Vif rebond des matières après le sommet. Les céréales flambent

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leadimg

La situation se tend. Pour une fois, il ne s’agit pas d’économie, mais de politique.

Comme dans un climat lourd et moite chargé d’humidité, qui fatiguerait les corps et userait les esprits, le Conseil européen a entretenu une tension palpable dans toutes les salles de marché jeudi et vendredi derniers. Pourtant, cette fois, ce n’est même pas l’éventualité d’un énième plan de secours chargé de milliards qui est facteur de tensions, mais bien l’opposition sourde entre deux camps aux orientations politiques opposées.

La crainte d’une présidence sans saveur de François Hollande s’éloigne de jour en jour. Depuis quelques semaines, le président français s’est engagé clairement dans une campagne pour une certaine idée de l’Europe. Et la conjugaison des soutiens espagnols et italiens aux positions françaises, en opposition à la vision allemande, vient de rendre ce sommet européen électrique.

De manière de plus en plus marquée, les défenseurs du fédéralisme politique, l’Allemagne, s’opposent aux défenseurs du fédéralisme économique (France, Espagne et Italie). Deux visions aux apparences irréconciliables s’affrontent. Trancher le noeud gordien signifiera décider – enfin — vers quoi s’avance l’Union européenne. Cette décision ne se fera pas sans une certaine violence, suivant le scénario d’une “transfiguration par l’épreuve”, comme l’explique Eric Leboucher, journaliste de Slate.fr.

L’accord européen de 120 milliards d’euros trouvé à l’issue du sommet apparaît encore trop comme un cataplasme sur une jambe de bois. La question politique reste en suspens, et promet de nouveaux sommets sous haute tension.

[NDLR : Les entreprises... les organismes financiers... les Etats... tous se préparent au pire scénario : l'éclatement de la zone euro. Quelles conséquences pour le particulier ? Comment réagir aujourd'hui pour ne pas céder à la panique – et surtout conserver son capital : tout est révélé ici...]

Deux visions et un consensus à l’horizon
Pour dépassionner le débat toutefois, je vous fais partager une nouvelle passée inaperçue jeudi dernier. Angela Merkel a accepté d’apporter la garantie de l’Etat fédéral aux dettes de ses Länder… et ce, sans aucune contrepartie financière ! Manoeuvre politique, cette nouvelle m’a confirmé que l’attitude intransigeante de la chancelière allemande relève aussi de la posture tribunitienne.

Pour nous investisseur, un point positif : les marchés ont apprécié les conclusions du sommet et les indices — tout comme les matières premières — ont flambé vendredi. En attendant le prochain épisode européen, c’est de Chine que viennent les nouvelles importantes.

Comme vous le savez, j’entame actuellement un séjour de deux mois en Chine. Ce sera l’occasion d’explorer des pistes d’investissement d’avenir, et de comprendre un peu mieux cette “usine du monde”.

D’ailleurs le timing est idéal, puisque quelques signes de reprise se manifestent actuellement. Fruit des mesures de relances engagées depuis quelques semaines ; j’essaierai de déterminer si cette tendance sera amenée à durer.

Le fer et le cuivre retrouvent des couleurs
Cette semaine n’a pas dévoilé de grande tendance, le sommet européen ayant retenu les investisseurs de se lancer dans des achats de grandes ampleurs.

Une piste toutefois, le cuivre retrouve le sourire. L’amélioration de la demande en Asie continue, depuis deux semaines, de soutenir les prix. Les cours ont notamment enregistré quatre séances de hausse consécutives, les amenant à passer au-dessus des 7 400 $.

L’aluminium s’est repris quelque peu la semaine dernière, après sa chute suite à la publication des mauvais chiffres sur l’industrie chinoise. Le marché était en déficit en mai, de 2,6 millions de tonnes. Encore une fois, l’aluminium devrait rester au minimum stable cette année.

Le zinc a rebondi sur le LME cette semaine après une baisse de 4%. L’augmentation des stocks de zinc destinés à être vendus pourrait indiquer un début de remontée des cours.

Le principal indice d’un début de stabilisation en Chine vient finalement des prix du fer. Alors qu’ils ont fortement augmenté en Asie, la sidérurgie asiatique, et spécifiquement chinoise, reflète bien cet optimisme. En mai, la production a augmenté de 2,5%. L’Inde, la Corée et le Japon ont également connu de fortes hausses, témoignant de la bonne tenue de la construction dans cette zone.

Les céréales à nouveau sous tension
“Nous ne sommes plus au stade de l’inquiétude, nous savons qu’il y a une dégradation”. C’est l’analyse du responsable des marchés chez Offre & Demande Agricole.

Rampante depuis plusieurs semaines, la dégradation des récoltes de maïs du fait du manque d’eau dans le Middle West américain est désormais confirmée. Les cours du maïs sont ainsi remontés, franchissant même la résistance des 6,50 $ le boisseau. La sécheresse pourrait se prolonger encore 10 jours, ce qui pourrait faire monter encore le boisseau.

Le marché du blé, quant à lui, continue d’être perturbé. La chaleur en Russie et en Ukraine devrait réduire les quantités exportées. Ensuite, la hausse des prix du maïs devrait conduire les éleveurs de bétail à nourrir leurs bêtes avec davantage de blé, accroissant encore un peu plus les tensions sur les cours.

Le pétrole toujours au fond du baril
Le pétrole continue de se maintenir à des niveaux particulièrement bas. D’ailleurs, cette chute est la deuxième en terme de performance négative dans l’indice matière première de S&P, le Standard & Poor’s GSCI Commodity. Et la multiplication des analyses faisant le parallèle entre les niveaux boursiers atteints en 2009 et la situation actuelle me laisse penser que le Brent pourrait tomber encore plus bas.

Toutefois, quelques analystes commencent à redevenir positifs. Ainsi la BNP Paribas voit un baril remonter à 110 $ au troisième trimestre 2012.

Les métaux précieux baissent légèrement
L’or et l’argent se sont repliés cette semaine. Avant de finalement rebondir vendredi. L’or n’est pas sorti du canal dans lequel il évolue depuis un mois, et le seuil des 1 560 $ reste un plancher solide.

Synthèse de l’évolution du cours des matières premières
Tableau de variation des cours

Cours à
3 mois
Vendredi
22/06/2012
Vendredi
29/06/2012
Variation
hebdomadaire
 

En $

En $

En %

 Aluminium 1 864 1 834 -1,61%
 Cuivre* 7 281 7 604 4,44%
 Plomb* 1 810 1 795 -0,83%
 Nickel* 16 300 16 470 1,04%
 Etain 18 350 18 750 2,18%
 Zinc* 1 804 1 842 2,11%
 Acier (Méditerranéen) * 360 364 1,11%
Pétrole light
(New York 1 mois)
84,79 83,94 -1,00%
 Or (spot Comex) 1 569 1 599 1,91%
 Argent spot Comex) 26,69 27,49 3,00%
 Platine (spot Comex) 1 435 1 444 0,63%
 Palladium (spot Comex) 609 582 -4,43%
Blé
(le boisseau sur le Cbot)
6,9 7,39 7,10%
Maïs
(le boisseau sur le Cbot)
5,74 6,86 19,51%
Soja
(le boisseau sur le Cbot)
14,21 15,27 7,46%

* cours en $ la tonne sur le LME à trois mois

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Florent Detroy

Rédacteur en Chef de Matières à Profits
Florent Detroy est journaliste économique, diplômé de Science Po Grenoble.

Spécialiste des matières premières et des pays émergents. Florent Detroy a en particulier une connaissance approfondie de l'ensemble de la chaîne industrielle des matières premières – des pays producteurs aux marchés de consommation.

Pour comprendre les ressorts des marchés, il n'hésite pas à se rendre dans les confortables bureaux londoniens des négociants en commodities comme dans les plaines inhospitalières d'Asie Centrale ou dans les nouvelles mégalopoles asiatiques.

Aujourd'hui, il se consacre au conseil pour particuliers en tant que rédacteur en chef de Matières à Profits. Son but : vous ouvrir les portes du marché des matières premières. Faites-lui confiance.

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