Quel potentiel pour l’huile de palme ? (II)

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Je poursuis aujourd’hui mon Edito sur l’huile de palme. Voyons ensemble le potentiel de ce secteur et quelles sont les façons d’y investir.

La demande va doubler
La demande pour cette huile a augmenté de 8,7% par an entre 1995 et 2004. Ce trend haussier se poursuit plus que jamais. Cette huile est en effet une denrée alimentaire de base en Asie et Afrique, où on l’utilise sous forme de margarine et d’huile pour cuisiner. N’oubliez pas que les Asiatiques ne consomment pas de beurre d’origine laitière comme les Occidentaux. Pas encore du moins…

Le potentiel de croissance de la demande est très significatif. Regardez : en 2001, la planète consommait 25,6 millions de tonnes d’huile de palme. Or selon les prévisions de la Food and Agriculture Organization, d’ici à 2030 la consommation atteindra 54,2 millions de tonnes ! Soit un doublement (+112%).

Comment l’agro-alimentaire dope ses marges à coup d’huile de palme
La demande est tirée à la hausse par l’accroissement de la population mondiale, mais aussi par un nouveau venu relativement récent : l’industrie agro-alimentaire. En effet, elle remplace dans ses recettes les autres huiles par l’huile de palme aussi souvent que possible.

Pourquoi ? Pour doper ses profits pardi !

Car cette huile est bien moins chère que l’huile de soja ou de colza (et que la plupart des huiles). Elle est donc bien plus compétitive. Regardez : malgré sa récente correction, le cours de l’huile de palme reste encore inférieur de 16% à celle issue du soja.

Vous comprenez ainsi mieux pourquoi vous trouvez l’huile de palme dans presque tous les produits alimentaires issus de l’industrie agroalimentaire. Cette graisse étant peu chère, on la retrouve partout ! Si,si, je suis certaine que vous en consommez régulièrement. A moins de tout cuisiner par vous-même.

Pas de doute, l’industrie agro-alimentaire participe à l’accroissement de la demande et des prix de l’huile de palme, au grand dam des populations locales qui doivent la payer de plus en plus cher pour cuisiner au quotidien…

Le brut fait boule de neige
Autre facteur de soutien au cours : la hausse inexorable des prix du baril de pétrole à long terme. Comme vous le savez, les cours des végétaux utilisés pour la production des biocarburants sont tirés à la hausse par l’envolée des cours du brut auxquels ils sont étroitement corrélés.

Autre facteur : plus le cours du brut grimpe, plus les énergies de substitution se développent car elles deviennent rentables. Et plus l’huile de palme sera recherchée par l’industrie des biocarburants.

Aujourd’hui on peut faire son plein avec du sucre, du maïs, du soja ou de l’huile de palme… et le véhicule roule ! Cela dit, j’espère qu’on s’apercevra aussi que, contrairement au sucre, au maïs, au soja, où à l’huile de palme, le brut ne se mange pas. Et c’est un vrai avantage (au moins un !)

Autre intérêt de l’huile de palme ? Son rendement !
Encore un atout : l’huile de palme offre un rendement à l’hectare bien supérieur à n’importe quelle autre huile, notamment l’huile de soja, de colza ou de tournesol. C’est l’une des raisons qui fait que la Malaisie a foncé tête baissée dans le développement de cette culture.

La Nina pourrait impacter la récolte 2009
Observons de plus près le climat des pays producteurs : Malaisie et Indonésie. Plus de 80% de la production mondiale à elles deux.

Le phénomène météorologique La Nina, de retour depuis un an, entraîne un "rafraichissement" en Asie du Sud-est. Or tous les éléments actuellement disponibles laissent à penser que La Nina va quitter le continent asiatique plus tôt que prévu. Selon les prévisions météorologiques de la région, son influence sur les zones de culture de l’huile de palme devrait s’effacer au plus tard à compter du troisième trimestre de cette année.

Incendies et nappe de brouillard
Voilà qui va accélérer le retour de la sécheresse. Et là, les états auront à affronter à nouveau les incendies, notamment dans les zones forestières. Incendies qui conduisent habituellement à la constitution d’une véritable nappe de brouillard sec. La dernière date d’octobre 2006. Elle était impressionnante.

Déjà en 1997 et 1998, les particules émises par les feux en Asie du Sud-est avaient conduit à une telle nappe. De même, Kuala Lumpur fut plongée dans le brouillard suite aux feux de forêts d’août 2005. La situation est très fréquente.

Baisse de la luminosité = baisse des rendements
Or le développement de ces nappes de brouillard pourrait avoir un impact négatif sur la récolte à venir des palmiers. Notez que le nuage met quelque six à 12 mois à impacter visiblement la récolte. Car la diminution de quelques pour cent de la luminosité reçue à la surface de la terre entraîne une baisse des rendements des plantations de palmiers.

En 2006, la zone géographique avait déjà expérimenté un tel phénomène. Les rendements 2007 en avait alors fait les frais, la production étant cette année en recul de 100 000 tonnes par rapport à 2006.

En clair : si ce phénomène climatique devait se reproduire cette année, nous risquons fort d’être confrontés à un recul de la production pour la récolte à venir de 2009.

Etant donné les attraits de l’huile de palme et la hausse prévisible de sa demande, il va donc falloir produire plus.

Produire plus ? Ce n’est pas si simple…
L’huile de palme ne fonctionne pas comme le blé qui se plante en mars et qui, cinq mois plus tard, est récolté. Non. D’abord, il faut dégager de la surface disponible. Premier challenge. Les deux gros pays producteurs (Indonésie et Malaisie) ont trouvé la solution : défrichage à tout-va des forêts — un véritable carnage écologique

Le palmier doit ensuite être planté et il faut enfin patienter sagement pendant sept ans avant qu’il ne donne ses premiers fruits et donc la première récolte ! Sept ans de vaches maigres… Autant dire qu’il faut avoir les reins solides pour investir !

Comment investir dans l’huile de palme
Je vous le disais dans mon dernier Edito, le prix de l’huile de palme corrige déjà depuis son pic de 1 425 $ (4 486 ringgit) le 4 mars dernier puisqu’il est revenu à 1 124 $ (3 542 ringgit) hier. Une baisse de 20%.

Cela dit, en mai 2007 il cotait 2 250 ringgit. Soit une hausse de 57% à aujourd’hui (et de 99% par rapport à son pic).


Cours du crude palm oil depuis mai 2007 en Ringgit la tonne

A mon avis, le cours va continuer de corriger à court terme, ceci tant que la récolte de soja constituera une véritable épée de Damoclès au-dessus des cours de l’huile de palme. En revanche, je suis d’avis que le cours du CPO (crude palm oil) ne devrait pas vraiment s’enfoncer sous les 1 000 $ et qu’à long terme le trend devrait être haussier.

Comment investir dans ce secteur ? Plusieurs solutions…

Misez sur les actions d’une entreprise qui détient des plantations de palmiers
Mais attention. Ne sélectionnez pas votre titre au petit bonheur la chance. Observez bien ses plantations : superficie de la plantation, importance des récoltes, lieu, et surtout (c’est le point clé) l’âge des palmiers. Plus les palmiers sont jeunes, plus longue est leur durée de vie et donc plus important est le potentiel de l’entreprise. Mais les palmiers ne doivent pas être trop jeunes non plus, car ils ne livreraient aucune récolte.

La plantation doit idéalement être en phase de production et régénérer régulièrement ses plantations, par rotation. L’un de mes amis a ainsi gagné l’an passé 550% en investissant dans une entreprise de ce type. Belle performance me direz-vous. S’il m’en avait parlé avant, c’eut été encore mieux !

Misez sur un certificat open end sur l’huile de palme

Les émetteurs français de certificats ont certainement pensé à émettre des certificats sur l’huile de palme qui permettent d’investir et d’accéder à ce secteur facilement, sans avoir à se préoccuper des entreprises sous-jacentes.

Dans ce cas, vous misez sur l’évolution du prix de l’huile de palme reflétée par les contrats futures sur les marchés à terme. Le certificat ne varie pas en fonction des résultats des entreprises du secteur mais en fonction du prix de la matière, elle-même reflet de l’offre et de la demande d’huile de palme sur les marchés internationaux.

Misez sur un panier de valeurs
Vous pouvez aussi miser sur un indice composé de valeurs représentatives du secteur. Certaines banques proposent ainsi des certificats qui suivent cet indice. Vous investissez ainsi dans un "panier" de valeurs du secteur de l’huile de palme — ce qui dilue le risque puisque l’investissement ne porte pas sur une seule et unique entreprise, mais sur plusieurs.

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Isabelle Mouilleseaux

Isabelle Mouilleseaux rédige chaque jour l'Edito Matières Premières & Devises (Publications Agora), une lettre internet gratuite consacrée au marché des matières premières et au marché des devises. Passionnée depuis toujours par la Bourse et par tous les marchés financiers, Isabelle s'est spécialisée dans les matières premières et veut permettre à l'investisseur particulier de découvrir et de comprendre l'investissement sur ce marché , ainsi que celui du Forex.
 
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