La correction sur les prix des matières premières entamée le mois dernier n’a donc pas épargné l’or. La deuxième vague de baisse a eu lieu la semaine dernière, et ce n’est sans doute pas terminé. Le contrat future pour livraison juin 2008 a, en effet, rebondi jusqu’à 917 dollars vendredi après un plus bas mardi dernier à 879 dollars.
Une consolidation dans un trend haussier ?
De nombreux investisseurs estiment que la correction est d’abord une pause temporaire au sein d’une tendance haussière de long-terme.
Effectivement, les fondamentaux de l’or sont toujours relativement solides (pression inflationniste, dollar faible, craintes et incertitudes quant à la conjoncture économique…).
Les spéculateurs exacerbent les excès
Cependant, c’est surtout la spéculation des hedge funds et des traders, fuyant les marchés actions jugés trop risqués, qui a alimenté la bulle sur les matières premières. Sur les contrats de futures, produits standardisés et très liquides, ces investisseurs court-termistes en quête de rendements rapides entrent et sortent de leurs positions facilement et à tout moment.
Leurs nombreux allers-retours, leurs prises soudaines de profits, la taille et le volume de ces fonds ont ainsi considérablement contribué à la hausse de la volatilité du marché.
Dès que quelques uns d’entre eux, prudents ou particulièrement avisés, prennent leurs profits en clôturant leurs positions longues, voire décident même de vendre à découvert, c’est l’effet boule de neige.
Il y a deux raisons qui expliquent la correction déclenchée au mois de mars, correction qui n’est sans doute pas finie…
L’aversion au risque a eu raison des matières
Tout d’abord, les mauvaises nouvelles. En vrac, la chute peu glorieuse de la banque Bear Stearns, les estimations réactualisées des pertes mondiales liées aux subprimes publiées par Goldman Sachs, et les inquiétudes concernant Fannie Mae et Freddie Mac, les deux plus gros organismes de refinancement hypothécaire aux Etats-Unis. Toutes ces mauvaises nouvelles ont convaincu de nombreux investisseurs que la crise était loin d’être terminée.
Or l’aversion au risque qui en découle touche toutes les classes d’actifs, et a donc également touché la seule qui bénéficiait encore de la confiance du marché, c’est-à-dire celle des matières premières. Le métal jaune n’a pas échappé à la règle.
Les fonds se sont repliés massivement sur le cash dans le cadre de leur allocation d’actifs, en attendant des jours meilleurs. Les autres matières, céréales et métaux notamment, ont aussi été vendues fortement, vers des niveaux de prix jugés plus réalistes.
Et voilà que tout récemment, ces capitaux errants ont changé leur fusil d’épaule. Vive l’optimisme et la bonne humeur. La crise financière est derrière nous : cap sur les actions…
Voilà le message qu’ils véhiculent. Attendons de voir la prochaine étape…
Fin du processus de baisse des taux aux USA
L’intervention de la Réserve Fédérale américaine le mois dernier est l’autre raison qui explique le timing du mini-krach des matières premières.
En effet, comme vous le savez, le dollar est négativement corrélé aux matières premières : ils évoluent en direction opposée. Or la dernière baisse de taux décidée par la Fed le 18 mars dernier (de 75 points de base) était sans surprise car attendue par le marché.
Et, depuis, beaucoup d’investisseurs considèrent que le pire est derrière eux, et surtout que le potentiel de baisse du dollar arrive à son terme. En gros, la Fed a utilisé tous les moyens dont elle disposait pour faire face à la crise ; quant au taux directeur, il ne peut pas baisser beaucoup plus…
La crise étant globale, ils anticipent donc maintenant une baisse des taux un peu partout dans le monde, à commencer par la Zone euro et le Royaume-Uni notamment, ce qui mécaniquement redonnerait de l’intérêt au dollar en diminuant le différentiel de taux et ferait pression sur les matières.
Ce scénario a redonné un peu d’air à la devise américaine
Après un plus bas proche des 1,60 USD contre l’euro, la devise américaine est revenue fin mars autour des 1,54 $. Le dollar remontant, la corrélation a encore fonctionné et a propulsé les matières premières plus bas. L’or, de plus en plus considéré comme la devise "étalon", a donc été l’actif tangible le plus touché.
La question est désormais de savoir si cette correction a vécu ou si elle va se poursuivre
Et c’est là que l’analyse technique peut-être précieuse. Voici le graphique du contrat future pour livraison juin 2008.

D’abord on note que la tendance haussière depuis novembre est bel et bien cassée
La droite de support est devenue résistance, sur laquelle a buté le premier rebond qui a suivi les deux séances de forte chute (point A). Le plus bas affiché mardi dernier (point B) correspond à un précédent plus haut (novembre 2007), dans la zone des 870/880 $ l’once.
Une fois encore le cours a rebondi, les oscillateurs techniques (stochastiques et RSI) qui affichaient alors des conditions de survente ont aidé le prix à remonter largement au-dessus des 900 $ (923 $ ce matin ). Le reflux du dollar vers les 1,58 a également largement participé à ce rebond.
Mais une tendance n’est jamais linéaire, c’est toujours une succession de vagues…
Une cassure à la baisse du support de 870 changerait la configuration chartiste de l’or pour les prochaines semaines.
Mais pour l’instant, les niveaux actuels apparaissent encore comme de bonnes opportunités d’achat pour les investisseurs de long-terme qui auraient raté le train en marche…


