La France est-elle encore un géant énergétique ?

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Il existe un secteur dans lequel la France a longtemps excellé à l’international : l’électricité. Pendant des décennies, la France a été le principal pourvoyeur d’électrons à ses voisins. Son parc de 58 réacteurs nucléaires lui assure de pouvoir produire de l’électricité par tous les temps, indépendamment des crises pétrolières ou des réglementations environnementales.

Mais depuis quelques années, cette gloire nationale a perdu de son éclat. La balance commerciale avec l’Allemagne sur les électrons penche de plus en plus en faveur de Berlin.

Encore une fois, notre voisin de l’Est semble mieux s’en sortir que nous. Alors que François Hollande s’est fait élire sur la promesse de réduire la taille de notre parc nucléaire, allons-nous perdre notre grand atout à l’exportation ?

Une France encore largement exportatrice
Avant de céder au catastrophisme, il faut garder en tête que la France est encore largement exportatrice d’électricité. En 2012, selon les calculs de RTE (Réseau de Transport d’Electricité), l’Hexagone est resté le premier exportateur d’électricité d’Europe de l’Ouest, avec un solde positif de sa balance commerciale de 44 TWh. Ses premiers clients sont la Suisse, l’Italie, la Belgique et la Grande-Bretagne.

Les interconnexions électriques transfrontalières françaises, en 2012 en MW

RTE a toutefois précisé que le solde positif n’a pas cessé de se réduire depuis plusieurs années. Ainsi s’était-il déjà réduit de 21% par rapport à 2011. C’est, en particulier, les échanges avec l’Allemagne qui ont creusé le solde. Plusieurs facteurs expliquent cette situation.

D’abord, en 2012, la consommation d’électricité française en 2012 a augmenté de 2,1%, alors que l’hiver 2011-2012 avait été particulièrement froid. En février 2012, le pays a vécu 15 jours pendant lesquels les températures ont été inférieures de 9,5°C à celles de référence. L’autre explication est que 2012 était une année bissextile. Or l’offre n’a pas pu répondre à l’augmentation de la demande.

En 2012, la production des centrales nucléaires a chuté après des arrêts prolongés pendant l’été. Dépendante du nucléaire, la France n’avait pas les moyens de compenser cette baisse en mettant en service rapidement d’autres capacités de production, comme des centrales au gaz. Les énergies renouvelables n’ont pas non plus su répondre à cette hausse de la consommation.

Le comble est que ce sont nos quelques centrales à charbon qui ont dû reprendre du service pour combattre le temps polaire. Résultat, la France a été contrainte de tourner vers l’Allemagne et d’importer de l’électricité.

Alors que le gouvernement de François Hollande a été élu sur la promesse de réduire à 50% la part de l’électricité nucléaire d’ici 2025, beaucoup craignent que cette dépendance française à l’électricité allemande ne s’accentue. La situation actuelle n’est pourtant pas durable.

Quand le nucléaire va, tout va !
D’abord, les grandes manoeuvres sont lancées à l’Elysée pour éviter la fermeture de centrales nucléaires. La centrale de Fessenheim devrait servir de victime expiatoire pour EELV, mais les autres centrales n’ont apparemment aucun souci à se faire.

Comme le relève Ludovic Dupin dans un article particulièrement clairvoyant de L’Usine Nouvelle, la promesse de François Hollande lors de la deuxième conférence environnementale des 21 et 22 septembre derniers de plafonner “à son niveau actuel” la capacité de production nucléaire de la France n’avait pour objectif que de conforter la place du nucléaire dans le pays. Comme l’explique le journaliste, la fermeture de Fessenheim sera compensée dès 2016 par l’entrée en fonction de l’EPR de Flamanville. D’ailleurs, l’Etat soutient actuellement la volonté d’EDF de prolonger la durée de vie des centrales nucléaires françaises de 20 ans.

Signe que lorsque le nucléaire va, tout va, l’augmentation de la production nucléaire cette année a déjà permis à la France de redevenir exportateur net en juillet sur l’ensemble de ses frontières, y compris avec l’Allemagne. L’Hexagone a exporté 14 GWh en juillet vers l’Allemagne, après 200 GWh en juin. A l’inverse, le modèle allemand n’est pas sûr de pouvoir résister longtemps.

[NDLR : Le nucléaire retrouve une nouvelle jeunesse cette année, avec le probable redémarrage des réacteurs japonais et la ventes de 2 EPR. Alors que certains annoncent le retour du nucléaire, Matières à Profits s'est positionné très tôt sur une minière uranium pour profiter du décollage. Avec 63 réacteurs construits dans le monde, et l'épuisement à venir des stocks russes, le prix de la tonne d'uranium ne va pas avoir d'autre choix que de progresser. Plus de détails dans Matières à Profits]

L’Allemagne prise au piège
En 2011, les industriels français s’étaient frotté les mains devant l’abandon brusque du nucléaire en Allemagne. Berlin s’était alors tourné vers Paris pour compenser cette perte. Selon le cabinet Sia Conseil, la France est alors devenue exportateur net vers l’Allemagne, et a engrangé 360 millions d’euros entre mars et décembre 2011.

Malheureusement, cette situation n’a pas duré longtemps. Grâce à un investissement massif dans le renouvelable, l’Allemagne a répondu rapidement à la fermeture de ses centrales. Ses capacités de production d’électricité solaire sont ainsi passées de 1,7 TWh en 2010 à 27,8 TWh en 2012. Berlin a également profité des exportations américaines de charbon à bas coût, alors que le pays se noyait dans le gaz. Ainsi, la France s’est tournée vers l’Allemagne en 2011, attirée par le coût faible de ses KWh. Mais deux raisons vont inverser cette situation dans les années à venir.

D’abord, la hausse de la facture d’électricité en Allemagne qui a résulté des subventions généreuses accordées aux énergies renouvelables commence à faire grincer des dents. Ensuite, le mix énergétique allemand est trop carboné (charbon) et trop instable (énergies renouvelables). Sur le charbon, le renchérissement du coût du CO2 pèsera sur la rentabilité de ces centrales. Et sur l’instabilité, le réseau électrique devient progressivement ingérable lorsque la part des énergies renouvelables dépasse un certain seuil.

Or comme l’explique Philippe Payet dans Les Echos, “le réseau électrique allemand a atteint ses limites, tant en termes de capacité, de flexibilité, mais aussi de sécurité (risque de black-out)”. Ainsi le projet de construction de quatre “autoroutes” électriques à travers le pays a été chiffré à 20 milliards d’euros. De quoi renchérir encore le prix du KWh allemand.


Mon conseil
Il est probable qu’avec le retour à la normale de la production nucléaire française, ainsi que la production hydraulique, le prix du KWh français redevienne compétitif. Il est temps de regarder du côté d’EDF (EDF : NYSE), qui sera le premier bénéficiaire de cet inversion de tendance.

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Florent Detroy

Rédacteur en Chef de L'Edito Matières Premières et de Matières à Profits
Florent Detroy est journaliste économique, diplômé de Science Po Grenoble.

Spécialiste des matières premières et des pays émergents. Florent Detroy a en particulier une connaissance approfondie de l'ensemble de la chaîne industrielle des matières premières – des pays producteurs aux marchés de consommation.

Pour comprendre les ressorts des marchés, il n'hésite pas à se rendre dans les confortables bureaux londoniens des négociants en commodities comme dans les plaines inhospitalières d'Asie centrale ou dans les nouvelles mégalopoles asiatiques.

Aujourd'hui, il se consacre au conseil pour particuliers en tant que rédacteur en chef de Matières à Profits. Son but : vous ouvrir les portes du marché des matières premières. Faites-lui confiance.

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