Le pétrole n’est pas près de revenir à 37,2 $ le matin

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leadimg

Regarder les cours du pétrole, c’était un peu comme regarder les prévisions météorologiques le soir à 20h30.

Les plus prévoyants ne rataient jamais un épisode, que ce soit de l’inénarrable Catherine Laborde, de la sympathique Fabienne Amiach de France 3, ou de la mystérieuse Solweig Rediger Lizlow de Canal+. Ils n’avaient ainsi jamais ou trop froid ou trop chaud le lendemain matin, car ils avaient pris la peine au préalable de glisser dans leur sac/coffre/besace un petit pull ou une écharpe bien épaisse.

A l’instar de la météo, les cours du pétrole ont longtemps permis de prendre la température… de l’économie mondiale.

Avec des puits saoudiens et texans tournant à plein régime, c’est tout simplement l’offre et la demande qui se chargeaient de fixer le prix du baril pour le lendemain matin.

Or depuis quelques années, les prévisions météorologiques et les prévisions pétrolières sont faussées.

=> Pour la météo, le réchauffement climatique oriente de manière structurelle les prévisions à la hausse.

=> Dans le pétrole, c’est l’épuisement des ressources qui oriente de manière structurelle les prix à la hausse.

Le pétrole n’est plus un fidèle thermomètre oscillant entre 30 et 40 $ le baril. Désormais, le baril connaît des poussées de fièvre matinales qui le mène vers les 150 $, alors même que l’activité économique reste atone.

C’est pourquoi lorsque le baril renoue avec ses plus-bas depuis deux ans, il ne faut plus réfléchir, il faut foncer !

Le battement d’ailes d’un papillon grec…
Il faut reconnaître que la baisse du pétrole est tout ce qu’il y a de plus logique, tant nous avons été assaillis par les mauvais indicateurs économiques.

L’homme malade de l’Europe, la Grèce, n’en finit plus d’agoniser. La crise de la dette se répand en Europe, et est en train de faire vaciller l’Espagne. Actuellement, c’est le recul des capitaux étrangers dans le pays qui inquiète particulièrement les autorités espagnoles et européennes. Comme le rappelle Cécile Chevré dans la Quotidienne, ils auraient reculé de 140 milliards d’euros.

Par contagion, l’Asie a été profondément affectée. La baisse plus forte que prévu de l’indice PMI chinois, les records de baisse de la croissance indienne à 5,3% ou la baisse des exportations coréennes ne sont que quelques uns des signes du ralentissement.

Et aux Etats-Unis, le nombre de créations d’emplois a été de 69 000 en mai, ce qui a représenté une douche froide pour les analystes qui en attendaient 150 000.

… provoque une tempête sur le pétrole
Les grandes places financières ont ainsi toutes chuté en mai, de 15% pour Wall Street, à 12% pour Toronto.

C’est surtout le décrochage du pétrole qui a été impressionnant. Le Brent a perdu près de 18% sur le mois, et le WTI plus de 20% !

Les cours des pétroliers et parapétroliers ont ainsi suivi le pétrole dans sa dégringolade. Les titres du secteur ont dévissé en moyenne de 11% en mai sur la place parisienne. A New York, Exxon Mobil vient d’enregistrer une baisse de 8% sur un mois et Shell s’approche des 10% de perte. A noter que Total a plutôt bien résisté, en limitant ses pertes à 4,5%.

3 raisons ont accéléré la baisse du baril

1. Le dollar s’est renchéri

Fin mai, l’Agefi nous apprenait que le gérant américain Merk, spécialisé dans les devises, avait cédé “l’intégralité des avoirs en euro de son fonds Merk Hard Currency”. Par conséquent, le dollar est devenu une valeur refuge. Coté en dollar, le baril de pétrole est ainsi devenu plus cher.

2. La production américaine est en hausse 

La révolution du pétrole de schiste, dont nous avons souvent traité dans l’Edito, est en train de produire ses effets. La production américaine de pétrole a bondi de 3,8% entre avril et mars.

3. Les tensions sur l’Iran sont prises en compte 

Ce n’est pas la pantomime jouée à Bagdad fin mai lors de la réunion du Groupe 5+1 avec l’Iran qui a apaisé les cours. Simplement, l’embargo prévu pour débuter le 1er juillet a déjà été intégré dans les prix du pétrole. L’accès de fièvre du Brent à 120 $ en mars n’était pas une coïncidence.

Aurons-nous trop de pétrole cet été ?
Devant l’accumulation de signaux positifs sur le pétrole, nous pourrions être tentés de nous réjouir d’une nouvelle ère d’abondance. Ce serait une erreur.

A la question “aurons-nous trop de pétrole cet été ?”, je répondrai “aurons-nous assez de pétrole cet hiver ?”.

Car il ne fait aucun doute que le marché du pétrole est entré dans une phase de déficit structurel. Le Congrès américain ne s’y est d’ailleurs pas trompé. Devant l’illusion de l’abondance apportée par le pétrole et le gaz de schiste, le gouvernement à autoriser leur exportation.

Deux membres du Congrès ont immédiatement tiré la sonnette d’alarme. Ils viennent d’adresser une lettre au président Obama lui demandant de “limiter les exportations de gaz naturel, aussi bien que de charbon et de produits pétroliers”.

Le monde vient de consommer la moitié de son pétrole
Car l’épuisement de nos ressources pétrolières fait de moins en moins de doute. Après l’Institut Français du Pétrole, BP vient de reconnaître que la production mondiale de pétrole plafonne depuis 6-7 ans.

De même, Christophe de Margerie, cité par le Bulletin de l’Industrie Pétrolière, a reconnu récemment que “depuis l’avènement de l’ère du pétrole, on a consommé près de 1 000 milliards de barils. Aujourd’hui, des réserves prouvées exploitables (de pétrole conventionnel), il y en a autant”.

Les conséquences de ce plafonnement ont déjà eu des répercussions très concrètes pour nous. En 2011, nous n’avons jamais payé dans toute l’histoire un baril aussi cher, à 111 $.

Comment en profiter ?
La crise économique que nous sommes en train de vivre est une aubaine. Non pas pour l’Union européenne bien entendu, mais pour investir sur le pétrole. Car le prix du baril ne va pas rester longtemps aussi bas.

Christophe de Margerie a poursuivi sa déclaration en expliquant qu’il reste 2 000 milliards de pétrole non conventionnel à exploiter… soit “près de trois fois la quantité produite jusqu’ici” !

Simplement, les coûts de production seront de plus en plus cher, car ce pétrole sera difficile à exploiter, soit techniquement (sables bitumineux), soit géographiquement (Arctique).

[NDLR : Florent Detroy a recommandé dernièrement à ses lecteurs de Matières à Profits une valeur bien particulière qui pourrait profiter de l'exploitation croissante des pétroles complexes, comme ceux situés en offshore. Evalué à 72 milliards sur 5 ans, ce marché fera le bonheur du titre sélectionné par Florent, que vous pourriez acquérir dès aujourd'hui. Il devrait décoller dès que le baril aura repris sa course en avant. Pour en profiter, n'attendez pas : découvrez Matières à Profits sans plus attendre...]

Actuellement, le pétrole est à un niveau particulièrement bas. Je vous conseillerais d’attendre encore un peu avant de vous engager sur le secteur, une accélération de la crise est toujours possible dans la zone euro.

Toutefois, tenez-vous prêt à rentrer sur les pétroliers et parapétroliers d’ici un à deux mois. Les acteurs du pétrole récupéreront rapidement leur pertes du mois de mai.

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Florent Detroy

Rédacteur en Chef de Matières à Profits
Florent Detroy est journaliste économique, diplômé de Science Po Grenoble.

Spécialiste des matières premières et des pays émergents. Florent Detroy a en particulier une connaissance approfondie de l'ensemble de la chaîne industrielle des matières premières – des pays producteurs aux marchés de consommation.

Pour comprendre les ressorts des marchés, il n'hésite pas à se rendre dans les confortables bureaux londoniens des négociants en commodities comme dans les plaines inhospitalières d'Asie Centrale ou dans les nouvelles mégalopoles asiatiques.

Aujourd'hui, il se consacre au conseil pour particuliers en tant que rédacteur en chef de Matières à Profits. Son but : vous ouvrir les portes du marché des matières premières. Faites-lui confiance.

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