Tournant sur le marché de l’or noir…
La décision de l’AIE a pris tout le monde par surprise. L’agence a bien ménagé son effet de surprise, et a même réussi son coup.
Le WTI comme le Brent ont chuté lourdement suite à l’annonce. -6% pour le Brent, et -2,45% pour le WTI de New York.
Décrochage du cours du Brent (en US $) suite à l’annonce de l’AIE
Cliquez sur l’image pour l’agrandir
Cette décision de l’AIE marque un tournant sur le marché de l’or noir. Et pourrait avoir des répercutions à plus long terme sur l’activité économique internationale.
Objectifs officiels : compenser la production libyenne…
A première vue, le déblocage des 60 millions de barils semble effectivement fait pour compenser la perte de la production libyenne. Etalée sur un mois, la décision de l’AIE va en fait largement compenser ce manque.
Réparti entre les Etats-Unis, 30 millions de barils, l’Europe, 20 millions, et l’Asie, 10 millions, le déstockage sera équilibré. Il devrait même permettre aux Etats-Unis de faire une opération juteuse, puisque le baril revendu au prix du marché (90 $) ne lui coûte que 30 $.
… et prévenir le pic énergétique de l’été
L’autre argument de l’AIE est l’approche de l’été, avec son lot saisonnier d’ouragans toujours porteurs pour le cours du brut.
Mais c’est aussi une saison où la consommation augmente : je ne sais pas si comme moi vous vous liquéfiez devant votre bureau, mais le climatiseur m’apparaît depuis 48 heures comme une bénédiction. Et puis, c’est la saison des grandes migrations estivales aux Etats-Unis et en Europe, très consommatrice d’essence.
On peut tout de même se demander pourquoi l’AIE a décidé d’intervenir en 2011 et pas en 2010, ou en 2008 ?
Lehman Brothers est passé par là
Un éditorialiste des Echos le soulignait que la situation de 2011 est bien différente de celle de 2008.
Désormais, un simple événement peut entraîner l’ensemble du système au fond du gouffre. Par exemple, c’est la chute d’une seule banque, Lehman Brothers, qui a marqué le début de la crise économique.
Aujourd’hui, c’est au tour de la crise grecque de faire trembler tout le système. Ce petit Etat pourrait même faire basculer le monde dans le scénario du “double dip”.
L’AIE veut “temporiser le risque économique” lié à l’arrêt du QE2
C’est dans ce contexte que l’AIE a compris qu’elle devait jouer un plus grand rôle économique. En mettant sur le marché ces 60 millions de barils, l’AIE permet de relâcher la pression sur plusieurs acteurs :
- Les pays développés d’abord, qui voient dans cette décision un moyen de relancer leur consommation et de soutien à leurs économies.
- Les pays émergents ensuite, qui voit s’éloigner le spectre de l’inflation.
Vous voulez mon avis ? La Libye est un prétexte
L’AIE reconnaît un risque de pénurie.
Jusqu’en septembre 2008, l’AIE ne pouvait pas agir. Mettre sur le marché ces 60 millions de barils en 2008, alors que le baril tournoyait pourtant autour des 150 $, c’était reconnaître qu’il y avait un problème. Pire, cela pouvait donner une crédibilité à la théorie du Peak Oil. En reconnaissant qu’il fallait agir sur l’offre, l’organisation reconnaissait qu’elle était structurellement insuffisante.
Or l’AIE reconnaissant un problème d’approvisionnement en pétrole, c’est aussi improbable que de voir la Grèce rembourser ses dettes. D’ailleurs, l’AIE répète depuis des années que la consommation pétrolière pourra largement dépasser les 100 millions de barils par jour (même Total n’a pas osé aller jusque-là).
Mais aujourd’hui, l’AIE tient un tout autre discours.
Un changement de stratégie
L’AIE avait jusque-là un rôle de pompier en chef. L’organisation attendait que les Etats-Unis attaquent un des pays du Golfe pour débloquer ses stocks, comme ce fut le cas pour la première guerre en Irak.
Aujourd’hui, l’AIE ne veut plus être le “dernier recours”, mais le premier. Mieux, elle veut agir comme un régulateur.
Dans les années à venir, elle pourrait ainsi se transformer en vigie du marché, et intervenir dès que le Brent ou le WTI dépasse le plafond que ses membres ont fixé.
Mais cette décision ne s’imposera pas sans poser plusieurs problèmes.
Le problème, c’est qu’on ne s’improvise pas régulateur
Malgré tout le sérieux que dégage la noble institution dirigée par Nobuo Tanaka, l’AIE n’a pas les moyens de son ambition.
On ne prend pas de décision si on n’a pas les moyens qui suivent derrière pour les mettre en oeuvre.
Or la question se pose : que pourra faire l’AIE lorsque le baril sera remonté ?
Et à moins d’une crise générale des dettes souveraines sur l’ensemble du globe, le baril remontera.
- L’Inde et la Chine n’ont aucunement l’intention de réduire leur consommation énergétique.
- L’Arabie saoudite sera moins coopérative avec les Occidentaux puisque l’AIE veut désormais faire la loi sur le marché.
- Et bien entendu, le pétrole va être de plus en plus cher à produire.
Désormais, l’AIE devra affronter ces nouveaux défis. Elle vient déjà de griller une première cartouche.
Mais combien lui en reste-t-il ?
En conclusion
La décision de l’AIE nous offre surtout un bref répit sur la voie d’un baril structurellement au-dessus des 100 $.
Mon conseil : Ce pourrait bien être une bonne occasion de rentrer sur les marchés à bon compte. Il reste encore une marge de repli. Attendez encore un peu pour vous positionner au mieux.




Laissez un commentaire