ces métaux. Toutefois, le ralentissement chinois pèse plus particulièrement sur ces deux métaux, en dépit de la politique indonésienne.

… et le beau temps sur certains métaux
Certains métaux s’en sortent mieux, alors que Pékin poursuit certains de ses achats.

C’est le cas dans le cuivre. Le métal rouge enregistre une baisse, de 0,5%. Si la fixation d’un objectif de 7,5% de croissance en Chine a probablement pesé sur le marché, cette baisse apparaît relativement modeste. La faiblesse des stocks à Shanghai explique en partie cette résistance. Il faut retourner en 2002 pour retrouver ce niveau. A plus long terme, l’entrée prochaine dans une saison de forte demande permettra encore de soutenir les prix.

Le zinc s’est également bien défendu sur les marchés. En cause, des importations en hausse de 47% de la Chine en janvier. Comme les principaux miniers, qui multiplient les rachats de mines de ce métal, la Chine sait que l’abondance de zinc n’aura qu’un temps. Pékin gonfle ainsi ses stocks en prévision.

Pékin assure l’avenir du soja
C’est le soja qui laisse tout le monde derrière lui après deux semaines. En hausse de 4,45%, l’oléagineux dépasse allègrement les maigres hausses de 0,72% et 0,22% du maïs et du blé. L’avertissement de la Chine explique ce décalage. Pékin a annoncé sa volonté d’augmenter, pour la neuvième année consécutive, ses importations de soja. Elles atteindront 59 millions de tonnes.

A l’inverse, Pékin a annoncé qu’il n’entendait pas importer plus de maïs sur la saison 2012-2013. Je rappelle que Pékin désire devenir quasiment indépendant sur le marché du maïs. Le marché du blé s’est maintenu ces deux dernières semaines, après avoir largement décroché en février. La substitution de maïs par le blé dans la nourriture des animaux en Chine pourrait servir de filet de sécurité au marché.

L’or et l’argent bientôt de retour ?
Les remous autour de la Grèce ont poussé certains investisseurs à prendre leurs gains sur l’or et l’argent. L’argent s’est replié de plus de 3%, déçu également par les mauvais chiffres chinois. Toutefois la demande, notamment en or, devrait rapidement repartir. Notez que pour l’instant, Ben Bernanke estime que la probabilité d’un QE3 s’éloigne. Dilma Rousseff appréciera ; la présidente du Brésil a en effet alerté sur les risques d’une inondation monétaire pour la croissance des pays émergents.

Le platine est pour sa part en léger recul, à -1,41%. La reprise de la production à la mine de Rutenberg ayant fini par réduire la tension sur le marché. Pourtant l’écart encore large entre les prix de l’or et du platine, historiquement faibles, joue pour un maintien des prix au niveau actuel.

Le pétrole défie toujours la logique
La spéculation et les considérations géopolitiques autour de l’Iran soutiennent toujours le niveau des prix du pétrole.

Pourtant, l’OPEP vient de revoir à la baisse sa consommation de pétrole pour 2012. Ainsi 0,86 million de barils seront consommés en moins cette année. L’OPEP s’inquiète particulièrement de l’incertitude politique en Europe et du ralentissement en Chine. Encore une fois, le niveau des prix actuel m’apparaît complètement décorrélé de la réalité.

Synthèse de l’évolution du cours des matières premières
Tableau de variation des cours

Cours à
3 mois
Vendredi
24/02/2012
Vendredi
09/03/2012
Variation
hebdomadaire
 

En $

En $

En %

 Aluminium 2 293 2 207 -3,75%
 Cuivre* 8 440 8 394 -0,55%
 Plomb* 2 182 2 116 -3,02%
 Nickel* 20 015 18 870 -5,72%
 Etain 24 000 22 660 -5,58%
 Zinc* 2 072 2 047 -1,21%
 Acier (Méditerranéen) * 510 520 1,96%
Pétrole light
(New York 1 mois)
109,77 106,71 -2,79%
 Or (spot Comex) 1 773 1713 -3,38%
 Argent spot Comex) 35,41 34,32 -3,08%
 Platine (spot Comex) 1 707 1 683 -1,41%
 Palladium (spot Comex) 708 708 0,00%
Blé
(le boisseau sur le Cbot)
6,386 6,4 0,22%
Maïs
(le boisseau sur le Cbot)
6,40 6,45 0,72%
Soja
(le boisseau sur le Cbot)
12,8 13,37 4,45%

* cours en $ la tonne sur le LME à trois mois

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Florent Detroy

Rédacteur en Chef de Matières à Profits
Florent Detroy est journaliste économique, diplômé de Science Po Grenoble.

Spécialiste des matières premières et des pays émergents. Florent Detroy a en particulier une connaissance approfondie de l'ensemble de la chaîne industrielle des matières premières – des pays producteurs aux marchés de consommation.

Pour comprendre les ressorts des marchés, il n'hésite pas à se rendre dans les confortables bureaux londoniens des négociants en commodities comme dans les plaines inhospitalières d'Asie Centrale ou dans les nouvelles mégalopoles asiatiques.

Aujourd'hui, il se consacre au conseil pour particuliers en tant que rédacteur en chef de Matières à Profits. Son but : vous ouvrir les portes du marché des matières premières. Faites-lui confiance.

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