Désormais, le pétrole est sur haute fréquence.
Le 7 juillet, le baril de brut a perdu 30 cents en moins d’une seconde, avant de rebondir immédiatement. Début mai, il avait perdu 9% en une séance, la plus importante chute depuis deux ans, pour passer sous la barre des cents dollars. Le gaz naturel a subi la même chose début juin, le cacao en mars.
Le point commun à tous ces krachs boursiers fulgurants : le trading à haute fréquence. Celui-là même qui avait provoqué un gadin à 1 000 points sur le Dow Jones le 6 mai 2010.
Ce ne sont pas des êtres humains qui ont provoqué ces perturbations des marchés, mais des machines. Les puissants ordinateurs placés le plus près possible des locaux des bourses par les entreprises de trading à haute fréquence, dont je vous ai déjà parlé.
Leurs interventions sont parfois si rapides que les traders humains ne les remarquent même pas. C’est ce qui s’est passé le jeudi 7 juillet à 13 h 35 sur le New York Mercantile Exchange (NYMEX).
Une seconde : le temps nécessaire pour couler le pétrole
En moins d’une seconde, les contrats à terme sur le brut ont chuté de 30 cents dans des volumes qui explosaient. Le mouvement s’est répété plusieurs fois au cours des secondes suivantes, avant de se stabiliser. Peu d’opérateurs ont eu le temps de l’observer en direct.
Mais en analysant les données boursières a posteriori, la société Nanex a découvert le coup de folie des algorithmes. Pour Eric Hunsader, le fondateur de ce spécialiste de l’analyse des données du trading, “cela ressemble à un arbitrage massif opéré par un algorithme entre les futures sur le brut et les ETF sur le pétrole”, explique-t-il à Reuters.
“Il peut s’agir de quelqu’un qui bénéficie d’un important avantage en termes de vitesse et qui a aussi l’avantage de savoir ce qui va se passer avant les autres”, poursuit-il, expliquant comment une firme de trading à haute fréquence peut tirer profit d’une telle manipulation des cours en étant positionnée à la fois du côté vendeur et du côté acheteur.
Premier anniversaire pour la “haute fréquence”
Le 5 mai, le baril avait subi sa plus importante baisse en une séance depuis plus de deux ans, perdant 9% et finissant sous la barre des cent dollars pour la première fois depuis mi-mars.
Là encore, la plupart des ordres de vente ayant provoqué ce mouvement ont été le fait d’ordinateurs, pas de traders en chair et en os. Les ordinateurs étaient programmés pour vendre du pétrole dès que le baril touchait certains niveaux, comme 105,50 dollars ou 102,70 dollars, notamment.
Ce jeudi 5 mai marquait l’anniversaire (à un jour près) du fameux flash krach du 6 mai 2010, lorsque l’indice Dow Jones avait perdu 1 000 points en 30 minutes. Ces pertes avaient heureusement été compensées durant le reste de la séance.
Le grand public venait de découvrir l’existence et les dangers de la “haute fréquence”.
La haute fréquence se propage aux matières
Ces deux épisodes de début mai et début juillet ne sont pas des exceptions, malheureusement.
Depuis 18 mois, différents marchés ont été secoués par de tels déchaînements des machines. Avec des mouvements de prix violents et inexpliqués.
Début juin, le gaz naturel avait perdu 8% en quelques secondes sur le marché asiatique. Les contrats à terme sur le cacao avaient été perturbés en mars, pour leur part.
Un outil de “beau temps”
Le problème avec les algorithmes à haute fréquence est qu’ils sont un outil de beau temps. Tant que les cours évoluent dans le sens espéré par les sociétés en question, tout va bien.
Avant l’accident du 4 mai dernier, le nombre d’investisseurs pariant que le baril allait monter atteignait des records. Alors que les cours montaient pour dépasser 100 dollars le baril, leurs positions leur avaient rapporté de jolis bénéfices. Des bénéfices qu’ils ne voulaient pas perdre.
C’est pourquoi ces intervenants ont placé des ordres de vente automatiques au cas où les cours commenceraient à reculer. C’est ce qui s’est passé ce jeudi-là : des chiffres du chômage décevants et un dollar plus fort ont provoqué un début de ventes sur le baril.
Cela a réveillé les machines. En vendant, elles ont poussé les cours vers de nouveaux seuils de vente, accélérant la baisse des cours. Et dire qu’on entend encore que les marchés sont efficients…



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