Rentrer sur les Terres Rares ?

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Les pays émergents sont en train de vivre un boom spectaculaire de la téléphonie mobile.

Les opérateurs ont su adapter leur offre à leur population, en proposant des forfaits simples et peu onéreux.

Ce mouvement s’est opéré avec la bénédiction des Etats, qui ont pu ainsi économiser la construction des infrastructures pour la téléphonie fixe.

Mais si ces marchés ont fait la fortune des opérateurs locaux, les marchés émergents sont encore loin d’être saturés. La pénétration de la téléphonie mobile jusqu’au coeur de pays en développement va encore soutenir la demande pour de nombreuses années.

Cette demande est révélatrice d’un mouvement bien plus vaste : la démocratisation des technologies.

Or lorsque l’on entend technologie, en particulier dans les télécoms, on pense à une chose : les terres rares.

Le boom des produits technologiques entraîne le boom des terres rares.

Si le mouvement est amorcé depuis quelques années, le repli actuel nous semble une bonne opportunité pour rentrer sur le marché.

La demande ne faiblira pas
Avant tout, les fondamentaux sont solides.

Par exemple, les industriels occidentaux ont pris l’habitude de viser les classes moyennes des pays émergents. Evalué autour de 1,4 milliard d’individus, le marché paraît effectivement extrêmement attractif.

Mais les opérateurs mobiles ont un avantage : leurs clients sont aussi la classe la plus pauvre. Cette population représente quatre milliards d’individus !

Rien qu’en Afrique, il reste encore 600 millions d’individus à équiper.

Les pays développés consomment de plus en plus
Si les pays développés sont équipés en mobiles, le marché des smartphones et des ordinateurs reste encore largement sous-exploité.

Ces deux marchés possèdent donc de grandes marges de progression. Le taux de pénétration des smartphones n’est encore que de 17% dans les pays développés. Il devrait passer à 70% en 2015.

Ces marchés partagent une caractéristique avec la téléphonie : ils ne peuvent pas se développer sans terres rares.

Le boom des technos = boom des terres rares
Si vous vous intéressez aux matières premières, vous avez certainement croisé ce sujet.

Les terres rares n’ont pas cessé de s’étendre depuis la fin du XXe siècle. Elles se sont développées plus particulièrement dans deux domaines :

1. L’électronique

2. Les énergies vertes

Or ces deux secteurs ont particulièrement le vent en poupe depuis quelques mois. Le secteur des batteries rechargeables par exemple est en train d’exploser.

Elles ont équipé votre premier téléphone mobile, elles sont actuellement dans les voitures hybrides qui arrivent sur le marché. Elles seront dans les éoliennes offshore que l’Etat finance actuellement.

Et chaque fois, les quantités de minerais nécessaires augmentent !

Une demande en hausse…
Pas étonnant, dès lors, que la demande s’envole.

La production mondiale avoisinait les 50 000 tonnes annuelles dans les années 1990. Ce chiffre avait doublé dans les années 2000. On en est à 130 000 tonnes cette année.

D’après une estimation récente de la banque canadienne Jacob Securities (janvier 2011), la demande mondiale pourrait dépasser les 200 000 tonnes à l’horizon 2015. C’est une progression de +300% !

… mais une offre qui se réduit chaque année
Le marché restera sous pression encore de nombreuses années.

Selon certaines estimations, la demande soutenue de terres rares, liée aux besoins des nouvelles industries, pourrait excéder l’offre de 40 000 t d’ici quelques années.

Cette menace de pénurie s’explique principalement par un fait : le principal producteur réduit chaque année sa production.

Pékin réduit de 40% les quotas d’export
En 2010, le gouvernement chinois a procédé à une série de réductions drastiques de ses quotas d’exportation. Pour cette seule année, ils ont été réduits de près de 40%.

Les motifs invoqués sont de deux ordres :

- La sécurisation de ses ressources stratégiques
- La montée des préoccupations environnementales

Les prix sous tension
Quand l’unique producteur de la planète décide brusquement de geler 40% de ses exportations, que se passe-t-il ?

La réponse est simple : les prix décuplent !

Certains minerais ont vu leur cours exploser, en particulier ceux classés dans la catégorie des terres rares dites “lourdes“. De manière générale, le cours moyen des terres rares a plus que décuplé depuis 2009.

La production reprend partout dans le monde
Pour faire face à la menace de pénurie, les nouveaux projets miniers ont éclos dans de nombreux pays.

Ainsi le Japon, qui accaparait plus de la moitié des exportations chinoises, s’est tourné vers d’autres producteurs asiatiques.

La catastrophe de Fukushima est également venue peser sur le marché. Lesproducteurs d’uranium ont senti le vent tourner. Ainsi, ils se sont lancés agressivement dans l’exploitation des terres rares pour compenser une éventuelle désaffection du nucléaire.

Et les récentes décisions sont venues confirmer ces anticipations. Le projet d’Angela Merkel de retrait total du nucléaire d’ici à 2021 pourrait annoncer une nouvelle “vague verte” à l’échelle continentale.

Capter le mouvement de diversification
Cette inquiétude sur les risques de pénurie va offrir de nouvelles opportunités d’investissements.

Les principaux pays consommateurs remuent ciel et terre pour découvrir de nouveaux gisements. Les financements pleuvent sur le secteur. Les minières qui possèdent des gisements de terres rares ont déjà vu leur cours partir à la hausse.

C’est pourquoi le mini-krach des matières premières observé début mai pourrait bien être idéal pour rentrer sur le marché en repli. Ce mouvement de correction a ouvert une fenêtre de tir.

Si vous désirez en savoir plus, le Matières à Profits de ce mois-ci est entièrement consacré au marché des terres rares, cliquez ici.

 

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Sylvain Mathon

En tant qu'analyste technique au sein d'une équipe spécialisée, Sylvain Mathon a conseillé pendant près de dix ans de grandes salles de marchés sur les matières premières et l'énergie. Mais pour bien comprendre les matières premières, ce n'est pas dans une salle de marché qu'il faut être, mais bien sur le terrain, là où l'on cherche, extrait, transforme et consomme des matières premières.

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