"Tout est bulle, tout est bulle", dénoncent des analystes qui n’avaient rien vu venir de celle des subprime en 2008 ou de celle de la Grèce en 2010. "L’or n’est qu’une bulle parmi d’autres".
Avouons, très honnêtement, que le graphe de l’évolution du cours de l’or tel que je vous le présente a effectivement de quoi faire dresser les cheveux sur la tête et faire fuir les investisseurs les plus avisés.

Prix d’une once d’or entre 1871 et 2010
Tout à fait le genre de graphe que pourrait vous pousser un conseiller financier, qui ajouterait son argument massue "prenez-en parce que ça monte …".
Vous et moi connaissons par coeur la suite : on se retrouve scotché avec un actif acheté au plus haut qu’on se résoudra à vendre au plus bas la mort dans l’âme quelques années après.
Alors l’or ce serait vraiment cela, une bulle comme les autres ? Dans ce cas, pourquoi Soros – un des dénonciateurs précoces de la "bulle de l’or" l’hiver dernier à Davos – en garde-t-il une aussi grosse position dans son fonds (supérieure à 10%) ?
Petite précision sur notre graphe : à partir du 15 août 1971, la convertibilité du dollar en or est supprimée. Les Etats-Unis peuvent émettre du dollar – monnaie mondiale d’échange – à discrétion. Voilà qui change un peu la perspective.
A ce stade, il existe deux positions possibles.
▪ Si l’or est une matière première, il est dans une bulle
En tant que matière première, le premier débouché de l’or est traditionnellement la joaillerie. Certes, le World Gold Council vous vantera toujours les utilisations industrielles et dentaires de l’or. Mais soyons sérieux, elles sont anecdotiques (environ 12%). La joaillerie absorbe près de 60% de la demande.
Il ne vous a pas échappé que la situation économique n’est pas reluisante. La joaillerie en Occident ne croule pas sous les clients. La déflation rode…
Dans ce contexte on voit mal ce qui justifie une telle hausse du cours de l’or, même sous l’influence de la demande grandissante des Chinois, Indiens, Brésiliens, Coréens, et autres nouveaux riches.
▪ Si l’or est une devise, il est loin d’être une bulle
L’or est une devise. Pour vous le prouver, je ne vais pas vous faire le blabla connu des "gold bugs" ces fanatiques de l’or qui vous disent que c’est le seul "argent" qu’on a sorti des décombres du World Trade Center …
Non : c’est beaucoup plus simple que cela. Les banques centrales ont de l’or dans leurs coffres. Or, les banques centrales conservent dans leurs coffres des devises et des créances. Donc si l’or n’était pas une devise, et même une devise de réserve, il n’aurait rien à faire dans les coffres des banques centrales. CQFD. L’or est une devise de réserve.
Les 12 banques centrales qui ont le plus d’or
|
Banque centrale |
Or en tonnes |
% des réserves |
|
Etats-Unis |
8 134 |
72,8 |
|
Allemagne |
3 407 |
68,1 |
|
Fonds monétaire international |
2 967 |
N.A. |
|
Italie |
2 452 |
67,0 |
|
France |
2 435 |
65,6 |
|
Chine |
1 054 |
1,6 |
|
Suisse |
1 040 |
24,1 |
|
Japon |
765 |
2,8 |
|
Russie |
669 |
5,5 |
|
Pays-Bas |
613 |
55,2 |
|
Inde |
558 |
7,5 |
|
BCE |
501 |
27,1 |
Donc, maintenant, nous partons du principe que l’or est une devise. Voyons pourquoi cette devise va monter, s’apprécier face aux autres.
Là aussi, c’est très simple : à cause du "cartel des taux bas".
L’influence du "cartel des taux bas"
Les trois monnaies principales de réserves – le dollar, l’euro et le yen – doivent absolument conserver des taux d’intérêt bas. C’est vital pour les gouvernements qui les émettent, sinon, c’est rien moins que la faillite.
Pour conserver des taux bas, le cartel est prêt à toutes les bassesses, et les banquiers centraux à vendre leur âme. Vendre son âme, pour un tel personnage, c’est imprimer de la monnaie, créer de l’argent sans aucune contrepartie de véritable richesse.
Tout cela vous le savez déjà : les dizaines de milliers de milliards de yens, les milliers de milliards de dollars ou d’euros qui rachètent des obligations souveraines, les créances pourries, des banques. Et il faut que TOUS le fassent à l’unisson. Car quand l’une des devises du cartel devient "trop forte" (baisse moins vite que les deux autres), c’est gênant.
Je vous demande simplement de vous glisser un instant dans la peau d’un banquier central qui n’appartient pas au cartel des taux bas. Il contemple consterné son tas de devises appartenant au dit cartel. Il prend son petit plumeau pour épousseter l’étagère de la réserve "or" et constate rassuré qu’elle luit doucement dans la pénombre de sa salle des coffres. Ouf ! A l’heure où il lui faudra rendre des comptes, il est bordé.
Maintenant, je vous demande de relire la ligne "Chine" du tableau des réserves des banques centrales et je vous demande de vous glisser dans la peau du banquier central de Beijing. Pensez-vous qu’il est content de voir 1,6% ? Il a un énorme tas de devises du cartel des taux bas et, par comparaison, un tout petit tas de devise or. Enfin… officiellement. Car finalement, si l’or connaît cette ascension fulgurante, notre banquier central de la Chine y est peut-être pour quelque chose.
Où intervient le stop de Beijing
Vous avez vu : l’or entamait une consolidation cet été mais, comme les autres depuis fin 2008, elle a été vite stoppée. A dire vrai, depuis cette date de fin 2008, l’or n’a connu aucun recul sérieux. C’est un argument de ceux qui soutiennent la théorie de la bulle aurifère.
En effet, tout grand marché haussier se doit de connaître des replis significatifs. Mais faisons rentrer en scène notre banquier central de Beijing pour comprendre pourquoi les baisses s’arrêtent. Lorsqu’il voit que l’or recule, que pensez vous qu’il fait ?
Non, bien sûr, il n’est pas suffisamment stupide pour acheter lui-même. Il achète avec des prête-noms. Et il en a des milliards : ce sont ses concitoyens. Vous allez le voir !
La libéralisation du marché de l’or chinois
C’est sans contexte LA nouvelle de l’été. La Chine encourage ses concitoyens à posséder de l’or sous toutes ses formes. Le gouvernement des camarades capitalistes sait très bien que son peuple lui pardonnerait mal de replonger dans la misère et de perdre tout espoir au motif que l’Occident fait faillite. Mieux vaut les pousser vers l’or que vers des marchés actions qui risquent d’être désertés au prochain krach ou vers l’immobilier déjà bien soufflé. Ma collègue Camille Chen de MoneyWeek a passé ses vacances en Chine et rencontré des courtiers spécialisés dans l’or. Ils confirment le vif intérêt des Chinois pour cette devise.
Concrètement, voici les mesures gouvernementales :
Plus de banques commerciales auront l’autorisation d’acheter et vendre de l’or sous forme physique ou papier ;
- les plus grandes banques pourront négocier et se couvrir sur le marché international ;
- le Shanghai Gold Exchange va s’ouvrir à plus de membres étrangers ;
- les produits dérivés et or papier y seront cotés en yuan.
Voilà comment la Chine augmente ses réserves d’or avec les bas de laine des camarades capitalistes. Quant au banquier central de Beijing, il doit s’approvisionner en direct, discrètement, au "cul du camion", c’est à dire auprès des mines à capital étatique.
Maintenant, fantasmons un peu : si jamais l’équivalent du GLD ou au GBS se créait, imaginez l’immense appel d’air sur l’or physique qui en découlerait !
Pour résumer :
- oui, l’or matière première est dans une bulle ;
- non, l’or devise n’est pas dans une bulle ;
- dans la crise l’or est redevenu une devise ;
- pour que l’or devise baisse face aux devises du cartel des taux bas il faudrait que la Chine arrête d’en acheter. Elle vient de prendre le chemin inverse…
Mais bien évidemment, les niveaux actuels sont trop élevés. Donc attendez pour vous renforcer. Dans un grand marché haussier, le sage achète dans les creux. Le stop de Beijing a l’air d’être placé vers 1 160 $ soit environ 900 euros.
Suivez bien le ratio Gold/XAU pour vous renforcer en minières et pensez à vérifier vos ordres de vente stop.
Que penser des minières ?
Le ratio Gold/XAU indique si les minières sont sous-évaluées ou surévaluées par rapport à l’or. La frontière d’achat se situe à 4,5. Au-dessus, les minières sont sous-valorisées. En dessous, elles sont surévaluées. Le ratio est actuellement favorable à l’achat puisqu’il s’établit à 6,68.
Le ratio or/pétrole à 15,59 (une once achète plus de 15 barils) est favorable à l’industrie minière.
Dans les deux cas, les clignotants sont au vert pour entrer sur les minières. Et notamment les aurifères.


