Hier, l’euro a décroché, de 1,3497 à 1,3311 $, perdant 186 pips en quelques heures ! Les marchés actions et matières ont aussitôt viré au rouge, l’aversion au risque revenant à la charge.
La cause du chaos ? Fitch
L’agence de notation Fitch dégrade la signature souveraine du Portugal. Voilà qui fait des vagues, et fait ressurgir en prime la problématique grecque (remontée immédiate des CDS et des taux à 10 ans sur les emprunts d’Etat).
En clair et sans décodeur : retour en force de la crainte sur la dette souveraine. Parce que le fond du problème, il est bien là. Sur la dette souveraine des Etats.
Entre insoutenable légèreté…
L’agence Fitch distribue les cartons jaunes. Elle fait son travail. Enfin presque…
Soyons clairs : l’agence a un blason à redorer. Son "insoutenable légèreté" dans la crise des subprime a largement contribué à la gravité de la crise de 2008. Pourtant, rien ne lui a été reproché. Elle s’en est tirée (avec sa consoeur Moody’s) sans une égratignure. Juste un blason à redorer.
Aujourd’hui, elle tente de se "rattraper". Place au zèle.
Carton rouge pour la Grèce et le Portugal. Cartons jaunes pour d’autres pays de la zone euro qui auraient intérêt à se reprendre rapidement pour ne pas être dégradés…
Fitch frappe. Sur les "petits" surtout. C’est justifié ; ça ne mange pas de pain ; elle ne risque pas un retour de bâton ; et redore le blason.
Finie l’insoutenable légèreté des agences ?
Pas vraiment. Si on n’y regarde de près, rien n’a vraiment changé.
… et manque de courage
Soyons francs. Dégrader les petits pays est une chose. S’attaquer aux grands en est une autre. Là, il faut un minimum de courage.
Comment expliquer que les gros pays comme les Etats-Unis, l’Angleterre, ou même un Etat comme la Californie, littéralement écrasée par le poids de sa dette, ne sont pas dégradés eux aussi ?
Prenons la Grande-Bretagne. Son déficit budgétaire représente 12,5% de son PIB. Celui de la Grèce 12,7%. Pourquoi une différence de traitement ?
Les Etats-Unis et l’Angleterre ont un niveau de dette publique égale à 80% de leur PIB. Et si on n’y rajoute la dette des particuliers, toutes les alertes Fitch devraient virer au rouge vif !
Car après tout, si la Grèce fait faillite, nous nous en remettrons. Si les Etats-Unis ou l’Angleterre dévissent, la planète implose. Le danger est autrement plus grave.
Sujet tabou ? Pressions ? Peur de frapper du poing sur la table ?
Qui sait.
Et puis il y a autre chose…
J’ai l’impression que ce qui s’est passé avec les subprime est en train de se passe à nouveau avec la dette souveraine. On découpe les dettes et se les partages "entre petits amis".
Serait-on en train de créer un "subprime géant" ?
Une chape de plomb est tombée. Ni Fitch ni Moody’s ne réagissent. La presse est bien timorée sur la question.
La dette souveraine qu’on n’arrive pas à placer est rachetée entre Etats "à charge de revanche" — accessoirement, les fonds de pension s’en gavent.
On est en train de créer un "subprime géant". Entre les Etats et leurs dettes souveraines respectives…
Les matières dans tout ça ?
La remontée du dollar contre l’euro a fait chuter le pétrole hier. La hausse du stock américain de pétrole, inattendue, enfonçant un peu plus le clou.
L’or a suivi, repassant ainsi sous le seuil psychologique des 1 100 $. Il devrait encore baisser à court terme.
Les métaux de base et les céréales ont perdu du terrain, à l’exception notable du sucre qui rebondit. Et pour cause : il s’est effondré trop vite et trop fort ces dernières semaines ; poussé par la spéculation, alors que les fondamentaux pour les six prochains mois ne le justifie pas. Pas à ce niveau en tout cas, pas déjà.
En revanche, les fondamentaux 2010/2011 le justifient amplement.


