Par Alain Freymond (*)
Stabilité en 2010… le sursaut du brut sera-t-il pour 2011 ?
Si 2010 restera marqué par la débâcle de BP et l’effondrement de sa cotation qui a suivie, l’évolution des cours du Brent n’a pas vraiment fait de vagues cette année.
Il y a bien sûr eu des opportunités, mais rien de comparable par rapport à d’autres matières premières, métaux précieux et soft commodities en tête.
Oscillant gentiment dans une bande de fluctuation entre 70 $ et 90 $ le baril, le choc attendu n’a pas – encore — eu lieu, mais 2011 pourrait bien changer la donne.
Lisez entre les lignes
Il suffit de regarder les courbes à long terme pour se rendre compte de la sous-évaluation actuelle du prix du baril. La comparaison de la hausse du prix du pétrole depuis 2003 à celle des années 1970 démontre que son prix peut encore au moins doubler.
En se basant sur des dollars constants de 2010, on observe que le cours du pétrole est resté d’une stabilité exemplaire — aux alentours de 20 $ le baril — entre les années 50 et le premier choc pétrolier.
Le second choc pétrolier fit grimper le prix à presque 105 $ le baril, représentant une multiplication des prix par 5.
La moyenne des prix de la fin des années 80 jusqu’au début des années 2000 se situe aux alentours de 30 $ à 40 $ le baril.
Le pic que nous avons connu en 2008 à 125 $ le baril — toujours en dollars de 2010 — ne représente donc qu’une multiplication des prix par 3 !
La réserve de croissance du prix du pétrole semble avoir encore de beaux jours devant elle, sachant que de nombreux fondamentaux soutiennent cette tendance.
L’or noir : toujours irremplaçable
Plus de 50% des ressources naturelles non renouvelables ont été épuisées en moins d’un siècle.
Nous sommes progressivement devenus totalement dépendants du pétrole. Dans le même temps, la population mondiale a triplé, passant d’environ 2 milliards en 1927, à 7 milliards d’ici à l’an prochain.
Les transports restent l’activité la plus gourmande en pétrole. Sur 85 millions de barils consommés par jour dans le monde, 55 millions sont destinés au transport routier, et seulement 10 millions pour les transports aérien et maritime.
Les progrès technologiques et les nouvelles énergies peuvent être un appui, mais les échéances restent incertaines, tant sur l’avancement des innovations que sur l’épuisement définitif des ressources non renouvelables.
Aujourd’hui, aucune alternative satisfaisante ne peut se substituer au pétrole.
Seulement 1 baril de pétrole est découvert pour 7 barils consommés…
Voici l’équation : l’offre diminue… la demande explose.
▪ En 1960, les découvertes de pétrole étaient évaluées entre 30 et 60 milliards de barils par an, alors que la consommation n’était que de 6 milliards de barils par an.
▪ Aujourd’hui, les nouvelles découvertes ne sont plus que de 4 milliards de barils par an et la consommation atteint 30 milliards de barils par an.
Un gâteau qui rétrécit et toujours plus d’invités
Côté demande : La croissance phénoménale de la consommation de pétrole par la Chine était sous-évaluée.
L’Agence internationale de l’énergie (AIE) avait très largement sous-estimé ses prévisions. L’empire du milieu a consommé 4 fois plus que le chiffre annoncé par l’AIE en 2010. A ce rythme, la Chine dépassera la consommation des Etats-Unis dans cette décennie.
Conscients des problèmes d’approvisionnement qui pourraient nuire à leur croissance future, les Chinois sont en train d’acheter un maximum de réserves de pétrole à travers le monde.
Désormais, ce sont l’Inde et la Chine, représentant 37% de la population mondiale qui donneront le ton et feront pression sur l’avenir énergétique global.
Des pays exportateurs de moins en moins ouverts
Côté offre, les pays de l’OPEP et les anciennes républiques soviétiques contrôlent actuellement près de 88% des réserves pétrolières mondiales et 60% de la production de pétrole dans le monde.
Dans le reste du monde, les gisements ont atteints leur pic de production dans les années 2000-2003, période durant laquelle le prix du baril a atteint son point bas.
Et depuis 2005, les exportations nettes de pétrole ne font que décliner. Pourquoi cette baisse des exportations ?
Tout simplement à cause d’un arbitrage dans les pays émergents et exportateurs de pétrole qui préfèrent conserver leur pétrole pour leur consommation domestique et ainsi assurer leur croissance et leur indépendance énergétique.


