Si nous parlions un peu de l’huile de palme…
Avant de me lancer, il faut que je vous dise ce que j’ai sur le coeur, ça ira beaucoup mieux ensuite. Je tiens à vous dire que je ne suis pas favorable au développement des biocarburants. Ecologiquement, c’est un désastre : déforestation massive pour laisser la place à des palmeraies, bilan écologique négatif, forte consommation d’eau, pollution des terres et des nappes phréatiques pour doper une monoculture qui ne sert même plus à alimenter les hommes… et j’en passe.
Vous me direz que mon sentiment n’y changera rien, ce en quoi vous avez raison. Les biocarburants existent et se développent partout dans le monde et constituent un marché sur lequel les investisseurs peuvent gagner ou perdre de l’argent. C’est un fait. Mais au moins, vous savez ce que j’en pense, et je me sens beaucoup mieux. Fermons la parenthèse et allons-y…
80% de la production aux mains de deux pays
Première chose à savoir, l’huile de palme est cotée à la bourse de Malaisie.
Seconde point : deux pays font 80% de la production mondiale, la Malaisie qui détient 45% du marché et l’Indonésie qui en détient 35%. Les 20% subsidiaires se partagent entre le Nigeria, la Colombie, la Côte d’Ivoire, la Thaïlande, la Papouasie Nouvelle-Guinée et le Brésil entre autres.
Comme cette huile offre un bon rendement au mètre carré et, qu’en plus, elle est beaucoup moins chère que les huiles concurrentes (deux fois moins chère que l’huile de colza par exemple), la Malaisie en plante sans compter. Elle favorise la plantation de palmiers OGM, plus productifs encore.
Utilisations ? Cuisine et… réservoir
L’huile de palme est l’une des plus consommée dans le monde. La demande a augmenté de 8,7% par an entre 1995 et 2004. Et ce trend haussier se poursuit plus que jamais.
Constituée surtout d’acides gras insaturés et de béta-carotène, elle est diététiquement appréciée et beaucoup utilisée en cuisine, notamment en Afrique et en Asie. On en fait également de la margarine et on la retrouve dans la fabrication des bonbons et sucreries, mais aussi dans les poudres à laver, le savon, les bougies et les cosmétiques.
Les géants mondiaux de l’industrie, tels Unilever, Nestlé et Procter & Gamble, sont les principaux acheteurs d’huile de palme sur les marchés internationaux.
En Malaisie, l’huile de palme est déjà mélangée à hauteur de 5% à l’essence des automobiles, et ce pourcentage va augmenter. Depuis 2005, l’Europe importe de l’huile de palme pour produire une partie du biodiesel consommé. De plus en plus, l’huile de palme sert à remplir les réservoirs…
L’huile de palme, une alternative viable au pétrole ?
Le bilan écologique de l’huile de palme n’est pas bon. Son intérêt ne réside donc pas dans le combat contre le CO2 et le réchauffement climatique mais plutôt dans l’alternative qu’il offre comparé au prix élevé du pétrole. Quoique… L’huile de palme cote 1 070 $ la tonne, alors qu’un baril de brut à 120 $ équivaut à 879 $ la tonne. Elle n’est donc pas si avantageuse que cela…
Enfin, les Etats ont décidé de produire des biocarburants et de les mélanger à notre essence habituelle. La demande d’essence est là. Un retour en arrière sur les biocarburants me paraît donc bien compromis. Au contraire…
L’enjeu de l’évolution du baril de brut
Les prix du brut pourraient grimper encore fortement dans les années à venir, jusqu’à 200 $ et plus pour un baril. Dans ce cas là, les biocarburants deviendront effectivement une alternative plus abordable.
Il suffirait que le cours de brut atteigne 150 $ (et tôt où tard, il y viendra), pour que le scénario se renverse. La tonne de brut atteindrait alors 1 099 $ la tonne contre 1 070 $ pour l’huile de palme actuellement. A condition bien sûr que le cours de l’huile de palme ne grimpe pas en parallèle ! Ca, je n’en suis pas si sûre…
La seule chose dont je suis certaine, c’est que la hausse du prix du pétrole dopera le développement des biocarburants.
Le Brésil s’attend à une récolte de soja record
Quel rapport entre le Brésil et son soja et l’huile de palme en Malaisie ? C’est très simple : du soja, on extrait de l’huile de soja. Or c’est le concurrent direct de l’huile de palme !
En clair, on s’attend à une hausse de la récolte de soja brésilienne de 58,5 millions de tonnes à 60,2 millions de tonnes. Conséquence : on va donc produire beaucoup plus d’huile de soja. Voilà qui va faire grimper l’offre en biocarburants sur les marchés.
Voilà qui pourrait faire chuter le cours de l’huile…
Le prix de l’huile de palme corrige déjà depuis son pic de 1 425 $ (4 486 Ringgit) le 4 mars dernier puisqu’il est revenu à 1 070 $ (3 370 Ringgit).
A mon avis, le cours va continuer de corriger à court terme, ceci tant que la récolte de soja constituera une véritable épée de Damoclès au-dessus des cours de l’huile de palme. En revanche, je suis d’avis que le cours du CPO (crude palm oil) ne devrait pas vraiment s’enfoncer sous les 1 000 $ et qu’à long terme le trend devrait être haussier.
Nous poursuivrons notre analyse sur les fondamentaux de l’huile de palme dans le prochain Edito. Nous essayerons aussi de voir quels sont les moyens disponibles pour investir dans ce secteur.


