Le cours du brut est-il condamné à évoluer en range ?
Depuis plusieurs mois, le prix du pétrole semble s’être stabilisé dans la fourchette 70 $-80 $.
Pour l’année 2010, selon le centre de prévision de l’Expansion, qui a rassemblé les pronostics du cours du baril de Brent au 31 décembre 2010 de 20 organismes, la moyenne s’établit à 83 dollars.
Pourtant le prix du pétrole a plus que doublé depuis décembre 2008.
Qu’en est-il ?
L’offre reste doublement compressée
Premièrement, regardons du côté de l’offre de pétrole mondiale. L’offre est soumise à une double compression :
- la compression de l’offre des pays de l’OPEP annoncée au deuxième semestre 2008, et toujours maintenue aux dernières réunions ;
- et la compression de l’offre des pays non-OPEP (bien que moins contraignante depuis l’augmentation des prix au-dessus de 60 $) décidée par les compagnies pétrolières qui refusent d’utiliser des gisements non rentables.
Les investissements sont sous pression
En effet, la hausse des prix du baril avait fortement augmenté les investissements dans la recherche et la production de nouveaux gisements plus coûteux avec un coût du baril rentable à plus de 100 $ le baril.
La baisse des prix du pétrole a tout simplement stoppé ces investissements, car au prix actuel, la vente de ces barils serait une perte.
D’ailleurs, c’est grâce à cette double compression de l’offre que le prix a doublé depuis décembre 2008.
La demande n’est pas là
Deuxièmement, et malgré la double compression, l’offre reste supérieure à la demande.
Il faut noter que depuis le début de la crise, l’offre n’a fait que poursuivre la chute de la demande sans jamais la devancer.
Le gap entre l’offre et la demande est estimé à trois millions de barils.
Et la spéculation ?
Beaucoup d’observateurs avaient noté un retour à la spéculation sur les marchés financiers.
D’autres avaient avancé également que l’augmentation était due à la baisse du dollar, rendant moins cher le pétrole dans une autre devise.
Certes, ces éléments sont à prendre en compte, mais ils ne doivent pas masquer la réalité des fondamentaux du marché qui semble être le réel moteur de la remontée des prix entre décembre 2008 et 2009.
Mon avis ?
Dans une situation où l’offre et la demande sont stables (mais à un niveau bas) et aux vues des dernières variations des cours, nous pouvons conclure que les fondamentaux expliquent 70 $ du cours actuel du baril qui cote 79 $.
Où est donc passée la spéculation ?
Evaporée… la part de la spéculation dans le cours du brut
La spéculation explique actuellement entre 5% à 10% du prix du baril.
Pourtant en 2008, quand le prix du baril était autour de 150 $, elle représentait entre 25% à 30% du prix du baril.
Pourquoi n’y a-t-il plus de spéculation ?
Tout simplement parce qu’il n’y a pas de spéculation sans mouvement sur les fondamentaux.
Or, actuellement les fondamentaux n’ont jamais été aussi stables.
L’offre dépend majoritairement des plans de l’OPEP et la demande est suspendue à la reprise qui semble, contrairement aux annonces faites au deuxième semestre 2009, moins évidente que prévu.
D’ailleurs les prévisions des organismes à 83 $ le baril montrent qu’ils envisagent plutôt une reprise en U, avec une lente augmentation de la demande poussant légèrement le prix du pétrole vers le haut, qu’une reprise en V.
Le rebond de la demande fera ressurgir la spéculation en force
Mais le jour où la reprise se confirmera réellement, la demande de pétrole va se rapprocher de l’offre, ce qui entraînera des tensions sur le marché.
Aux tensions des fondamentaux viendra s’ajouter la spéculation, ce qui fera grimper très rapidement le cours du baril à des seuils très élevés.
D’ailleurs, c’est dans ce contexte que la moindre annonce d’un indicateur favorable annonçant une reprise possible fait grimper le prix du pétrole de quelques dollars.
Thomas Porcher, docteur en économie et dirigeant de GBP-conseil, est l’auteur d’ Un baril de pétrole contre 100 mensonges (édition Respublica). Vous pouvez le retrouver sur son site GBP-conseil.
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