Un battement d’ailes en Egypte peut provoquer une tornade au Moyen-Orient

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Il faut toujours garder un oeil sur la politique des pays, surtout lorsqu’il s’agit des émergents. Les événements en Egypte viennent de nous le rappeler brutalement.

Ce conseil est d’autant plus important qu’il s’agit ici d’un pilier régional. La politique du Caire est peut-être la plus importante du Moyen-Orient. Le Caire a souvent donné le "la" aux évolutions du monde arabe.

Après deux semaines de troubles, on peut commencer à tirer les premières conclusions… et elles ne sont pas spécialement favorables aux investisseurs.

Voilà mes conseils pour vous protéger.

L’Egypte, un petit Etat pétrolier
L’Egypte n’est pas un grand producteur de pétrole ni de gaz. Sa production n’a cessé de baisser depuis les années 90. De 941 000 barils par jour en 1993, elle est passée à 696 000 barils en 2005. Et quelque 300 000 aujourd’hui.

Côté gaz, elle possède d’importantes réserves, mais elles commencent à peine à être exploitées. Pas de pénurie à craindre, donc.

Le seul vrai problème concerne le transit énergétique. En quand je dis "transit", je veux dire canal de Suez et pipeline méditerranéen (qui traverse le pays)…

Le canal de Suez, l’artère européenne
L’Egypte voit passer pratiquement trois millions de barils par jour en provenance du golfe Persique.

L’Europe importe 20% de son pétrole du Moyen-Orient. Le moindre retard en Egypte fera bondir le Brent.

D’une façon plus générale, si l’Egypte devait s’enflammer, l’instabilité se répandrait dans toute la région. Jusqu’aux producteurs de pétrole qui pourraient être déstabilisés à leur tour.

Un seul battement d’ailes en Egypte peut inquiéter la région entière…

Le Caire : centre politique régional clé
L’Egypte a toujours été en avance. Historiquement, la naissance de l’Islam politique prend ses racines en Egypte, avec les Frères Musulmans (au début du XXe siècle). Le nationalisme arabe est aussi né en Egypte, sous Nasser.

Depuis les années 80, le soutien américain avait permis "d’endormir" la foule. Jusqu’à aujourd’hui…

Un Etat sans ressource, protégé par les Américains
S’entendre avec Le Caire, c’est faire barrage à tout ce que les Occidentaux craignent : l’islamisation et l’instabilité. C’est pour cela que les Américains protègent le pays à ce point.

Grâce à ce soutien américain, la dictature de Moubarak a traversé les âges. L’Egypte a réussi à trouver sa place dans la recomposition géopolitique post-soviétique.

Côté islamisme, le régime a étouffé toute contestation religieuse. Au risque d’étouffer toute contestation tout court…

Enfin, un régime qui vit aux dépens d’inégalités sociales criantes n’est pas durable. Aujourd’hui, la crise sociale émerge au grand jour.

Une stratégie payante, mais de court terme…
C’est cette stabilité politique qui a permis au pays d’être considéré comme un "émergent". Rappelez-vous, le "E" de CIVETS, le groupe d’émergents appelé à rejoindre les BRIC, c’était l’Egypte….

Aujourd’hui, le rêve est fini. Retour aux réalités. L’Egypte entraîne le monde arabe dans une nouvelle ère. Ce qui se joue actuellement est l’avenir des sociétés arabes pour les 20 ans à venir !

Plus grave que la pénurie de pétrole : la volatilité des prix
A ce jour, aucun pays n’a vu son approvisionnement perturbé par la crise égyptienne.

Autre fait qui devrait nous rassurer : aucun slogan en Egypte n’a fait référence au canal du Suez. Tout le pays est conscient de l’importance de la rente pétrolière égyptienne.

Pourtant, les prix du Brent viennent de passer les 100 $ une première fois !

Cette crise nous rappelle une chose : les marchés pétroliers sont et seront de plus en plus volatiles.

A court terme, la conséquence de cette crise c’est avant tout l’accroissement de la volatilité sur les marchés.

La réponse du monde arabe ne va pas nous plaire
Sur le long terme, les conséquences de cette crise vont être profondes.

Que Moubarak parte ou pas, le constat restera le même : les sociétés arabes se sentent délaissées par leurs gouvernements. Deux raisons à ça.

  1. Les populations ne perçoivent pas les résultats de la croissance de leur pays. C’est le cas en Egypte et en Tunisie, mais aussi au Maroc ou en Jordanie…

  2. Les gouvernements ont trop recherché le soutien des Etats-Unis. Les GI en Arabie saoudite seront éternellement une source de colère….

Mon analyse est donc sombre pour l’Occident : quels que soient les changements, les gouvernements devront écouter avant tout leur population.

Quelles conséquences pour nous ?
Je vois deux évolutions possibles.

▪ D’abord, les alliances avec les Occidentaux risquent d’être affaiblies. Surtout si les pays arabes trouvent dans les marchés du Golfe des substituts à la locomotive économique américaine.

▪ Deuxième conséquence, les gouvernements vont devoir s’investir davantage auprès de leur population. Les programmes sociaux vont être gonflés.

Déjà en Syrie et en Algérie, les gouvernements commencent à financer des programmes d’aides.

De même, le Caire vient de décider d’augmenter les salaires et les retraites de 15%.

Ce phénomène a un nom : "Acheter la paix sociale".

Comment les Etats vont-ils payer ce surcroît de dépenses ?

En laissant les prix du pétrole et du gaz monter…

Mes conseils
Nous pouvons réduire notre dépendance aux pays arabes : le pétrole existe ailleurs.

Pour vos investissements, je vous conseille de vous tourner vers deux directions :

▪ D’abord les énergies non-conventionnelles. Matières à Profits soulignait récemment le boom des shale oil. S’ils arrivent à se développer aussi vite que les shale gaz, le Moyen-Orient pourrait vous laisser dormir quelques heures de plus par nuit.

[NDLR : Découvrez l'opportunité décelée par notre spécialiste, qui pourrait vous permettre de profiter des 60 milliards de barils cachés sous le bassin parisien, sous forme de shale oil : tout est expliqué dans ce message...]

▪ Autre piste : les nouveaux gisements, situés hors Moyen-Orient. Des compagnies comme Repsol ou Petrobras exploitent en ce moment de nouveaux gisements géants en Amérique du Sud. Et bonne nouvelle, le Brésil est une démocratie !

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Florent Detroy

Florent Detroy est diplomé de Science Po Grenoble, où il s'est spécialisé sur les problématiques énergétiques et les transformations de l'espace post-soviétique.

Sa spécialité, ce sont les matières premières et en particulier dans le secteur de l'énergie.

Cela fait des années qu'il réalise des veilles stratégiques pour orienter les entreprises françaises à se développer dans des pays riches en matières premières...

Florent Detroy a une connaissance de l'ensemble de la chaine industrielle, de la prospection à la commercialisation – ce qui en fait un conseiller très précieux.

Après avoir travaillé dans les confortables bureaux londoniens des négociants en commodities... il est parti à la découverte des plaines inhospitalières d'Asie Centrale et de leurs fabuleuses ressources minières et énergétiques...

Aujourd'hui, il se consacre au conseil pour particuliers en tant que rédacteur en chef de Matières à Profits.

Son but : vous ouvrir les portes du marché des matières premières. Faites lui confiance.