Encore une très belle semaine sur les marchés financiers. La hausse des indices se poursuit. Il faut dire que les chiffres macro-économiques en provenance des Etats-Unis étaient définitivement placés sous le signe du renouveau printanier. De quoi donner des ailes aux investisseurs encore tout transits du froid sibérien qui a sévit cet hiver sur les marchés.
En résumé, et côté américain tout d’abord :
Les indicateurs jouent clairement le "vert". L’indice ISM des services est ressorti meilleur que prévu, les demandes de prêts hypothécaires repartent, les inscriptions au chômage se stabilisent, et l’indice de confiance du consommateur s’affiche en hausse. Ajoutez à cela les propos rassurants de Ben Bernanke… et vous comprenez mieux l’euphorie ambiante sur les marchés.
Derrière ces chiffres, deux constats : l’immobilier américain se stabilise (enfin !), tant en termes d’activité que de prix. Et le consommateur américain résiste étonnamment bien. Ces deux facteurs étant clé pour entrevoir une réelle sortie de crise à terme. A suivre de près…
A peine le "stress test" publié que déjà le Wall Street Journal remet en cause les calculs effectués, dénonçant des chiffres sous évalués… je vous fais grâce du couplet sur les bancaires, ce n’est pas notre propos aujourd’hui.
Côté européen maintenant :
Les chiffres macro-économiques continuent de jouer le "rouge", encore et toujours. Les ventes de détail dans la Zone euro sont en fort repli. Ce matin, la production industrielle française ressortait une nouvelle fois en en forte baisse, à 7% sur le premier trimestre. Et les prix à la production en Zone euro continuent de chuter…
Et pourtant l’euro grimpe contre le dollar. Ce dernier pâtit du retour prononcé du goût des investisseurs pour le risque.
Alors, retournement ou rebond dans un marché boursier baissier ?
La stabilisation de l’immobilier et "l’appétit" du consommateur aux Etats-Unis sont à suivre de très près, car ce sont des piliers de la reprise. Une consolidation me paraît inévitable. Et il n’est pas impossible que le point bas qui en découlera ressortira "moins bas" que le précédent plus bas de mars. Ce qui confirmerait l’hypothèse d’un retournement…
1. Energie : le brut fait voler sa résistance en éclats
Ayant déjà largement traité du pétrole dans les Editos de jeudi et vendredi, je ne vais pas revenir dessus. Sachez juste que la résistance qui bloquait le cours du brut depuis des semaines dans un canal horizontal a été cassée, ce qui est un signal d’achat clair. Mais que les fondamentaux à court terme ne militent pas pour un rebond immédiat du brut.
Ce matin, le WTI cote 59,58 $ et le Brent 57,64 $ au moment où je vous écris.
Les perspectives ?
Voici ce qu’écrivait Nicolas Rémy au sujet du brut vendredi soir dans Signal Matières&Devises :
"Même si mon sentiment reste haussier d’un point de vue technique, j’aimerais attirer votre attention sur le fait que cette hausse me paraît tout de même décorrélée des fondamentaux actuels et notamment des niveaux de stocks de brut aux Etats-Unis qui grimpent, grimpent et grimpent encore de semaines en semaines. Même si nous ne sommes pas là pour juger de ce qui est normal ou pas, mais pour essayer de profiter des opportunités techniques que nous offre le marché, je ne néglige pas cette force de rappel qui tôt ou tard ramènera les opérateurs à la raison".
2. Métaux précieux : ils brillent à nouveau…
Très belle semaine aussi pour l’or, qui cotait ce matin jusqu’à 917,90 $ l’once, contre moins de 890 $ en début de semaine dernière. Vendredi, l’once est même revenue au-delà des 920 $.
Qu’est ce qui fait courir l’once ? Incontestablement la hausse du cours du baril et l’affaiblissement du dollar. Mais aussi les nouvelles "mesures quantitatives" prises par la Banque d’Angleterre et la BCE. Mesures qui, à moyen terme, riment avec planche à billets et inflation.
En revanche, le retour du goût pour le risque des investisseurs semble curieusement n’avoir aucun impact sur les cours de l’or ! Contrairement au dollar qui perd beaucoup de terrain contre l’euro (il cote au-delà des 1,36 ce matin).
Les perspectives ?
L’or résiste étonnamment bien" expliquait Marc Dagher dans l’Investisseur Or&matières. "Tandis que le rebond se poursuit sur les indices majeurs mondiaux, allant dans le sens d’un scénario pourtant pessimiste pour le métal précieux. Les indicateurs journaliers reflètent bien cette impression d’incertitude, avec un RSI légèrement positif et un MACD légèrement négatif. Aussi, si cette semaine à venir ne marque pas un coup d’arrêt net dans le rebond, il faudra remettre en cause l’hypothèse baissière immédiate".
L’argent a suivi l’or dans sa hausse, en amplifiant le mouvement, et est passé en cours de semaine au-delà des 14 $.
Enfin, le palladium est lui aussi en très forte hausse cette semaine, tiré par le rebond des ventes automobiles en Chine. La nouvelle a aussi largement profité au platine, mais dans une moindre mesure.
Selon la Fédération automobile chinoise, les ventes auraient bondi de 25% sur avril ! Et auraient enregistré un record de 1,15 million de voitures vendues sur le mois.
Il n’en fallait pas plus pour faire bondir nos deux platinoïdes…
| Cours à 3 mois |
Vendredi 01/05/2009 |
Vendredi 08/05/2009 |
Variation / semaine |
| Aluminium* | 1 539 | 1 544 | 0,32% |
| Cuivre* | 4 600 | 4 685 | 1,85% |
| Plomb* | 1 400 | 1 465 | 4,64% |
| Nickel* | 11 900 | 13 100 | 10,08% |
| Etain | 12 450 | 14 000 | 12,45% |
| Zinc* | 1 515 | 1 555 | 2,64% |
| Acier (Méditerranéen) | 340 | 333 | -2,06% |
| Or (spot) | 888,20 | 914,80 | 2,99% |
| Argent (spot) | 12,58 | 13,97 | 11,05% |
| Platine (spot) | 1 091,80 | 1 143,50 | 4,74% |
* cours en $ sur le LME à trois mois
3. Métaux de base : la hausse se poursuit, encore et toujours…
Très belle semaine une fois encore pour les métaux industriels, largement tirés par l’euphorie des marchés et les bonnes nouvelles macro-économiques en provenance de Chine et de l’immobilier américain. Tout va bien dans le meilleur des mondes…
En attendant, les investisseurs jouent le mouvement haussier à fond !
Pourvou que ça dour…
En Europe, l’indice des directeurs d’achat de la Zone euro s’améliore. Mais c’est surtout l’économie clé pour les métaux, à savoir l’Allemagne industrielle et exportatrice, qui dope nos métaux. L’économie allemande pourrait — enfin ! — avoir touché le fond. Une très bonne nouvelle, à confirmer dans les prochaines semaines… En attendant, la production industrielle semble s’y stabiliser, et les commandes industrielles ont même rebondi pour la première fois en six mois.
A noter le bon score de l’étain, jusqu’ici plutôt en retrait. Ce sont les bonnes nouvelles en provenance de Chine, premier consommateur, qui ont engendré un flot d’achats spéculatifs.
Très belle performance également du nickel. Pour mémoire, je vous rappelle que la "bulle" sur le nickel avait éclaté en mai 2007. Voilà deux ans que les producteurs réduisent leur production pour se mettre à l’unisson de la demande. Le mouvement pourrait bientôt s’achever et déboucher sur un équilibre restauré du marché. Dès que la demande repartira, le cours pourrait alors être tiré vers le haut. Reste à savoir si elle rebondira… A commencer par la demande d’acier inoxydable ! Affaire à suivre…
Concernant le cuivre, le stock sur le LME continue de se replier, ce qui est une excellente nouvelle. En revanche, celui de Shanghai lui, croît. Jeu de vases communicants ? Possible…
4. Soft Commodities : tirés par la météo et l’ambiance des marchés
Affaiblissement du dollar, euphorie sur les marchés actions, hausse du cours du pétrole auquel sont liés les biocarburants (soja, maïs notamment)… les grains apprécient.
La demande de soja reste forte. La Chine importe toujours autant, alors que la production est moindre en Amérique du Sud pour cause de sécheresse dans les deux cas.
Le ministre brésilien de l’agriculture vient une nouvelle fois de revoir à la baisse ses anticipations de production de soja de 500 000 tonnes. L’Argentine s’attend à un repli de sa production de 20% par rapport à l’an passé. Parallèlement, la Chine a annoncé vouloir importer cette année du soja pour un niveau record : 39,5 millions de tonnes ! La sécheresse ayant affaibli sa production intérieure.
Livraison juillet, le soja affichait vendredi 11,06 $ le boisseau sur le Cbot
Le maïs et le blé sont soutenus par les problèmes liés aux semis et mises en terre. Les conditions météorologiques sont depuis quelques temps mauvaises aux Etats-Unis : les fortes pluies dans la région des grandes plaines du nord et jusqu’au delta du Mississipi rendent les semis très difficiles. Et qui dit retard dans les plantations dit baisse probable des rendements. Sans compter que des graines semées par temps de pluies pourrissent avant même d’avoir eu la chance de pousser !
Résultat des courses, au 3 mai dernier :
- 33% du maïs américain était mis en terre seulement contre 50% habituellement à cette date (en moyenne sur les cinq dernières années).
- 23% du blé américain était semé seulement contre 59% habituellement à cette date (en moyenne sur les cinq dernières années).
Livraison juillet, le blé cotait vendredi 5,89 $ le boisseau et le maïs 4,19 $ le boisseau même échéance, sur le Cbot toujours
Enfin, notez que le cours du sucre touche un plus haut depuis trois ans. A 15,60 cents la livre à New York. J’essaierai de revenir sur le sucre cette semaine pour faire un point avec vous.


