Tout ira bien tant que…
… vous ne mangez pas, que vous ne buvez pas, que vous ne conduisez pas, ne portez pas de vêtements en coton, n’utilisez pas de fil de cuivre (en téléphonant ou en utilisant l’Internet) ou ne vous mouchez pas, ni ne changez les couches de vos enfants.
Je ne parle pas de votre santé, mais de celle de votre porte-monnaie !
Car les matières premières sont de plus en plus chères. Et la consolidation que nous connaissons depuis quelques jours n’est que ponctuelle. Nous avons à faire à une tendance haussière de long terme sur les prix des matières premières. Pour tout un tas de raisons. Dont une plus particulièrement aujourd’hui :
La faute à qui ?
Entre autres à Ben Bernanke, le président de la Réserve fédérale, qui veut de l’inflation. Malheureusement, pour l’instant cela fonctionne à merveille ; c’est le moment de se protéger, en achetant des actifs réels. Il est également possible d’investir dans des TIPS, mais je vous le déconseille.
Le coton vient de toucher son plus haut niveau depuis près de 150 ans, tout comme le cuivre n’a jamais été aussi cher depuis plus de deux ans. Et ce ne sont pas deux exceptions : l’indice CRB, qui retrace l’évolution des prix des principales matières premières, vient de toucher un sommet sur deux ans.
Voilà pourquoi les amateurs de café paient leur Cafe Latte plus cher au Starbucks du coin, ou que les automobilistes payent leurs nouveaux pneus bien plus chers que l’an dernier.
Pourquoi ce soudain boom du prix des commodities ?
Apparemment, depuis quelques semaines les investisseurs se préparent au retour de l’inflation et achètent des actifs réels — ce qui conduit à leur hausse. En effet, grâce aux programmes de stimulus et à l’assouplissement quantitatif, la masse monétaire américaine a progressé beaucoup plus vite que le rythme de création de richesse, ce qui est inflationniste.
Et nous ne sommes qu’au début du processus :
La Réserve fédérale va dépenser 600 milliards de dollars supplémentaires pour relancer l’économie américaine. Plus exactement, pour remplir son mandat, c’est-à-dire favoriser le plein emploi — nous en sommes loin — et obtenir une inflation maîtrisée.
Le problème est que l’inflation est tellement maîtrisée pour le moment, que Bernanke la juge insuffisante et cherche à en créer davantage, en déversant des tombereaux d’argent sur les agents économiques ; quitte à saboter la valeur du dollar à long terme, ce qui constituera une source supplémentaire d’inflation.
Pour l’instant, seuls les observateurs les plus attentifs ont compris pourquoi leurs pneus neige leur coûtent plus cher ; vous en faites désormais partie.
Mais, la nature étant bien faite…
… il existe une assurance censée vous protéger à la fois contre une sévère inflation et contre une déflation carabinée : cela s’appelle un TIPS, pour Treasury Inflation-Protected Securities.
C’est-à-dire une obligation du gouvernement américain dont le taux est censé varier selon l’inflation. Le principe général étant que si les prix augmentent, l’intérêt payé par ces obligations sera plus important, pour que l’investisseur ne soit pas pénalisé par la hausse des prix.
Or, pour la première fois, les rendements auxquels les TIPS ont été vendus fin octobre furent négatifs, de -0,55% pour être plus précis ; cela qui signifie que le taux d’intérêt qui sera payé par ces titres sera inférieur de 0,55% au taux d’inflation américain jusqu’en 2015.
Et pourtant, des investisseurs apparemment rationnels les ont acquis ; à quoi bon acheter une assurance qui ne vous protège pas totalement, finalement ?
Les investisseurs en question ne savent pas à quoi s’attendre, entre inflation ou déflation
Mais ils ont bien compris que les TIPS leur proposent une assurance contre ces deux situations. Luis Viceira, professeur à Harvard, l’explique dans la presse anglo-saxonne : le rendement des TIPS augmente si l’inflation accélère, mais il ne recule pas autant si la déflation s’installe.
En clair, quelle que soit l’intensité de l’éventuelle déflation, le détenteur d’un TIPS sera remboursé de son investissement initial à maturité.
Je connais de meilleures manières de se protéger, et nous ne les aborderons pas ici, car tel n’est pas notre propos du jour ; en revanche, il est intéressant de constater que les investisseurs sont désormais d’accord de débourser de l’argent afin de se protéger contre une éventuelle hyperinflation, et dans une moindre mesure contre la déflation.
Les choses commencent à bouger…


