Quand les mensonges éclateront au grand jour, le prix du brut explosera

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Le jour où la vérité ne pourra plus être cachée, alors les choses changeront. Alors les cours du baril de pétrole exploseront. Mais pour l’instant, mensonges, falsifications, pressions politiques et mauvaise foi sont omniprésentes…

Tout ira bien, dormez braves gens… !
Le 10 novembre dernier, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a publié un rapport affirmant que la production de pétrole pourrait être facilement augmentée de 27%. Ainsi, elle passerait des 83 millions de barils quotidiens actuels à 105 millions. "Y’a qu’à le faire, et tout ira bien, pas de pénurie en vue, dormez braves gens… !"

Des pressions politiques, toujours des pressions…
Malheureusement, quelques jours avant la diffusion dudit rapport, un haut dirigeant de l’AIE a déclaré à la presse que l’agence a délibérément amoindri le risque de pénurie afin d’éviter une fièvre acheteuse sur les marchés financiers ! Selon cette personne — qui a souhaité rester anonyme –, les Etats-Unis qui financent en grande partie l’étude, ont fait en sorte que l’auteur exagère les chances de trouver de nouveaux gisements, tout en éludant en partie le problème du déclin de la production des puits actuels.

Ne pas fâcher les Américains…
Un autre initié, qui a quitté l’agence mais refuse tout autant de révéler son nom, affirme que la règle numéro un à l’agence, est qu’il est "impératif de ne pas fâcher les Américains".

Selon lui, "nous sommes déjà en situation de pic de production, je pense que la situation est très mauvaise".

Pressions politiques en Angleterre aussi…
Un rapport du centre britannique de recherche sur l’énergie (UKERC) affirmait, le mois dernier, que la production de pétrole extrait de manière conventionnelle pourrait atteindre un pic puis chuter avant 2020, mais que le gouvernement ne tenait pas compte de ce risque.

D’après Steve Sorrell, auteur du papier, toute théorie selon laquelle il n’y aurait aucun pic d’ici 2030 est "au mieux optimiste et au pire peu plausible".

La lucidité de Total
En 2004, Colin Campbell, ancien directeur de Total, avait affirmé au cours d’une conférence : "Si les chiffres réels des réserves de pétrole étaient rendus publics, il y aurait une panique dans les marchés financiers; en fin de compte, cela ne servirait la cause de personne".

Le chercheur suédois Kjell Aleklett avait écrit en 2003 avec Colin Campbell, le seul article à propos du pic de la production de pétrole qui ait subi le processus scientifique d’évaluation par les pairs (peer review), processus par lequel les chercheurs jaugent de façon critique les travaux d’autres chercheurs.

Tromperie !
Suite à cela, Monsieur Aleklett a eu des discussions privées avec plusieurs directeurs de l’AIE, qui lui ont tenu les mêmes propos que les dissidents précités, toujours en précisant qu’il ne fallait rien répéter ni les citer. Du coup, le chercheur a tenté de convaincre le délégué suédois auprès de l’AIE que la Suède devait cesser de faire partie de l’agence, puisqu’il y avait tromperie; pour l’instant, il n’a pas obtenu gain de cause.

DutchShell : exagération des réserves prouvées de 40%
Souvenez-vous, c’était en avril 2004 : un article affirmait que la production de pétrole de Royal Dutch/Shell au sultanat d’Oman chutait depuis des années, faisant mentir les rapports officiels publiés par l’entreprise. Le gisement de Yibal, le plus gros du sultanat, avait commencé à décliner rapidement depuis 1997; pourtant, trois ans plus tard, le patron de l’époque Sir Philip Watts avait affirmé que "des progrès majeurs en forage" permettaient à l’entreprise d’extraire "davantage de tels gisements mûrs". Des documents internes à Shell suggéraient alors que les réserves prouvées de l’entreprise à Oman étaient exagérées de 40%.

Quand le patron demande à l’analyste de mentir, c’est que les choses se gâtent
En juillet 2000, l’analyste financier Christopher Chandiramani, travaillant alors pour le Crédit Suisse, avait conseillé à ses gros clients, au cours d’une téléconférence (non censurable, puisqu’en direct) de vendre l’action du groupe Swissair, qui selon lui courait inévitablement à sa perte.

L’homme fut remercié séance tenante; Lukas Mühlemann, patron du Crédit Suisse de l’époque et initié de Swissair siégeant au conseil d’administration, s’assura probablement de la chose. Le 2 octobre 2001, soit moins de 15 mois plus tard, les avions Swissair étaient cloués au sol, tandis que l’entreprise ne disposait plus d’assez d’argent pour acheter du carburant; les actions avaient perdu l’intégralité de leur valeur…

Le jour où les mensonges éclateront au grand jour, le cours du baril explosera
Si vous ne vivez pas en autarcie totale, alors le problème du pétrole vous concerne.

Le jour où la vérité ne pourra plus être cachée, alors les choses changeront. Scénario optimiste : le prix du baril explosera. Dans le pire des cas, le gouvernement rationnera l’essence, afin que la police et l’armée ne connaissent pas de pénurie. Même si vous n’y êtes pour rien, vous risquez de le payer cher. Raison de plus pour investir dans le pétrole, si possible de manière "neutre au marché", et gagner suffisamment d’argent à long terme pour compenser les effets de la situation qui nous attend inévitablement.

Marc Mayor est expert en investissements éliminant le risque de marché. Retrouvez-le sur son site internet Le Coin des Insiders.

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Marc Mayor

Marc Mayor est le fondateur et président d'Inside ALPHA, une entreprise helvétique spécialiste des approches financières éliminant le risque de marché (investissements dits "'neutres au marché").Depuis plus de 10 ans, Marc analyse avec humour et sagacité le comportement des initiés de la Bourse, notamment dans les colonnes de sa rubrique hebdomadaire "Le Coin des Insiders"', qui paraît chaque vendredi dans le quotidien financier L'Agefi (Suisse).

Auteur à succès, il préside aussi un cycle régulier de conférences réunissant des investisseurs, tant professionnels que privés, notamment sur le thème des métaux (de base ou précieux) et de l'énergie (fossile, nucléaire ou renouvelable).Il participe régulièrement au Billet du Trader et à l'Edito Matières Premières & Devises.

Marc Mayor met désormais toute son expertise financière, ses analyses et ses recommandations au service des investisseurs particuliers dans le cadre de sa nouvelle lettre d'information : La Lettre de Marc Mayor.