C’est une malheureuse “mauvaise toux” qui a empêché Bo Xilai, chef du Parti communiste de la ville de Chongqing, d’assister à un meeting politique le 14 mars dernier.
Information aux premiers abords anodine. Qui connaît Bo Xilai ? Qui ignore qu’une tasse de thé au miel guérit n’importe quelle mauvaise toux ?
Pourtant le diable (rouge) est dans les détails.
Bo Xilai était jusqu’à récemment une étoile (rouge également) du Parti communiste chinois (PCC). Or lorsqu’un problème de santé empêche un dirigeant chinois d’apparaître en public, et qu’aucune preuve n’est avancée, c’est que soit la “mauvaise toux” ressemble à un cancer généralisé, soit que sa carrière politique est finie. Et au regard des événements qui ont précédé la journée du 14 mars, j’opterais plutôt pour la deuxième explication.
Bo Xilai s’était quelques jours plus tôt fait rabrouer par Wen Jiabao, le Premier ministre chinois, en pleine conférence de presse. Ce règlement de comptes médiatisé était vite apparu comme une exécution politique sommaire.
Au-delà de l’histoire de ce cas précis, l’affaire Bo Xilai est révélatrice des tensions qui minent le PCC actuellement.
Or on sait le lien presque filial qui unit les Chinois aux vendeurs de matières premières. Il suffit que la Chine toussote un peu pour enrhumer le marché des matières. Rappelez-vous, la Chine consomme entre 30 et 40% du cuivre, du soja, ou du fer dans le monde…
La Chine et sa santé sont donc notre premier critère d’investissement. Connaître la température du corps chinois, c’est adapter notre portefeuille en fonction.
Or ces derniers temps, Pékin a plus de 37,2 degrés le matin…
La Chine a-t-elle perdu son âme ?
C’est bien le fond de l’affaire Bo Xilai.
On a présenté le maître de Chongqing comme l’apôtre d’un néo-maoïsme, relançant des campagnes encensant les idées du funèbre Grand Timonier. Pourtant agiter quelques drapeaux rouges n’a jamais constitué une politique en soi. Même à la Bastille.
Et en dehors des paillettes rougeoyantes que Bo Xilai a jetées en l’air, il est surtout célèbre pour avoir été l’artisan de la modernisation de la ville. Infrastructures modernes, zone financière, aéroport international… Bo Xilai était un modernisateur, artisan acharné du capitalisme.
Si Bo Xilai a été écarté, c’est peut-être parce qu’il occupait un créneau politique très porteur en ce moment, celle de la défense du petit contre le gros, et de la lutte contre la corruption.
Les dirigeants peuvent-ils faire dérailler une machine si bien huilée ?
Hu Jintao, le président chinois, et surtout Wen Jiabao, le Premier ministre, pour réformateurs qu’ils soient, ont effectivement laissé les inégalités se creuser. Le décollage des prix de l’immobilier, jusqu’à l’inflation des prix alimentaires, sont autant de cailloux dans les chaussures des deux leaders.
Alors que la succession devrait s’effectuer lors du 18e Congrès du PCC, prévu dans six mois, ce sont ces faits qui pourraient leur être reprochés. C’est pourquoi l’affaire Bo Xilai a été lue comme une guerre annexe, témoignant des tensions à la tête de l’Etat.
La lutte de la succession est en train de s’exacerber également par ce que le futur leader, Xi Jinpin, n’a pas choisi son camp.
Xi Jinpin prendra les rênes de l’Etat en septembre. Or pour l’instant, le leader chinois ménage la chèvre et le chou. Si l’on sait qu’il a rendu visite à Bo Xilai, ce que Hu Jintao n’a jamais fait, il n’a pas publié de programme précis. Il est donc un peu tôt pour prédire le retour des Gardes Rouges, sans pouvoir totalement l’exclure.
En attendant que le climat politique s’éclaircisse, c’est le climat des affaires qui semblent évoluer.
Les investisseurs étrangers sont (toujours) les bienvenus
Au cas où vous en douteriez, les investissements étrangers sont plus que jamais nécessaires pour Pékin.
Cette semaine, la Commission de régulation et de sécurité chinoise a plus que doublé le montant maximum d’investissements des fonds financiers sur le marché chinois. Désormais, le plafond est de 80 milliards de dollars. Je vois trois explications :
- Un signe d’ouverture donné aux investisseurs étrangers par la classe politique
- Une opération prévue de longue date
- Une tentative de relance de l’investissement
Quelque soit l’explication, je ne suis pas inquiet à court terme pour le sort des investisseurs étrangers. Pour l’instant, libéraux comme conservateurs chinois savent que la croissance est le principal facteur de stabilité du système. Le régime communiste en dépend.
Mais à plus long terme, le rapport avec l’étranger pourrait être stigmatisé comme l’origine des maux chinois. Pour continuer à profiter du formidable marché chinois, je vous propose de focaliser vos investissements sur les secteurs les plus durables.
Mon conseil
Comme le rappelait Cécile Chevré dans la Quotidienne, il faut se focaliser sur “les besoins fondamentaux de la Chine“.
Or justement, le centre d’analyse de Gavekal est revenu cette semaine sur les grandes tendances qui vont animer les marchés chinois dans les années à venir. Selon son étude, avec l’orientation des plans quinquennaux vers la consommation intérieure, ce sont les secteurs de l’énergie et de l’agriculture qui devraient continuer de croître à des vitesses fulgurantes.
Selon l’étude, “la demande énergétique du secteur des transports, des foyers et des commerces devrait rester forte“.
[NDLR : Matières à Profits a récemment investi dans un acteur qui détient une position privilégiée pour fournir de l'énergie à la Chine. Situé le long de la frontière chinoise, cette minière est en train de décoller. Les industriels chinois se ruent sur sa production pour sécuriser leurs approvisionnements. Profitez sans plus attendre cette pépite : il suffit de suivre le guide...]
Bon investissement.



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Poursuivre le débat
[...] politique à la tête de l’Etat, dont vous pouvez retrouver un bref résumé ici, entretiennent encore une forme [...]
16 avr 20125:31