Platine : une pénurie longue se profile à l’horizon (II)

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Comme prévu, je termine mon article sur le platine aujourd’hui. Pourquoi flambe-t-il ? Eléments de réponse…

OPA chinoise sur le platine Zimbabwéen ?
Outre en Afrique du Sud, il existe bien un second gisement important de platine : dans le Zimbabwe voisin. Dans la région du "Grand Dyke" plus précisément, où opère notamment Zimplats, filiale d’Impala. Mais le gouvernement zimbabwéen du peu recommandable Robert Mugabe est en train de nationaliser les minières étrangères. Et une bonne partie de cette "nationalisation" s’apparente à de la confiscation pure et simple, ce que les entreprises cotées supportent plus mal encore que les autres.

Bien sûr, certains n’ont pas le moindre scrupule à profiter du malheur des autres. "Cette semaine", a indiqué Christian Hocquard, "les Chinois ont fait une visite au Zimbabwe et se sont déclarés intéressés par l’exploitation de gisements d’or et de platine". Peu regardante sur les états de services de ses fournisseurs, la Chine s’entend déjà avec le régime islamiste de Khartoum, riche en pétrole…

Bref, en raison d’une succession de goulets d’étranglement, le marché du platine a tendance à être en déficit depuis environ 8 ans. Globalement, les minières peinent à atteindre leurs objectifs de production : en 2003, AngloPlat visait les 3,5 Moz de platine pour 2006. Elle n’en a sorti finalement sorti que 2,8 Moz…

Le désastre électrique sud-africain
Il manquait encore une ombre au tableau. La voilà : afin d’attirer des compagnies minières, l’Etat sud-africain et son EDF local, Eskom, est doté dans les années 60-70 d’un parc de centrales à charbon et de quelques réacteurs nucléaires. L’Etat impose des prix réglementés très bas à l’électricité, indispensable au fonctionnement des raffineries et à l’exploitation des mines souterraines. Mais la faiblesse des tarifs administrés a dissuadé aussi les opérateurs privés de se lancer : tout est entre les mains d’Eskom, qui depuis 20 ans n’a construit aucune centrale.

Des mineurs sur le carreau ?
Cela devait arriver : en janvier dernier, Eskom s’est trouvé incapable de faire face à la demande croissante de ses clients. Et l’Afrique du Sud a dû se résoudre à l’inimaginable : d’abord, la fin de la garantie d’alimentation des mines, ce qui équivaut à un arrêt de mort pour les plus profondes d’entre elles. Le 25 février, pour cette raison, la minière aurifère Gold Fields a envisagé la fermeture de puits et la suppression de 12% de son effectif, soit 6 900 postes. Ensuite, le rationnement pur et simple du courant : Eskom fournira dorénavant aux mines et raffineries 90% de leur consommation de l’année précédente. Ce qui emporte une baisse de la production minière de l’ordre de 20%…

Trois centrales à charbon supplémentaires ont été annoncées, moyennant 14 milliards de dollars d’investissements, mais pas avant… 2013. Christian Hocquard indique que les minières platinoïdes ne pourront que repousser leurs investissements, notamment en matière de raffineries dont les fours fonctionnent à l’électricité. Un bien mauvais coup pour le marché du platine en particulier, et la réputation minière de l’Afrique du Sud en général.

Les ETF participent à la flambée du platine
Cerise sur le gâteau, les ETF sur le platine fleurissent ces derniers temps, à Londres comme à Zurich. Destinés aux investisseurs, ces Exchange Traded Funds (fonds cotés en Bourse) reposent sur un stock de métal assoupi dans une salle forte. Conséquence : l’ETF distrait ainsi une partie du métal disponible de la demande industrielle, alors que le platine est un marché bien moins profond que l’or ou l’argent. Nombreux sont les industriels du secteur qui se sont opposés à la mise sur le marché d’ETF sur le platine : le raffineur britannique Johnson Matthey, et même le numéro un mondial AngloPlat lorsque la banque cantonale suisse ZKB a lancé le sien, l’année dernière. Rien n’y a fait : les financiers l’ont emporté. Cette demande nouvelle arrive au plus mauvais moment, alors que les stocks de platine n’existent pas, que la demande progresse et que l’offre ne suit pas.

A ce jour, l’ETF Physical Platinum londonien d’ETF Securities rassemble 314 000 oz de platine, contre 140 000 oz fin décembre 2007. En deux mois, la hausse de l’encours de cet ETF équivaut aux deux tiers du déficit de platine 2007 ! Les stocks d’ETF Securities comprennent même des lingots portant l’estampille "URSS", ce qui ne manque pas de sel…

Seul 1 projet sur 3 arrivera à son terme…
N’y a-t-il donc pas d’espoir de rémission ? Non pas. Christian Hocquard incite les analystes à ne pas prendre pour argent comptant les prévisions des "juniors", qui ont souvent tendance à voir grand… sur le papier, 26 projets de mines de platine sont dans les tuyaux en Afrique du Sud, soit une production de 5 Moz de plus. Or le BRGM estime que seul 1 projet sur 3 arrivera à son terme…

Et Christian Hocquard de conclure qu’au vu de ces éléments, le platine pourrait bien être atteint de "pénurie longue". Le déficit risque d’atteindre non pas 250 000 oz cette année, comme la majeure parie des opérateurs semblent l’attendre, mais plutôt 400 000 à 500 000 oz…

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Emmanuel Gentilhomme

Emmanuel Gentilhomme est journaliste et rédacteur financier. Il a collaboré à plusieurs reprises avec le Journal des Finances et la Société Générale. Il suit de près les marchés boursiers européens et étrangers, mais s'intéresse également à la macroéconomie et à tous les domaines de l'investissement. Il participe régulièrement à L'Edito Matières Premières & Devises.