Puisque Florent a longuement abordé le marché de l’uranium, j’en profite pour faire ici quelques remarques. Remarques qui concernent surtout les mines d’uranium.
Le marché de l’uranium est petit et ultra-concentré
Les 10 plus grosses mines font 58% de la production mondiale d’uranium. La plus grosse extrait 15% de la production mondiale. C’est dire…
Voilà pourquoi, vous l’imaginez, ces quelques minières sont suivies de très près. Elles FONT littéralement le marché de l’uranium.
Concentrations fortement divergentes
Seconde caractéristique de ce marché : d’un gisement à l’autre, les concentrations en uranium présentent des divergences impressionnantes. Regardez ce graphique.

Concentrations d’uranium (en pourcentage) des plus grandes mines d’uranium
Les concentrations s’élèvent à presque 18% dans la mine de McArthur Rive. Les neuf autres mines du top ten (les 10 plus grosses mines d’uranium) affichent des concentrations inférieures à 1% !
Un écart colossal.
Conséquence : les coûts de production sont directement influencés
Une mine comme McArthur offrira des coûts de production infiniment moindre que les coûts de production des mines concurrentes. Plus les concentrations sont faibles, plus le coût de production est élevé.
Regardons ensemble la courbe des coûts de production de l’uranium
Il s’agit de la variation du coût de production en fonction de la quantité produite.
La courbe est relativement stable tant que la production d’uranium est inférieure à 70 000 tonnes. Les coûts de production oscillent alors entre 10 $ et 20 $ la livre d’uranium extraite. Une bonne partie de cette production vient de McArthur, ce qui maintient le coût sous pression.
Mais lorsque la production doit grimper au-dessus de 70 000 tonnes — parce que la demande l’exige –, les coûts de production s’envoleront de façon géométrique.
▪ Les premiers 10 000 tonnes supplémentaires — pour amener la production à 80 000 tonnes — feront grimper le coût de production à 45 $ la livre.

Retenez ceci :
Il suffit que la demande d’uranium augmente un peu, pour voir les coûts de production de l’uranium augmenter fortement de 20 à 50 $.
Si le coût de production augmente, le cours de la matière devra suivre. Sans quoi la rentabilité des mines à coûts élevés n’est pas assurée et elles fermeront leur activité. La demande aura alors du mal à être assouvie. Ce qui de toute façon finira par pousser les cours à la hausse. C’est l’essence même de l’offre et de la demande.
Qu’en est-il de la demande d’uranium à venir ?
Florent vous en a parlé en début de semaine. Etant donné le grand nombre de centrales en cours de construction (ou en projet), la demande ne peut qu’augmenter. La problématique CO2/effet de serre renforçe la tendance.
De son côté, l’Association mondiale du nucléaire anticipe la demande mondiale d’uranium pour 2010 à 81 000 tonnes. Les premières tensions pourraient donc apparaître sur le marché.
Voici un graphique intéressant qui vous montre les anticipations d’offre et de demande d’uranium pour la prochaine décennie : le déficit est bien réel :
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