“Le Bund (obligation souveraine allemande à 10 ans) est mort“, “la crise de la dette rattrape l’Allemagne“, “camouflet“, “échec“… La presse se délecte de commenter l’adjudication allemande “ratée“…
Que de mots inappropriés…
Je vous recommande vivement de “gratter” pour comprendre ce qui se passe réellement. Car derrière ce que l’on vous dit, se cache une réalité toute autre qui vous concerne directement. Et croyez-moi, mieux vaut la voir venir et s’y préparer.
Sur les six milliards émis par l’Allemagne, 30% n’ont pas trouvé preneur. Certes
Cela dit, ceci n’est pas exceptionnel. Depuis 2009, l’Allemagne est confrontée à ce type de situation en moyenne huit – neuf fois par an. Dédramatisons…
Prenons du recul et posons-nous ensemble les bonnes questions. Que faut-il réellement comprendre ? Je vous lance quelques pistes…
Contrairement à ce qu’on vous dit :
Le problème ? Ce n’est pas le Bund, c’est l’euro
Suivez les capitaux à la trace :
▪ D’abord, les capitaux ont “lâché” les obligations souveraines périphériques (grecques, italiennes, portugaises, espagnoles) pour trouver “refuge” dans l’obligataire Allemand (le Bund). Notez qu’ils ont fait l’effort de rester sur des actifs libellés en euro. Dit autrement, ils n’ont pas fui l’euro, ils ont juste réalloué leurs actifs libellés en euro.
▪ Aujourd’hui, on nous dit qu’ils ne croient plus en l’Allemagne ; qu’ils “lâchent” l’Allemagne.
Certes, mais ce n’est pas parce qu’ils ne croient pas en l’Allemagne — je vais vous dire pourquoi de façon on ne peut plus convaincante dans un instant. C’est tout simplement parce qu’ils ne croient plus en l’euro.
Jamais l’Allemagne d’Angela Merkel n’aura été aussi “enchaînée” à l’euro…
Dit autrement : les capitaux commencent à fuir l’euro, quel que soit l’actif sous-jacent. Ils ne veulent plus détenir d’avoirs en euro parce qu’ils anticipent une chute de l’euro, voire pour beaucoup son implosion systémique.
Soyons lucides : pourquoi pensez-vous que les obligations à 10 ans des “bons élèves” de la zone euro voient tous leur rendement monter depuis quelques temps, Bund inclus ?
Contrairement à ce qu’on vous dit, ce n’est pas parce que les investisseurs craignent le “risque crédit” allemand ou autrichien. C’est parce qu’ils craignent le “risque euro”. Ce qui est très différent.
Oui. Les capitaux commencent à fuir l’euro : les fonds de pension, assureurs, banquiers, investisseurs internationaux s’en vont parce qu’ils jugent l’euro de plus en plus risqué. Trop risqué…
Ils rapatrient leurs fonds pour les placer en sterling et en dollar (pourquoi croyez-vous que le rendement de l’obligation souveraine anglaise à 10 ans est à un plus bas de 19 ans, sous le rendement allemand !)
En résumé : nous avons assisté hier à un signe de défiance non pas à l’égard de l’Allemagne et de sa note de crédit. Mais à l’égard de l’euro. Ce qui est bien plus grave.
Le mécanisme de perte de confiance en l’euro se met en branle. Danger !
N’oubliez pas que les banques européennes sont contraintes de liquider leurs obligations souveraines de la zone euro pour faire rentrer du cash dans leurs caisses, afin de redresser à la hâte leurs ratios prudentiels. Cash qu’elles se gardent bien de redistribuer à l’économie réelle d’ailleurs… d’où le risque accru de credit crunch.
Si maintenant les capitaux internationaux se mettent eux aussi à se faire rares… qui diable va financer nos déficits budgétaires ?
Vous me suivez toujours ?
Si oui, à ce stade vous avez compris que le risque est double pour nous : raréfaction du crédit et crise de liquidité.
Au risque de credit crunch s’ajoute un risque de crise de liquidité généralisée
Alors oui, il y a urgence. Angela Merkel et Nicolas Sarkozy le savent. Monti aussi.
Je leur fais confiance pour trouver une solution. Ils DOIVENT la trouver. Et ils DEVRONT l’imposer.
Cette solution passera par une intégration budgétaire monétaire et fiscale accrue. Et une fois ce point acquis, par une monétisation partielle de la dette par la BCE. Vous verrez, Angela acceptera. Je vous ai expliqué récemment pourquoi.
Ils n’ont pas de choix… car nous sommes face à deux risques majeurs : l’implosion de l’euro et la récession/dépression.
Et la démocratie dans tout ça ?
Eh bien malheureusement elle devra attendre. Et tranchera a posteriori.
Voici maintenant la preuve que les investisseurs ont plus que jamais confiance en l’Allemagne
Il suffit de regarder le marché obligataire souverain allemand à six mois.
Pour la première fois depuis la création de l’euro, le rendement du Bund à six mois est négatif !
Dit autrement, les investisseurs PAYENT pour prêter à l’Allemagne, alors qu’ils devraient percevoir un intérêt.
Ces titres sont très recherchés sur le marché du refinancement où ils servent de collatéral (garanti) contre le cash.
En bref maintenant…
Du côté de mes indicateurs avancés d’activité économique en zone euro : alerte rouge
- L’indice d’activité des directeurs d’achats continue de se contracter : il plonge de 49,1 en octobre à 47,2. Et la tendance va se poursuivre…
- Les commandes à l’industrie s’effondrent à 6,4% en septembre. Du jamais vu depuis le krach de l’automne 2008.
Ce sont des chiffres violents…
Les marchés actions plongent, l’euro sombre, l’or et le pétrole résistent vaillamment et…
… et les Chinois (plus que jamais opportunistes) se ruent sur le nickel pour reconstituer leurs stocks stratégiques à bon compte. Ce qui leur permet en plus (cerise sur le gâteau !) de “larguer” ces satanés dollars qui leur collent à la peau.
En attendant restez bien à l’écoute. J’ai encore quelque chose d’important à vous dire.
Et si les métaux de base et l’ogre chinois vous intéressent, faites confiance à Florent Detroy pour vous guider. Il suit pour vous à la loupe les matières premières et les opportunités qui en découlent.
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