Le principal problème de l’investisseur, c’est que personne n’a encore réussi à mettre au point une machine à remonter le temps. Si vous aviez misé sur Apple ou Microsoft avant tout le monde. Si vous aviez acheté cet appartement pour une bouchée de pain dans le Marais quand celui-ci était encore considéré comme un des quartiers décrépis de la capitale. Si vous aviez vendu vos actions avant la bulle Internet ou la crise de 2008.
Un petit tour dans votre machine à remonter le temps, et Warren Buffett en personne viendrait vous demander des conseils d’investissement. Et c’est un dîner avec vous qui se vendrait plusieurs centaines de milliers de dollars. Evidemment, l’investissement perdrait certainement un peu de son intérêt. Après tout, une grande partie du plaisir est dans la part de jeu ou de hasard que réserve chaque investissement.
Encore faut-il parier en connaissant les règles du jeu… et savoir miser sur le bon cheval… ou le bon serpent.
Car aujourd’hui, je vous propose de vous intéresser à un Cobras, l’Indonésie.
L’Indonésie, le 5e BRIC
Alors que, comme le soulignait très justement Eberhardt Unger dans son article “La fausse tranquillité de l’économie mondiale”, la croissance mondiale devrait au mieux stagner en 2012, la croissance indonésienne réveille l’intérêt des investisseurs.
Car même les géants émergents que sont l’Inde et la Chine devraient voir leur croissance décélérer cette année par rapport à l’année dernière. Enfin, décélérer… le PIB chinois devrait tout de même être en hausse à 8,2% cette année et celui de l’Inde 7,8%.
Mais certains pays font de la résistance face à la morosité ambiante, et c’est le cas de l’Indonésie qui affiche une croissance de 6,49% l’année dernière, sa meilleure performance en plus de 15 ans.
Le pays possède de nombreux atouts :
1. Une économie diversifiée reposant à la fois sur l’exploitation de ressources naturelles du pays et sur une production manufacturière
Du côté des matières premières, l’Indonésie possède :
- des réserves de pétrole (cependant en voie d’assèchement) mais surtout de gaz ;
– un sous-sol riche en métaux comme le cuivre ou l’or ;
– une agriculture bien implantée (huile de palme, riz, thé ou café)
L’industrie et les services ne sont pas en reste : textile, bien d’équipement, etc.
2. Une économie tournée vers la consommation intérieure
Contrairement à ses voisins asiatiques, l’économie indonésienne a l’avantage d’être moins dépendante de ses exportations. La consommation intérieure 60% de ses 530 milliards d’euros de PIB. Les exportations ne représentent quant à elles que 25% du PIB. Pour rappel, les exportations représentent en moyenne 50% du PIB dans la région.
Une spécificité qui explique que l’Indonésie a beaucoup moins souffert que le reste de l’Asie de la crise de 2008 ou encore de l’actuelle crise de la dette souveraine dans la zone euro.
3. Une population jeune… et nombreuse
Le développement d’une classe moyenne – qui selon, la Coface augmente de 7 millions de personnes chaque année – constitue le socle de la consommation intérieure indonésienne.
Car sa population est l’un des atouts de l’Indonésie. Elle devrait passer de 240 millions aujourd’hui à 315 millions d’ici à 2030. Avantage supplémentaire, cette population est jeune, et même, en moyenne, plus jeune que les autres que dans les autres pays de la région.
4. Des finances publiques solides
Les chiffres que je vais vous donner dans quelques instants constituent presque de la pornographie pour les pays (ex)riches et surendettés que nous sommes :
- un déficit budgétaire à 2,1%
- une dette publique en dessous des 24% en 2011 et qui devrait légèrement se réduire l’année prochaine (oui, je sais, c’est presque indécent)
- une croissance prévue de plus de 6% cette année
- une note souveraine de BB+ attribuée par Fitch, soit mieux que de nombreux pays européens comme l’Italie.
Voici ce qu’en dit Jean-Claude Périvier dans Défis & Profits : “La note attribuée par Fitch à la dette indonésienne avance d’année en année, actuellement à BB+, et si l’économie continue sur sa tendance actuelle, cette notation sera encore relevée, réduisant du même coup les charges financières de l’Etat”.
“Tout en ayant bâti les fondements de son essor économique depuis plusieurs années, l’Indonésie n’en est qu’aux prémices de son décollage, un peu là où en était le Brésil il y a une dizaine d’années”, conclue Jean-Claude. Vous voilà prêt à grimper dans la machine à remonter le temps…
Quelques obstacles qui entravent encore le décollage
Ces atouts ne doivent cependant pas vous faire oublier que le pays n’est pas sans danger pour l’investisseur :
- Les tensions ethniques, politiques et religieuses ont rendu le pays instable politiquement ces dernières années, et ce même si depuis quelque temps, le gouvernement semble avoir en grande partie repris la main.
- La corruption est importante.
- Comme la plupart des émergents, l’Indonésie est sensible à l’évolution de la conjoncture mondiale et surtout à l’appétit pour le risque des investisseurs étrangers. Pour le moment, le contexte est favorable, les investisseurs cherchant le rendement là où il se trouve, c’est-à-dire loin des chemins battus européens ou américains.
Prudence donc, comme à chaque fois que vous vous intéressez aux pays émergents, et en particulier aux nouveaux émergents.
Comment profiter du dynamisme indonésien ?
Il y a évidement le premier producteur de charbon indonésien, Bumi. La demande exponentielle de la Chien en Charbon donne à cette compagnie un horizon dégagée en termes de demande. Pourtant des querelles internes au sein de la direction nous font vous conseiller la prudence pour le moment.
[NDLR : Si vous souhaitez investir sur un pure player du charbon en Asie, Florent Detroy vous propose une analyse complète d'une petite pépite qui sera aux premières loges pour profiter de la croissance chinoise : rejoignez son club d'investisseurs sur matières premières...]
Jean-Claude quant à lui a préféré s’intéresser à une société de télécom indonésienne qui profite de l’engouement de la classe moyenne pour la téléphonie mobile : D’après l’entreprise Google, c’est le marché émergent qui présente le taux de croissance de l’Internet le plus rapide grâce à des “communautés d’internautes très actives et très diverses.” Il y a actuellement 40 millions d’internautes dans le pays, et le marché de l’Internet devrait croître de 48% en 2010 selon une étude de Yahoo!. Le taux de pénétration des ordinateurs étant assez faible (2%), les internautes utilisant le plus souvent des téléphones mobiles, plus légers, moins chers, plus faciles à utiliser”.
“Quoiqu’il en soit, le développement des communications du pays, et d’Internet en particulier, passe par l’installation des infrastructures nécessaires, sachant qu’à l’heure actuelle, il n’y a que 13,4 lignes téléphoniques pour 100 habitants”. Retrouvez cette valeur, ainsi que les autres recommandations de Jean-Claude pour profiter des nouveaux émergents dans Défis & Profits.
Première parution dans la Quotidienne d’Agora le 16/02/2012.



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