Puisque tout le monde s’alarme, s’inquiète et s’angoisse sur les marchés (mieux vaut tard que jamais, me direz-vous !), je vous propose de vous détendre un peu en vous parlant d’une matière qui se porte bien, et qui pourrait même se porter de mieux en mieux : le caoutchouc. Voilà qui vous mettra un peu de baume au cœur.
Cette matière première nous vient de l’hévéa, cet arbre que l’on saigne et dont coule le caoutchouc.
Pour information : les futures sur caoutchouc sont notamment cotés à la bourse des matières premières de Tokyo, le TOCOM ainsi que sur le Singapore Commodity Exchange (SICOM) en US cents/kg
La triste histoire de monsieur Goodyear
Pour la petite histoire, c’est monsieur Goodyear qui a inventé en 1840 le procédé technique qui permet de transformer le caoutchouc en gomme naturelle, gomme qui est ensuite utilisée pour fabriquer les pneus des automobiles et les gants en latex, entre autres.
Le processus de vulcanisation qu’il a mis au point donne au caoutchouc sa résistance. En effet, à l’état naturel le caoutchouc coule comme le camembert ! Pour le fixer, on y introduit du soufre et on le cuit. Cela permet aux polymères de s’assembler et de donner une cohésion durable du caoutchouc.
Malheureusement, cet inventeur de génie, ce grand nom du pneumatique mondial, est mort peu de temps après sa découverte, à 60 ans, sans le sou, comme beaucoup d’autres grands esprits, artistes ou inventeurs…
Caoutchouc : un marché historiquement très chahuté
Jusqu’à la fin du XIXème siècle, c’est le Brésil qui était le premier producteur et exportateur mondial de caoutchouc. A cette époque, les prix étaient élevés : 256 £ la tonne en 1900, 655 £ la tonne dix en plus tard ! Belle envolée de plus de 150% et dont la cause se trouve dans l’industrialisation de l’Europe et… des Etats-Unis.
A ce prix, inutile de vous dire que la Couronne britannique a fait planter du caoutchouc dans ses colonies asiatiques ! Arriva ce qui devait arriver : l’offre augmentant, les prix baissèrent fortement, pour atteindre 106 £ la tonne en 1920 (une chute de 840% par rapport au prix de 1910 !) et chuter encore plus bas avec la crise de 1929.
Aujourd’hui, 95% de la production mondiale de caoutchouc vient d’Asie, les principaux producteurs étant la Thaïlande, l’Indonésie et la Malaisie (70% de la production mondiale). L’Afrique ne produit que 5% du caoutchouc mondial, mais il est de très bonne qualité.
Autre chiffre important concernant la répartition gomme naturelle / gomme synthétique : la gomme naturelle représente 40% de la consommation mondiale de gomme totale.
Où en sont les prix ?
Les cours ont constamment augmenté entre 2002 et 2007.
Le prix du caoutchouc naturel en bourse a touché un point haut il y a un an, après avoir déjà gagné plus de 100% en 2005. Il a ensuite perdu au second semestre 2006 le terrain gagné au premier semestre pour cause de marché excédentaire. Puis il s’est mis à remonter en trombe en 2007.
Le caoutchouc vient de sortir de sa période d’hivernage (qui termine vers avril-mai) avec un peu de retard, ce qui a fait grimper les prix : ainsi, le RSS3 est passé de 196 cents/kg début 2007 à 232 cents. Pour information, il touchait les 280 cents l’année précédente.
Qu’est ce qui fait bouger la gomme ?
Regardez les derniers pics de prix du caoutchouc : j’en recense quatre récemment.
- 1973 et 1979, du fait des deux chocs pétroliers ;
- 1988, du fait de l’apparition du SIDA sur la scène internationale (envolée de la demande pour matériel médical d’hygiène – gants en latex et préservatifs ) ;
- et enfin 1994 – cette fois, la demande viendra des Etats-Unis.
Eh oui ! Le caoutchouc est corrélé au cours du brut. Tout simplement parce que le principal débouché de la gomme est l’industrie pneumatique (70%). Or plus de la moitié de la gomme utilisée par l’industrie pneumatique est synthétique, donc issue de la transformation du pétrole.
Par conséquent, lorsque les prix du brut augmentent, la demande pour le caoutchouc naturel grimpe. Il devient en effet de plus en plus compétitif par rapport à la gomme synthétique dont les prix augmentent avec ceux du brut.
Il y a donc une corrélation positive entre les prix du brut et les prix du caoutchouc naturel.
La demande de gomme augmente sans cesse
Les plus gros acheteurs de caoutchouc sont la Chine, l’Allemagne, mais aussi la Corée du Sud, la Russie et Taïwan. Ils importent la matière brute, la transforment puis la réexportent sous forme de produits finis vers le monde entier.
Les techniques médicales et l’hygiène se développent dans le monde entier, ce qui dope la production de gants en latex de 10% l’an et le marché du préservatif.
Autre besoin croissant : celui des pneumatiques automobiles bien sûr, mais aussi des camions. Un seul exemple : les énormes camions qui nécessitent des pneus de marque Caterpillar et Komatsu de 4 m de diamètre sont très demandés en Chine, où la construction explose. Or la production ne suit pas…
La Chine consomme deux fois plus de gomme qu’elle n’en produit. C’est elle qui tire le marché. Et pensez un peu à l’explosion du marché automobile chinois et indien ! Deux milliards d’individus… dont les premiers s’achètent déjà des voitures. Le mouvement va être énorme (suite ci-dessous).
La production a du mal à suivre
La production mondiale de caoutchouc tourne autour de 8 millions de tonnes par an. Or cette production a été structurellement insuffisante ces dernières années (sauf 2006) par rapport à la demande.
Du coup, des investissements ont été réalisés, mais étant donné qu’il faut huit ans à un hévéa pour devenir productif, les effets sur la production ne sont pas immédiats.
Les cours se sont envolés en 2005 car le marché était déficitaire. La production de gomme naturelle s’est accrue de 18% en 2006. Conséquence : 2006 fut une année excédentaire, alors que tout le monde s’attendait à une année déficitaire comme en 2005. Un excédent de 452 000 tonnes…
Le caoutchouc va-t-il engranger des gains à long terme ? J’y crois. Voici pourquoi :
Au premier trimestre 2007, la production de gomme naturelle a reculé de 11% par rapport au trimestre précédent et de 4% par rapport au premier trimestre de l’année 2006. Et comme la demande européenne et asiatique s’affiche en forte hausse, le marché présente déjà un déficit de 74 000 tonnes. Un bon début pour 2007.
Second point : les cours du brut sont repartis à la hausse. Voilà qui va faire remonter les prix des gommes synthétiques et qui devrait favoriser les perspectives du marché du caoutchouc.
A lon
g terme, il ne fait pour moi aucun doute que les cours du brut vont se maintenir à des prix très élevés, voire augmenter progressivement vers les 100 $ et plus. Le caoutchouc en profitera certainement.
Cerise sur le gâteau : le champignon Microcyclus, un véritable fléau qui ne touche que l’Amérique du Sud où il a décimé les plantations d’hévéas. Impossible de s’en débarrasser. D’où une forte chute de la productivité de la région.
Jamais ce champignon n’a touché les plantations asiatiques pour l’instant. S’il devait se développer là-bas, ce serait une catastrophe pour les plantations. La production de caoutchouc chuterait alors très fortement et par conséquent les prix s’envoleraient. Et n’oublions pas qu’un hévéa nouvellement planté met 8 ans avant de produire.
On a beau chercher des hévéas génétiquement résistant à ce champignon, pour l’instant la science n’en a pas encore trouvé !
Et si je vous en parle, c’est qu’il y a des rumeurs actuellement sur la transmission possible de ce champignon à l’Asie. Mais impossible de valider cette information pour l’instant.
A suivre donc comme le lait sur le feu …
Ce qu’il faut savoir à court terme
A très court terme, la météo semble plutôt clémente dans les pays producteurs, ce qui pourrait annoncer une bonne récolte, donc une possible pression sur les prix. Mais Dame Nature est capricieuse…
Autre chose importante : le TOCOM japonais est très chahuté par les spéculateurs qui amplifient systématiquement les mouvements. Il faut le savoir, le marché n’est pas de tout repos…
Ah, j’oubliais. Le caoutchouc est libellé en yens sur le TOCOM. Imaginez le double jackpot si le caoutchouc devait grimper alors même que le carry trade en phase de débouclage propulserait le yen à la hausse… Bon, d’accord, je me laisse aller !
Passons maintenant du rêve à la réalité…
Bravo : 42 % de gains grâce à la SIPH en 6 mois !
En effet, dans son dernier article sur le caoutchouc fin janvier, Simone Wapler vous recommandait la SIPH, qui cotait alors 380 euros.
Eh bien le cours a touché cet été les 540 euros (+ 42%) avant de revenir actuellement à 480 euros. Ce qui nous laisse encore un gain de 26%.
Voilà ce qu’écrivait en janvier dernier Simone Wapler dans notre Edito Matières Premières à propos de la SIPH. Force est de constater qu’elle ne s’est pas trompée !
« Des entreprises ont investi et planté à grande échelle en Afrique : la SIPH et SIAT Gabon, cette dernière étant une société non cotée.
La SIPH, en revanche, vient d’ouvrir son capital. La Société Internationale de Plantation d’Hévéas, produit en Côte d’Ivoire, au Ghana et s’apprête à reprendre 11 000 hectares de plantations de Michelin (son principal client) au Nigeria. Cette entreprise est cotée à Paris en euros. La production potentielle de SIPH s’élève à 100 000 tonnes par an.
Attention, le flottant de la SIPH est limité et l’ouverture du capital récente. La SIFCA, détenue par des investisseurs privés ivoiriens, possède toujours 50% des parts. Et, par l’intermédiaire de la CFM (Compagnie Financière Michelin), le champion français du pneu en possède 20%. Malgré cet inconvénient, la SIPH me paraît attractive au regard des perspectives du caoutchouc. »


