Y a-t-il une bulle sur les matières premières ?

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Simone Wapler est rédactrice de L’investisseur Or et matières, service en conseil boursier dont l’objectif est d’investir au plus près de la matière, via les certificats et les minières, pour profiter de la hausse des marchés de matières premières. Voici en exclusivité l’analyse qu’elle faisait à ses lecteurs vendredi dernier 14 mars…

Avant de commencer à dresser un premier bilan 2008, je vous propose de prendre un peu de recul et de repartir de janvier 2003.

D’abord la flambée des cours
Depuis cette date, le cuivre a augmenté de 460%, le pétrole de 250%, l’or de 174%, le café de 146%, le maïs de 130%, le tout en dollars.
En 2003, moins de 10 milliards de $ s’investissaient dans les fonds de matières premières.

Puis l’afflux massif de capitaux
En 2007, près de 140 milliards de $ se retrouvaient investis dans les fonds de matières premières. Depuis le début de l’année 2008, 30 milliards sont venus rejoindre les 140 milliards existants. C’est donc maintenant 170 milliards de $ qui cherchent refuge vers les matières premières.

+ 1 500% en 5 ans !
Un énorme lest liquide est embarqué et quiconque navigue sait bien que le lest liquide est toujours dangereux : les liquidités se déplacent avec le bateau, en amplifient les mouvements, et peuvent le faire chavirer.

En 5 ans, l’argent spéculatif investi sur les matières premières a augmenté de 1 300%

En d’autres termes, on peut se demander si une énorme bulle n’est pas en train de se former sous nos yeux et si les matières premières ne vont pas connaître le même sort funeste que les marchés actions.

3 signaux dénient la bulle
1 – Le fait de revenir 5 ans en arrière permet pourtant de constater que comparée à l’augmentation de la masse monétaire spéculative, soit 1 300%, l’augmentation du prix des matières premières est restée relativement "sage".

2 – Un deuxième repère également utile est le prix du minerai de fer. Celui-ci, comme le charbon ou le bois, ne fait pas l’objet de contrats à terme. Les acteurs du marché se résument à trois grosses minières et quelques aciéristes.
Dans notre période de référence 2003-2008, le minerai de fer a augmenté de 350%, plus que l’or et le pétrole et moins que le cuivre.
Le minerai de fer, marché exempt de capitaux spéculatifs, a augmenté de seulement 350%. C’est peu comparé au 1 300% de capitaux supplémentaires.

3 – Un troisième repère vient du fait que l’augmentation n’est pas uniforme. Ainsi l’année dernière, l’étain s’envolait tandis que le zinc était en piqué. Or une bulle se forme en général sans discrimination : tout monte uniformément.

L’effet dollar prend le pas sur les fondamentaux
Déjà dans la stratégie hebdomadaire du 29 février, je soulignais que le poids de la spéculation devenait aujourd’hui supérieur à celui des véritables fondamentaux que sont les besoins des pays émergents.

A cette date, j’estimais que l’augmentation constatée depuis un an était due pour 2/3 à la faiblesse du dollar et à la création monétaire et pour 1/3 à de véritables fondamentaux. Cette estimation se basait essentiellement sur une évaluation de l’indice RICI, du pétrole et de l’or en euros.

Depuis cette date, la migration des capitaux vers les matières premières se poursuit sans toutefois s’accélérer véritablement. La purge des marchés actions est secondaire par rapport à l’effet de la baisse du dollar. En résumé, des capitaux continuent à arriver sur les matières premières, mais ne provoquent pas de hausse supérieure à la compensation de la baisse du dollar.

Valse à trois temps…
1 – Dans un premier temps (fin de l’été), les capitaux ont fui les marchés européens car des fonds américains ont rapatrié leurs mises. Les places européennes ont donc connu une décrue plus importante que les places américaines.

2 – Dans un deuxième temps (début de l’année 2008), les capitaux ont fui tous les marchés actions, sans distinction. Une portion s’est reportée sur les matières premières, comme en témoigne le bond du RICI depuis le début de l’année.

3 – Depuis deux semaines, les capitaux semblent simplement compenser mécaniquement la baisse du dollar, sans influencer le prix des matières premières dans une autre monnaie.

Enfin, la semaine dernière, les actions concertées des banques centrales pour réinjecter des capitaux sur les marchés actions ont conduit à un léger rebond, tandis que les matières premières se calmaient.

 

RICI

Dow Jones

CAC40

Depuis :

$

$

12 mois

+ 52,8%

+ 31,0%

- 4,4%

- 17,5%

Début 2008

+ 11,2%

+ 10,5%

- 11,5%

- 18,6%

2 semaines

+ 0,6%

- 0,3%

- 4,3%

- 4,7%

Evolution (en %) des indices marchés actions et de l’indice RICI

 

10% de liquidités supplémentaires d’ici 2008
Néanmoins de nombreux gérants de fonds spécialisés matières premières s’attendent à voir débarquer de nouveaux clients. Si on en croit leurs estimations, ce sont 18 milliards de $ supplémentaires qui viendront gonfler leurs encours. Soit encore plus de 10% de liquidités supplémentaires par rapport à aujourd’hui.

Où ces capitaux vont-ils s’investir ? Prioritairement, dans le plus facile, les contrats à terme et les certificats qui s’y rattachent. Le mois dernier, près de 140 produits "matières premières" ont été lancés selon Barclays Capital, le double de la moyenne mensuelle de 2006 et 2007.

Le paradoxe
Les investisseurs en matières premières sont maintenant convaincus par les fondamentaux de long terme. Ces fondamentaux économiques sont partiellement liés au marché de l’immobilier US et au fait d’avoir prêté de l’argent à des gens pour qu’ils consomment des choses inutiles.

L’argent émis par les Etats-Unis pour gommer les effets néfastes de la bulle dite des nouvelles technologies a donné le coup d’accélérateur nécessaire au décollage de la Chine et de l’Inde. Car, dans un premier temps, il a conduit à une hausse artificielle de l’immobilier américain. Dans un deuxième temps, cette hausse a servi de base à l’émission de crédits hypothécaires. Mais au lieu d’être dépensés en McDonalds, Starbucks ou voitures General Motors, des dollars ont été dépensés en T-shirts, lecteurs de DVD, téléphones mobiles, écrans plats fabriqués en Chine.

Découplage ?
Maintenant la machine économique des BRICs (Brésil, Russie, Inde, Chine) est lancée. La récession américaine va la ralentir à court terme, mais ne l’arrêtera pas à long terme.

Les BRICs ont besoin d’énergie, d’infrastructures et leur population de s’alimenter. Leur économie devient de moins en moins dépendante de la nôtre.

L’impact de la relance de l’investissement sur les matières ?
En 2005, la Chine était le 3ème pays en nombre de brevets déposés, tandis que l’Europe arrivait au cinquième rang. Pendant ce temps, l’infrastructure américaine vieillie (un seul exemple : là-bas la puissance électrique est toujours délivrée sous 110 V, donc avec un rendement exécrable). Si programme de relance il y a, il devrait cette fois favoriser l’investissement (et non plus la consommation), et donc la demande de matières premières.

Attention aux consolidations de parcours
En attendant, la plupart des contrats à terme portent sur de faibles durées, 3 mois maximum. Les nouveaux capitaux vont pousser à la hausse les prix à court terme. Parallèlement, les effets de la récession américaine commenceront peut-être à se faire sentir un peu plus tard. Il y aura donc un reflux qui va entraîner des consolidations de parcours.

 

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Simone Wapler

Rédactrice en Chef de L'Investisseur Or et Matières et de La Stratégie de Simone Wapler
Simone Wapler est ingénieur de formation. Elle a travaillé dans le secteur de l'ingénierie aéronautique. Cette double casquette ingénieur/analyste financier est un véritable atout qu'elle met au service des abonnés de L'Investisseur Or et Matières et de La Stratégie de Simone Wapler.

Elle aborde les marchés avec l'oeil du professionnel, de l'ingénieur, de l'industriel, et non celui du financier.

Son expertise, notamment dans le secteur des métaux de base et des métaux précieux, lui donne une longueur d'avance, une meilleure compréhension des vrais tenants et aboutissants du marché des ressources naturelles -- un marché par ailleurs en pleine expansion, dont Simone Wapler connaît parfaitement tous les rouages, notamment au niveau de l'offre et de la demande.

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