Par Stéphane Barbier de la Serre, Diapason Commodities Management
Moka d’Ethiopie, Excelso de Colombie, Blue Mountain…
Par-delà les variétés, par-delà les cépages, la mélodie est toujours la même pour le café et, clairement, elle évoque aujourd’hui davantage celle du bonheur que celle qui se joue en sous-sol…
En effet, faut-il le rappeler, le café est l’une des rares matières premières et même l’un des rares actifs toutes catégories confondues à n’avoir pas souffert de la crise.
Encore faut-il savoir de quel café l’on parle…
Car, comme chacun sait, il existe deux grandes familles de café, l’arabica, réputé pour la finesse de ses arômes et le robusta, nettement plus corsé, pour ne pas dire rustique…
Et, contrairement à ce que son appellation pourrait laisser supposer, ce dernier n’a pas franchement démontré une grande robustesse ces derniers temps, ses cours affichant une baisse de plus de quelque 15% sur l’année 2009. Après une année 2008 déjà dans le rouge.
Le grand retour de la qualité
En réalité, par-delà toute analyse ponctuelle, on observe sur le café, à l’instar d’une tendance très en vogue actuellement sur les marchés financiers, un mouvement de "flight to quality" (de fuite, ou plutôt de repli, en l’occurrence, vers la qualité, dans la langue de Molière) ; exprimé en d’autres termes, la demande des torréfacteurs se reporte de plus en plus vers les variétés de fèves à forte valeur ajoutée et donc vers la grande famille des arabicas.
Or précisément, l’arabica est en très grande forme, lui
Après avoir relativement bien encaissé le choc de la crise, il renoue désormais avec des niveaux de cours équivalents, si ce n’est supérieurs, à ceux atteints à l’orée du cyclone Lehman Brothers.
En cotation new-yorkaise, le contrat arabica s’adjuge de fait un coquet 27% de hausse sur l’année 2009, soit une performance assez proche de celle du cacao, pourtant nettement plus médiatisé ces derniers temps. Aujourd’hui, la livre cote 141 cents sur le NYBOT.

Evolution du cours de l’arabica sur un an sur le NYBOT, en US cents la livre
Entre indolence, insouciance et nonchalance…
Alors, bien sûr, les esprits chagrins auront beau jeu de souligner que, somme toute, l’arabica n’a pas affiché une dynamique réellement haussière ces dernières années, se contentant depuis 2007 de fluctuer, non sans une certaine nonchalance, dans un corridor compris entre 100 et 150 cents…
Mais le marché pourrait désormais être en passe d’adopter un profil plus résolument haussier.
En effet, l’offre mondiale paraît actuellement bien à la peine et ce tant en raison de contraintes climatiques que techniques ou encore financières.
L’offre mondiale paraît bien à la peine
Ainsi, selon la Vietnam Coffee and Cocoa Association, les orages qui se sont abattus sur la péninsule indochinoise devraient se traduire par une baisse de 20% des volumes récoltés. Qui plus est et surtout, les récentes intempéries dans l’hémisphère sud devraient peser sur les récoltes vraiment clés pour le marché, à savoir celles du Brésil et de la Colombie.
Au final, si l’on en croit les prévisions de l’ICO, l’Organisation internationale du café, la production mondiale de café semble vouée à ne pas dépasser 123 millions de sacs sur le millésime 2009/2010 contre 128 millions la saison précédente.
Dans le même temps, la demande demeure très soutenue
Toujours selon l’ICO, elle devrait, à l’échelon global, atteindre 132 millions de sacs cette année contre 130 millions la saison précédente. Et à ceci s’adjoint un phénomène que l’on observe sur bien d’autres marchés (et pas seulement de matières premières…) : le soutien ostensible des cours par les pouvoirs publics.
Ainsi, le ministère brésilien de l’Agriculture a-t-il annoncé le 4 décembre qu’il achètera 10 millions de sacs avant le mois de juillet "pour soutenir les cours et les revenus des agriculteurs".
Enfin, la dynamique des stocks est des plus parlantes
A moins de 18 millions de sacs, les stocks des pays exportateurs ont été divisés par 3 en 5 ans, atteignant des niveaux inédits depuis au moins 30 ans…
Dans ces conditions, le moindre accroc "el niñesque" ;-) entraînerait mécaniquement de vives tensions sur les cours. On rappellera utilement à cet égard que la barrière des 200 cents a été allègrement franchie à plusieurs reprises dans des contextes comparables au cours des trois dernières décennies.
Qui vivra verra !


