“Mario Draghi vient de retourner les marchés comme une crêpe… C’est dire la puissance des mots“, vous disais-je la semaine dernière.
Je terminais mon article en vous mettant en garde : “La flambée des marchés pourrait être de bien courte durée. Dès qu’ils reprendront leurs esprits, ils exigeront de passer à l’étape suivante : les faits, monsieur Draghi, où sont les faits ?“
Nous en sommes là ; les faits ne sont pas là…
Mais qui est le marionnettiste ?
Draghi n’est finalement qu’une marionnette parmi d’autres qui s’agitent et s’affairent, font rire ou pleurer les spectateurs qui ne sont autres que les marchés.
La pièce jouée par la partie allemande est remarquable de contradictions, entre une Angela qui “lâche du lest” en permanence et une Buba ultra-orthodoxe qui “recadre” les choses continûment. Un duo d’artistes.
Etranges également les tergiversations de Mario Rajoy qui s’entête à ne pas faire appel au FESF/MES malgré la gestuelle énergique de Christine Lagarde qui, une fois encore, lui fait comprendre que l’Espagne ne serait pas soumise aux “terribles inquisitions” de la Troika et à ses plans de rigueur destructeurs. N’en déplaise à Draghi, l’Espagne est un peuple fier, il résiste. Et comme l’actuel président de la Banque centrale européenne ne peut intervenir tant que le FESF/MES n’est pas sollicité… le serpent se mord la queue.
Et que dire de la scène politico-juridique qui se noue autour du Tribunal constitutionnel fédéral de Karlsruhe… Il doit donner son avis sur le pacte européen adopté par les parlementaires allemands fin juin à grand renfort de marchandages et tractations politiques… Le MES sera-t-il validé ? Rejeté ? Verdict le 12 septembre. D’ici là, tout est bloqué.
Etant donné le nombre croissant de plaintes déposées par les Allemands pour dénoncer les risques “financiers” liés aux engagements pris par leurs politiques, elle prendra son temps. Risques financiers qui in fine reposent intégralement sur le contribuable allemand. Comprenez “mise en danger du standing de vie d’autrui…“
La pièce est rondement menée. Les marionnettes s’entre choquent et se neutralisent les unes les autres… tout y est. Le suspens reste entier.
Draghi ne peut donc rien faire… mais l’honneur est sauf
Il l’a reconnu hier de lui-même. Le FESF/MES doit d’abord être saisi, et le MES approuvé par la Cour constitutionnelle allemande AVANT qu’il ne puisse racheter des titres souverains (maturités courtes) sur le marché secondaire. Il est donc pieds et poings liés, mais a réaffirmé haut et fort qu’il était toujours prêt à TOUT pour sauver l’euro.
L’honneur est sauf…
De la théorie du chaos à l’Europe
Prenons encore un peu plus de recul…
Le caractère cyclothymique des marchés et les convulsions inattendues et soudaines qui ponctuent les avancées de l’Europe ne seraient-elles pas le reflet de la théorie du chaos ?
L’idée d’origine de cette théorie portait sur les interactions gravitationnelles d’un système à trois corps : la Terre, la Lune et le Soleil. Et la question était de savoir si ce système est “stable” dans le temps, ou si un corps pouvait en percuter un autre, voire se faire “éjecter” du système.
Comment ne pas penser aux membres de l’euro et à la Grèce…
On s’est rendu compte que dans tout système chaotique, une très petite erreur “à l’origine” va inévitablement se trouver très vite amplifiée. Qui n’a pas entendu parler du battement de l’aile du papillon qui déclenche à l’autre bout de la planète un tsunami.
Mais revenons à notre euro. Dès sa naissance tout le monde SAVAIT que sa survie dans le temps était conditionnée au respect par les états de règles, exigences et obligations fiscales et budgétaires très strictes. Dit autrement, l’euro portait dans ses gènes un risque d’échec élevé en cas de laxisme des Etats.
Et comme le démontre la théorie du chaos, le petit risque inhérent au départ s’est très vite amplifié pour atteindre aujourd’hui un paroxysme. Poincaré, dans son Calcul des Probabilités datant du début du siècle dernier, aurait donc raison…
Finalement, l’évolution de l’euro depuis sa création n’est autre que le reflet de l’homme et de ses limites : à savoir son incapacité à se limiter et s’auto-réguler pour rester dans les “clous”, essentiels à la survie de l’euro.
Pure création de l’homme, les limites inhérentes à l’euro ne sont autres que celles de l’Homme.
L’Homme aura beau se prendre pour le grand horloger, il N’EST PAS le grand horloger.
La perfection lui est inaccessible.
En attendant restez à l’écoute…
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