De plus en plus de cris d’orfraie accompagnent la montée de l’or. Certains commentateurs, qui prônent l’achat d’actions, de certificats matières premières, d’obligations et d’actifs papiers en tout genre, s’effarouchent d’un danger de bulle aurifère.
Comme dit et redit, nous pensons que nous sommes loin de la phase de bulle et nos objectifs finaux raisonnables sont de 2 500 $ et 1 500 euros l’once.
Mais tout d’abord, qu’est-ce qu’une bulle ? Un niveau de cours grotesque et déraisonnable. Que serait un tel cours pour l’or ?
Un peu d’arithmétique et d’historique…
Première façon de voir les choses : convertir l’or en pétrole
La moyenne historique est qu’une once d’or achète entre 15 et 16 barils de pétrole.
L’or noir se négocie actuellement autour de 75 $. L’once cote actuellement 1 100 $. Le ratio actuel de 14,6 est rigoureusement normal.
Mais cette relation or/pétrole est finalement assez récente (XXe siècle) et surtout capricieuse. Par le passé, ce ratio a été inférieur à 10 plusieurs fois (1976, 1983, 2001, 2006 et 2008) et supérieur à 25 (1972-1974, 1986-1989, 1994, 1999).
Deuxième façon de jauger : l’adossement du dollar à l’or
Si chacun des dollars existants devait être garanti par de l’or, il serait à 6 300 l’once.
L’équation est simple : la base monétaire de la Fed est de 1 700 Mds $, celle-ci possède 8 133,5 tonnes d’or, soit 263 millions d’onces, ce qui nous amène au dollar/or à 6 400 $ (1 700 milliards/263 millions).
Je vous l’accorde, c’est un raisonnement excessif qui revient à vouloir retrouver le bon vieux temps où le dollar était "as good as gold", c’est-à-dire convertible en or. Depuis la fin des accords de Bretton Woods, rien n’oblige les Etats-Unis à garantir leur billet vert.
Mais, à cause de cette convertibilité bien commode, les banques centrales étrangères avaient entassé des réserves en dollars pour garantir leur propre monnaie papier. Après la fin des accords de Bretton Woods, elles n’ont pas remplacé leurs dollars par de l’or.
Une autre façon de calculer serait donc de dire que les réserves en dollars des banques centrales étrangères ne valent plus grand-chose et surtout les 3 700 Mds $ de bons du Trésor émis par les Américains dont le remboursement devient de plus en plus délicat. Là c’est encore pire… Cela nous mettrait l’once à 14 000 $.
Tous ces chiffres sont bien évidemment contestables. Mais ils prouvent une chose : au niveau actuel l’or est loin, très loin, d’une bulle.
Un peu de psychologie : Rodrigue, Minsky, Kindleberger…
Mais comment se forme une bulle ? Jean-Paul Rodrigue, de l’université de Hofstra, a modélisé quatre phases :
- la phase furtive : les cours montent très doucement seuls les experts apprécient le changement. Les investisseurs avisés se placent ;
- la phase d’alerte : la montée des cours est un peu plus accentuée. Les investisseurs institutionnels rejoignent les investisseurs avisés ;
- la phase maniaque : le phénomène attire l’attention des médias. Le grand public rejoint les investisseurs avisés. A la fin de cette phase, le point culminant sera rapidement atteint ;
- la phase d’éclatement : elle est brutale. Le cours redescend sous le niveau de la phase furtive avant de reprendre la tendance linéaire de long terme.
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