Après avoir touché le fond à 31,1 dollars, 44,6 dollars sera finalement le prix du baril de pétrole au terme de l’année 2008.
Beaucoup oublient un peu vite son record de juillet 2008 à plus de 145 dollars et sa moyenne annuelle à presque 100 dollars.
En 150 ans de production pétrolière, ceci n’est arrivé que trois fois
La principale explication de la presse économique fut : "spéculation".
La spéculation est à la presse économique ce que la clef de 12 est au mécanicien : la réponse à tous les problèmes…
En 2002-2008 : hausse de l’or "spéculation"…
En 2008 : hausse du pétrole "spéculation"…
Vous remarquerez que le mot "spéculation" ne s’applique qu’à la hausse des ressources. Quand il y a baisse, la spéculation disparaît au profit de la loi de l’offre et de la demande…
Et pourtant…
C’est bien un problème structurel d’offre et de demande qui a conduit à la hausse de 2008, alors que la production de pétrole n’arrivait pas à répondre à la forte demande mondiale dopée par la croissance chinoise.
Et de un…
La première hausse d’une telle ampleur date de 1864, lorsque la demande de pétrole augmenta brutalement alors que la production était encore archaïque — lorsque le pétrole était produit par essorage d’un torchon, je pense que le mot "archaïque" est bien adapté).
Et de deux…
La seconde hausse de cette ampleur a eu lieu 116 ans plus tard, lors de la guerre Iran/Irak qui opposa le troisième et le quatrième producteur mondial de pétrole. La production baissa brutalement de 10%.
Le point commun entre 1864 et 1980 est une production insuffisante suite à une augmentation brutale de la demande en 1864, et une baisse brutale de l’offre en 1980 (pour regarder la présentation avec les graphiques cliquez ici).
Et de trois
La troisième hausse a lieu 28 ans plus tard, en juillet 2008. La cause n’est pas le retour de production pétrolière au torchon ou une baisse de la production mondiale de 10%. Vous l’aurez compris : c’est la spéculation…
Le poids de mots
Avant d’être une interprétation erronée du marché du pétrole, c’est une erreur sémantique. La spéculation, c’est l’acte d’anticiper la fluctuation naturelle du marché et non pas la volonté de le manipuler.
Le terme approprié alors serait plus l’agiotage, mais celui-ci est moins vendeur. Si je vous dis que le pétrole va monter à 200 dollars, je spécule sur le futur prix du pétrole en anticipant. Si je stocke quelques centaines de millions de barils de pétrole, j’agiote, mais cela dépasse largement la capacité de ma cuve à fuel au fond de mon jardin et là je m’égare.
J’en reviens à notre sujet
La hausse du pétrole de l’année 2008 n’était pas le résultat d’une manipulation mais bien un problème d’offre comme c’est arrivé en 1864 et en 1980.
Seulement cette fois-ci, la situation est plus critique pour la production de pétrole. Si à nouveau une hausse du prix du baril porte les prix à ce niveau dans les prochaines années, ce qui me semble très probable (je spécule encore), alors ne cherchez pas dans votre dictionnaire à "spéculer" mais à "pic pétrolier".
Retrouvez l’opinion de Thomas Chaize sur l’or, l’argent, le pétrole… sur son site Internet en cliquant ici.


