Avouez que c’est impressionnant !
La folie haussière se poursuit sur les marchés boursiers, à un rythme de plus en plus soutenu ces dernières semaines. A croire que notre CAC a passé la cinquième…
Où va notre indice national à ce rythme ? Il cotait 2 976 points le 10 juillet. Il est aujourd’hui à 3 643 points. En hausse de 22,5% en pleine période estivale, en à peine plus d’un mois ! Et de près de 50% depuis le creux de mars. Avouez que c’est impressionnant !
Le rachat de positions short fait flamber les cours
Début juillet, les investisseurs et les hedge funds étaient massivement positionnés short (à la vente) sur les marchés, anticipant une baisse des cours. Mais suite au brusque retournement des indices initié par le secteur des bancaires — avec manipulation probable de Goldman Sachs –, ils ont été piégés et ont dû couvrir leurs positions en rachetant tout aussi massivement leurs positions vendeuses, propulsant ainsi les indices de la planète à la hausse, dans des proportions fulgurantes.
Mais ce n’est pas tout… Il y a eu une conjonction de faits qui a permis au mouvement haussier ainsi entamé de perdurer.
Plein la vue…
Il semble que les investisseurs aient clairement fait le choix d’une reprise en V, forte, rapide et vigoureuse. C’est vrai que les bonnes nouvelles affluent. Les PIB trimestriels se redressent, l’Allemagne, la France et le Japon sont sortis de la récession, la production industrielle repart, les entreprises ont annoncé des résultats meilleurs que prévus au second trimestre 2009… Et en Chine le moteur économique repart à ce point vite et fort que les autorités se voient contraintes de le freiner ! Sous peine de nouvelle bulle…
Alors forcément, les bourses appuient à fond sur l’accélérateur… avec une tendance lourde à l’exagération, car source de profits sonnants et trébuchants !
Lorsqu’on est investisseur de court terme, on ne peut que profiter de l’aubaine et sauter dans le train, ce qui pousse les indices d’autant plus à la hausse. Le profit attire le profit. Humain…
Rebond technique ou reprise pérenne ?
Toute la question aujourd’hui est de savoir : ce mouvement de reprise est-il solide, viable et durable ? Ou n’est-ce qu’un "rebond technique" qui reste à confirmer, et qui, faute de confirmation, pourrait s’essouffler, voir se retourner carrément ?
Au risque de me répéter, je vous donne mon avis sur la question. C’est un simple avis, personnel, qui n’engage que moi.
Le "cocktail planétaire détonnant" porte ses fruits… et après ?
Le rebond auquel nous assistons est clairement la conséquence de l’injection massive et coordonnée de fonds des gouvernements et des autorités monétaires.
Tous ces stimuli (plan de relance, baisse des taux d’intérêt, dépenses publiques, prime à la casse, crédit d’impôt…) mettent toujours quelques mois à porter leurs fruits. Depuis juin, les faits nous prouvent que l’artillerie lourde mise en oeuvre produit ses effets. Et les effets de ce "cocktail planétaire détonnant" devraient continuer de perdurer encore quelques trimestres. Voilà pourquoi il ne m’étonnerait pas de voir les indices grimper encore un peu, et flirter comme au bon vieux temps aux limites du raisonnable.
Les entreprises entre deux eaux…
Que penser du rebond de la production et des résultats meilleurs qu’attendus des entreprises ? Nos vaillantes entreprises ouvrent-elles la voie ? Convaincues par le redémarrage de l’économie mondiale ?
Là encore, au risque de vous décevoir, je pense qu’il ne s’agit pour l’instant que "d’ajustements techniques", qui restent fondamentalement à confirmer. Nous sommes entre deux eaux. Les sociétés se préparent, s’arment, se mettent en ordre de bataille, c’est dans leurs gênes…. Mais la bataille n’a pas commencé…
Se mettre en ordre de bataille, prêt à réagir, au cas où…
Souvenez-vous des fermetures d’usines… Les groupes industriels ont massivement mis à l’arrêt leur outil de production pour ne penser qu’à une seule et unique chose : déstocker…
Après le plongeon abyssal des productions industrielles nationales fin 2008 début 2009, il n’est pas étonnant que les stocks des entreprises aient fini par se vider. Et la remise en route de la production n’est pour l’instant qu’une "remise à niveau minimale" des stocks pour être apte à faire face en cas de redémarrage de la demande afin de pas perdre des parts de marché… Les concurrents lorgnent déjà, prêts dans leurs starting blocks…
Puisqu’il faut survivre…
Quant à l’amélioration des résultats, ils sont le fait de restructurations massives, des réductions de dépenses et des licenciements pléthoriques. La marge a été préservée en taillant dans le vif, et non en gagnant des parts de marchés, en investissant, ou en augmentant les prix de vente. C’est très différent.
La préservation des marges s’est effectuée au prix fort. Ce n’est pas très glorieux. Mais puisqu’il faut survivre…
Qui prendra le relais ?
Les entreprises ne pourront pas éternellement tailler dans le vif.
De même, les stocks finiront bien par atteindre un niveau satisfaisant.
Or tous ces plans de relance qui soutiennent artificiellement — mais si salutairement ! — la consommation, auront une fin. Et la question centrale reste : qui prendra le relais pour soutenir la croissance ?
1. Les consommateurs américains ?
Qui génèrent à eux seuls 70% du PIB américain ! Permettez-moi d’avoir des doutes. Si vous étiez obnubilé par une montée explosive du chômage, sur endetté de surcroît, et sans la moindre épargne devant vous, que feriez-vous ? Iriez-vous vous jeter sur des crédits à la consommation pour consommer un peu plus encore ? Non. Vous n’auriez qu’une seule idée en tête : épargner pour vous protéger des coups durs à venir… C’est ce qu’ils font d’ailleurs.
Voilà pourquoi j’ai du mal à imaginer que le consommateur américain puisse à nouveau être le moteur de la croissance mondiale à venir, comme il l’a été ces dernières années. Il est "gavé" et doit d’abord se désendetter. L’ennui est que cela peut prendre du temps…
2. Les entreprises ?
En effet, elles pourraient investir, repartir de l’avant, se mettre à recruter et développer de nouveaux projets, partir à l’assaut de parts de marchés… C’est le moteur qui fait habituellement tourner les économies japonaise et allemande par exemple.
Mais voilà, elles n’ont qu’une chose en tête : réduire les coûts par quelque moyen que ce soit, et assurer le refinancement des lignes de crédit qui arrivent &a
grave; échéance…
Sans compter qu’obtenir un crédit auprès de son banquier en ce moment, et dans des conditions décentes de surcroît, relève du parcours du combattant. Les banques ont un besoin urgent de se recapitaliser. Elles font payer leurs services au prix fort ! Et trient les candidats sur le volet.
3. L’Etat ? Encore ? A coups de déficits et d’endettement ?
Après tout… Si les deux autres moteurs de la croissance ne fonctionnent pas, il reste toujours celui-là ! Refaire des plans de relance, continuer de "perfuser" l’économie pour la maintenir à flots, creuser les déficits, imprimer des billets… c’est si facile !
Partir sur cette voie, revient à creuser notre propre tombe.
Car ce sera source de dépréciation massive des monnaies, dollar en tête, avec risque d’implosion du système monétaire planétaire déjà fortement sous pression.
Ce sera source d’inflation galopante, avec flambée des cours des matières premières et toutes les conséquences que cela implique, socialement et économiquement.
C’est surtout reporter une charge écrasante sur les générations futures qui seront déjà confrontés aux conséquences financières des dérèglements climatiques et à la charge des retraites à venir.
Quant aux pays émergents sur lesquels tant d’espoirs résident, ils sont dans la même situation que nous, et n’ont pas de demande intérieure suffisante qui puisse faire office de moteur de croissance.
Alors rebond technique ou reprise pérenne ?
Rebond technique certainement. Reprise pérenne, je n’en suis pas encore convaincue.
Voilà pourquoi peut-être Nouriel Roubini pronostique une reprise en W… Je vais tenter de trouver son article récemment paru à ce sujet pour en avoir le coeur net.
Si aucun des moteurs de la croissance ne peut prendre le relais des plans de relance, l’hypothèse d’une récession en W est plus que réaliste.
Quoi qu’il en soit, ce n’est à mon avis pas le moment de rentrer sur les marchés actions si vous avez une optique moyen long terme. Cantonnez-vous au trading court terme. Il est fort probable que la hausse actuelle soit alimentée par les investisseurs rongés par les remords de n’avoir pas su saisir le train au bon moment, et qui se disent aujourd’hui : j’y vais.
Une aubaine pour les investisseurs entrés tôt sur le marché qui prennent à présent leurs bénéfices…


