Le platine restera sous tension cette année, confirme le rapport Platinum 2008 publié par le raffineur de métaux fins britannique Johnson Matthey.
Cette revue traite de l’ensemble des métaux platinoïdes. Profitons-en pour nous offrir un petit tour du côté du palladium, cousin paradoxal du platine. Quatre fois moins cher, le palladium est produit en plus grandes quantités (30% de plus). Tant et si bien que le marché croule sous ce métal blanc, mais les cours ne plient pas. Curieux, non ? Explications.
Un métal à l’accent russe
Le palladium a le vent en poupe. Avec 8,6 millions d’onces (Moz), le volume de métal mis sur le marché en 2007 a gagné 8%. La production sud-africaine reste stable — numéro 2 mondial, 30% du total –, de même que celle des Etats-Unis — numéro 3, 11%. C’est donc au numéro 1 (53% du total, soit 4,5Moz) que nous devons la hausse, à savoir la Russie, c’est-à-dire Norilsk Nickel et le Gokhran.
Le géant minier généraliste — et mal nommé — Norilsk Nickel accapare la quasi-totalité de la production nationale de palladium. Ce groupe réalise de l’ordre de 15 milliards de dollars de ventes. Parmi elles, 10% reviennent au palladium, dont il est le premier producteur au monde.
Depuis fin mai, les oligarques Vladimir Potanine (Norilsk), Alicher Ousmanov (Metalloinvest) et Oleg Deripaska (Basic Element) sont en train d’allier leurs oligopoles miniers pour créer un champion national dont la taille devrait approcher celle de BHP Billiton, numéro 1 mondial du secteur.
Cotée en bourse à Moscou et à New York, Norilsk donne des informations précises. Depuis 2005, elle produit chaque année un peu plus de 3Moz de palladium, et prévoit d’en extraire de 3,02 à 3,07Moz en 2008. La stabilité domine.
Le Gokhran, jardin secret du palladium
D’où vient alors l’augmentation de l’offre russe ? Des stocks publics gérés par Moscou. Entre 2006 et 2007, les ventes du Trésor d’Etat, le Gokhran, ont plus que doublé sans crier gare, passant de 0,7 à 1,5Moz, selon Johnson Matthey.
Le Gokhran a une double casquette. Il vit sur d’énormes stocks de métaux et de pierres précieuses, qu’il liquide progressivement, et il est chargé de préparer les autorisations d’exportation. En somme, il est juge de paix autant que courtier en palladium.
Il peut donc jouer sur les prix, d’autant qu’il est avare en informations. Les chiffres que Johnson Matthey propose sur ses ventes sont en effet des extrapolations des statistiques d’importation de palladium par la Suisse, où vendent les Russes. D’où la valeur relative de ces chiffres, même s’ils servent de référence.
Suroffre de métal blanc
Pour l’heure, le Gokhran vend trop. A la différence du platine, l’offre de palladium excède largement la demande. En 2007, face à une offre de 8,6Moz (+8%, donc), la demande n’était que de 6,8Moz (+3,5%). L’excédent qui en résulte — 1,7Moz superflues — a grossi de 30% en un an.
Pourtant, le premier consommateur de palladium au monde, l’industrie automobile, n’a pas chômé. Rappelons que les platinoïdes sont indispensables à la fabrication des pots catalytiques, essentiellement les pots essence pour le palladium, et diesel pour le platine. En 2007, la demande “catalytique” a gagné presque 11% à 4,45Moz, desquels il convient de retrancher 1Moz de métal recyclé (+24%).
Vous remarquerez que la hausse des prix dope le recyclage.
Palladium en bracelets
Et les autres segments de la demande ? L’industrie électronique a dévoré 6% de mieux qu’en 2006 à 1,3Moz. Seule ombre au tableau : la demande de joaillerie continue de s’effondrer (-25% à 0,74Moz). Cette demande, très axée sur l’Asie — Chinois et Japonais adorent les bijoux de palladium et platine –, recule sans discontinuer, découragée par la hausse des prix. Ce style de bijouterie, bien qu’étranger à la culture occidentale, commence à s’y faire une place. Ne soyez pas étonné si, dans la vitrine de votre bijoutier, l’on vous propose de plus en plus de bracelets en palladium : des deux côtés de l’Atlantique, cela devient tendance…
Encore les “autres”
Jusque là, ces éléments ne font que prolonger des tendances que nous constatons depuis des années. Rien de vraiment neuf sur le palladium ? Si, nous l’avions simplement gardé pour la fin.
La catégorie “autre demande” a pris 14% l’an dernier, à 1,36Moz.
Et c’est important, car parmi ces “autres” s’impose la demande d’investissement. Laissons parler Johnson Matthey : “la demande nette de palladium d’investissement a grimpé jusqu’au niveau sans précédent de 260 000 onces. Deux fonds cotés en bourse [ETF] ont été lancés en Europe durant le deuxième trimestre 2007 et ont stimulé une puissante demande nouvelle de 280 000 onces”, diminuée de 20 000 onces de désinvestissements.
Nous vous avons déjà parlé de ces ETF. Il s’agit du suisse ZKB Palladium ETF, qui concentre 380 000 onces au 16 mai, et du britannique ETF Physical Palladium, fort de 220 000 onces au 20 mai. Pas mal, pour un an d’existence… Et l’essentiel de ces stocks a été accumulé début 2008 : la nouvelle tendance constatée par Johnson Matthey en 2007 se renforce donc en 2008.
Prix et investissements sont liés
En dépit d’une suroffre, le prix du palladium a gagné 11% en 2007, terminant aux alentours de 370 $ l’once. Fin mai 2008, nous voilà à 450 $, et nos ETF n’y sont pas étrangers. “Comme il est prévu que le marché soit une fois encore excédentaire en 2008, l’intérêt des investisseurs demeurera un aspect vital”, pronostique Johnson Matthey. Et comme nous venons de le voir, c’est bien parti…
Voilà qui dissipe les derniers doutes qui subsistaient sur le lien entre demande financière et cours des matières premières. Le fondeur-affineur s’attend donc à voir le palladium évoluer entre 400 $ et de 575 $ cette année.


