Platine, palladium et céréales US consolident ; les métaux de base toujours trop hauts

| |

Energie : le brut touche un record à 106,54 $ le baril
La spéculation pousse toujours le pétrole à la hausse, avec deux nouveaux records cette semaine en cours de séance : 106,54 $ pour le WTI et 103,81 $ pour le Brent de la Mer du Nord.

Vendredi, en fin de journée, le WTI revenait à 104,47 $ le baril sur le Nymex, livraison avril, et le Brent à 102,18 $, même échéance, sur l’ICE londonien.

Nous sommes dans un cercle vicieux : les menaces inflationnistes font déraper le dollar, qui a touché un point bas à 1,5461 $ pour un euro. Celui-ci étant négativement corrélé au pétrole, chaque nouvelle baisse du dollar pousse le baril à la hausse, ce qui ravive d’autant les menaces inflationnistes.

Un cercle vicieux dont il sera difficile de sortir, sachant que la priorité de la Fed est de doper l’économie, et non de maîtriser l’inflation (qui atteint déjà 4,5% aux Etats-Unis).

Les chiffres économiques sont tellement mauvais qu’on ne se demande même plus si la Fed va baisser ses taux, mais plutôt de combien elle va les baisser. De 50 points de base ? 75 points ? Les paris vont bon train… Une chose est sûre : baisse des taux = baisse du dollar + renchérissement de l’inflation ! Et plus l’inflation menace et le dollar baisse, plus les capitaux se jettent dans les bras des matières premières — ce qui renchérit l’inflation d’autant. Diabolique…

Autre facteur de soutien au brut : la baisse du stock US de pétrole de 1,6% et le refus d’augmenter les quotas de la part de l’OPEP.

Mon avis ? Nous allons vers un ralentissement économique, ce qui devrait diminuer la demande mondiale de brut. Prenons les Etats-Unis par exemple : la demande journalière est déjà en recul à 20,6 millions de barils, soit une baisse de 3,4% par rapport à la consommation journalière de brut à la même époque l’an passé. Et je pense que cette tendance va se poursuivre.

Qui gagnera le match ? La spéculation ou la demande fondamentale ? Ca, je ne sais pas…

Métaux précieux : l’or flirte avec les 1 000 $
L’or a continué de progresser cette semaine. Il affichait vendredi 977,20 $ sur le Nymex, livraison avril. Mercredi, le future est venu flirter avec les 995,20 $ en cours de séance. A une encablure des 1 000 $.

Ce seuil sera-t-il franchi ? Personnellement, je n’en doute pas un instant. Les capitaux recherchent plus que jamais une protection contre l’inflation croissante et le chaos économique et boursier. Or je m’attends a des tensions croissantes, tant sur l’économie que sur les marchés.

La crainte d’une récession aux Etats-Unis, couplée à la baisse du dollar et la hausse du cours du brut poussent les cours de l’or à la hausse. N’oubliez pas que la hausse du brut dope l’inflation. Et qu’il n’y a pas meilleure protection que l’or contre l’inflation.

Seule ombre au tableau : la demande des bijoutiers s’effondre car ils ne peuvent plus suivre à ces cours élevés. Selon le Bombay Bullion Association, les importations d’or en février se sont élevées à 10 tonnes contre 54 tonnes l’an passé à la même époque. Soit une dégringolade de plus de 80% ! Cela dit, la chute de la demande des joailliers est plus que compensée par la hausse de la demande d’or sur les marchés financiers.

L’argent a suivi la tendance, franchissant le seuil psychologique des 20 $ pour la première fois depuis presque 30 ans.

Le platine a lui aussi affiché un record historique mardi, à 2 310 $, entraînant avec lui le palladium qui a touché les 595 $. Ce sont les nouvelles en provenance d’Eskom qui ont fait chuter ces métaux de leur piédestal. Le ministre sud-africain de l’énergie et des mines a annoncé que les mines se verraient attribuer 95% de leur niveau normal d’électricité (contre 90% auparavant) tant que la situation électrique du pays, pour l’instant stabilisée, sera maintenue.

Du coup, le platine chute fortement, et la correction peut aller jusqu’à 1 840 $ – 1 890 $ avant de voir le cours rebondir.

La chute du platine entraîne celle du palladium. Ce recul peut aller jusqu’à 450 $ – 470 $. Voir plus, avant de rebondir.

Le palladium et le platine cotent cet après-midi 463 $ et 1 934 $ respectivement.

Cours à
3 mois

Vendredi
29 février 2008

Vendredi
7 mars 2008

Variation / semaine
 Aluminium* 3 108 3 227 3,83%
 Cuivre* 8 430 8 545 1,36%
 Plomb* 3 330 3 090 -7,21%
 Nickel* 31 500 33 350 5,87%
 Etain 18 800 19 200 2,13%
 Zinc* 2 740 2 650 -3,28%
 Or (spot) 971,45 972,77 0,14%
 Argent (spot) 19,75 20,19 2,23%
 Platine (spot) 2 164,90 2 036,50 -5,93%

* cours en $ sur le LME à trois mois

Métaux de base : attention, les f
ondamentaux ne suivent pas !

Mon avis sur les métaux n’a pas changé. Les hausses que nous constatons depuis quelques semaines sont à mon avis décorrélées des fondamentaux.

Depuis mi-janvier, l’aluminium a gagné plus de 32%, le cuivre 20%, le plomb 19% (et encore, il a perdu 7% sur la semaine !), le nickel 16%, l’étain 17%, le zinc 12,5%.

Or sur la période, les nouvelles économiques en provenance des Etats-Unis n’ont fait que s’aggraver. En février, le pays a détruit 63 000 emplois là où certains tablaient sur 100 000 créations ! La confiance des ménages est au plus bas depuis 5 ans. Le secteur immobilier est en récession et continue de plonger, entrainant la construction dans sa chute. Le secteur manufacturier vient de passer dans le rouge à son tour.

Depuis août dernier, je vous explique pourquoi l’économie américaine ne pourra pas éviter la crise économique. Cette fois, la récession est bien là et elle gagne progressivement du terrain.

Parallèlement, le credit crunch gagne en puissance. La Fed va encore injecter des milliards pour assurer la liquidité sur les marchés. Elle se démène comme un beau diable. Mais je ne suis pas certaine qu’elle soit en mesure de gagner le match contre l’économie et la finance mondiale. Aussi forte soit-elle… L’avenir nous le dira !

Revenons à nos matières : les Etats-Unis, l’un des plus gros débouchés pour les matières, ont une économie chancelante. Ce qui ne peut que diminuer la demande pour les métaux industriels.

Et la Chine ? Première consommatrice de matières — elle est confrontée à une inflation brûlante et une surchauffe économique évidente. Les autorités chinoises le savent et passent leur temps à resserrer leur politique monétaire et donc l’offre d’argent. Attention au contrecoup de cette politique qui pourrait soudainement devenir brutale.

Et je ne parle même pas de la hausse du yuan (hausse qui va se poursuivre) qui affaiblit la compétitivité chinoise…

Le prix des métaux sont, pour toutes ces raisons, largement surévalués par rapport à leurs fondamentaux réels. C’est du moins mon opinion personnelle. Tout le monde ne la partage pas.

Qu’est ce qui les pousse à la hausse ? La spéculation. La planète croule sous les liquidités. Or elles doivent bien s’investir quelque part. Comme cela "sent le roussi" sur les marchés actions, obligataires et immobiliers, et que le dollar pique du nez, les matières premières attirent les capitaux comme jamais. De véritables aimants !

Autre épée de Damoclès sur les matières : attention au carry trade sur le yen. Le dollar ne valait plus que 101,43 yens en cours de séance cette semaine. Jamais le yen ne s’était autant apprécié contre le dollar depuis l’an 2000. Si les opérations de carry trade devaient commencer à se déboucler, les matières premières, pétrole et métaux industriels en tête, seront en premières lignes et en feront les frais.

Le cuivre a touché un nouveau record historique, à 8 800 $ la tonne cette semaine — soutenu par des stocks en forte baisse sur le LME et un dollar toujours plus faible. Le dernier record datait de mai 2006, à 8 600 $.

Autre élément de soutien, les grèves dans la mine de Chambesi en Zambie. Les mineurs réclament des hausses de salaires.

En fin de semaine, les prises de bénéfices et la baisse de la demande chinoise, conséquence d’un cours poussé trop haut, on fait baisser le cours du cuivre.

Etain : nouveau record à 19 375 $ la tonne !

Nickel : il revient dans la course, largement soutenu par la grève dans la mine de nickel Cerro Matoso de BHP Billiton, en Colombie. Le recul de la production de nickel fait grimper le cours. En effet, avec une production annuelle de quelque 55 000 tonnes de nickel, cette mine est l’un des plus gros producteurs. Mon avis sur les perspectives reste inchangé : le cours du nickel devrait repasser sous les 25 000 $ la tonne à terme.

Aluminium : la production se remet doucement en route en Chine après les évènements de février. Chalco vient de rouvrir ses usines dans la province de Ghuizhou. Pour l’instant, elles tournent à 10% de leur capacité. La reprise de la production sera lente et progressive.

Céréales US : enfin une pause !
Ici aussi, la spéculation bat son plein. Certes, les fondamentaux des céréales US sont solides et haussiers. Mais de là à pousser les prix aussi haut ! Voyez plutôt : le soja a touché lundi les 15,86 $ le boisseau sur le Cbot. Et le maïs est passé au-dessus des 5,70 $ livraison mai !

Je vous dis souvent qu’un long trend haussier peut durer des années — et que ce trend globalement haussier est fait de hauts et de bas successifs. Habituellement, nous sommes plutôt confrontés à des passages à vide qui permettent de consolider la hausse et rebondir de plus belle. Cette fois, nous sommes confrontés à une pentification soudaine au sein d’un trend haussier. Attention…

Après son record de lundi, les choses se sont calmées pour le soja. Deux raisons à cela : la récolte sud-américaine devrait être plus élevée que prévue et les anticipations de baisse de la demande chinoise vont aller bon train. En effet, le soja a perdu presque 6% à la bourse de Dalian (à 12 968 yuans la tonne). Du coup, les spéculateurs en déduisent que les importations chinoises vont ralentir.

Vendredi, le soja affichait 14,08 $ sur le Cbot, livraison mai.

Le maïs a légèrement corrigé aussi. On spécule à présent sur un éventuel changement de position de la politique américaine quant à l’éthanol, les prix du maïs étant devenus trop élevés. Pourquoi ?

Lors d’une conférence internationale sur les nouvelles énergies, le président Bush a expliqué que les projets de développement en faveur de l’éthanol sont confrontés à des difficultés dans leur mise en pratique.

Le maïs est ainsi revenu à 5,47 $ le boisseau sur le Cbot, livraison mai, vendredi.

Le prix du blé est lui aussi depuis quelques jours sous pression, les rendements attendus aux Etats-Unis semblant s’améliorer. Je vous rappelle aussi que les fermiers américains ont consacré 21% de terre en plus au blé cette année. Ce qui est significatif. Et pour l’instant, la météo est favorable.

Le blé cotait vendredi 10,98 $ le boisseau sur le Cbot, livraison mai.

Author Image for Isabelle Mouilleseaux

Isabelle Mouilleseaux

Isabelle Mouilleseaux rédige chaque jour l'Edito Matières Premières & Devises (Publications Agora), une lettre internet gratuite consacrée au marché des matières premières et au marché des devises. Passionnée depuis toujours par la Bourse et par tous les marchés financiers, Isabelle s'est spécialisée dans les matières premières et veut permettre à l'investisseur particulier de découvrir et de comprendre l'investissement sur ce marché , ainsi que celui du Forex.
 
L'Edito Matières Premières & Devises est bien plus qu'une chronique quotidienne. C'est un pôle d'activités centré sur les matières premières et les devises qui vous donne les moyens de suivre et de maîtriser ces marchés ! Vous y trouverez des conseils, des opinions, et des avis d'experts. Vous pouvez recevoir gratuitement l'Edito Matières Premières & Devises en cliquant ici.