Septembre doit être un mois propice à l’accomplissement de grands projets, qu’ils soient terribles ou porteur d’espoir, tant les anniversaires et les commémorations se sont multipliés ces derniers jours.
Ainsi nous avons célébré pêle-mêle les accords d’Oslo, puis commémoré les attentas du 11 septembre et la mort de Salvador Allende. Je passerai sur l’anniversaire de Bachar Al-Assad le 11 septembre 1965…
Un événement tout aussi tragique dont le premier anniversaire intervenait le mois dernier n’a touché que des oreilles discrètes, la tragédie de Marikana.
La fusillade dans la mine sud-africaine de Marikana, qui avait fait 34 morts chez les mineurs en grève, avait déchaîné la fureur de tout le secteur et plongé les mines dans une grève interminable. Marikana restera le symbole de la révolte des mineurs contre des multinationales minières.
Depuis un mois les syndicats des mineurs sud-africains essaient de se rappeler au bon souvenir des médias en commémorant ce bain de sang par une autre série de grèves. Les marchés craignent une nouvelle flambée des prix alors que l’Afrique du Sud est un des plus importants pays miniers du monde.
NUM versus AMCU
Marikana a considérablement rebattu les cartes du paysage minier sud-africain. Le drame a notamment jeté le discrédit sur le syndicat majoritaire de l’époque dans les mines de platine, l’Union nationale des mineurs (NUM). La NUM est le syndicat qui a participé à la fin de l’apartheid au côté du parti de Nelson Mandela. Encore aujourd’hui, plusieurs personnalités politiques occupent des postes dans les hautes sphères du pouvoir auréolées de ce passé de syndicaliste NUM. Mais le syndicat s’est petit à petit “embourgeoisé”, et les rebelles d’hier ont été accusés, après Marikana, d’être trop proches des dirigeants des minières ou trop inactifs.
Ce fut alors l’occasion pour le petit syndicat Association of Mineworkers and Construction Union (AMCU) de faire de la surenchère, en exigeant des hausses de salaires faramineuses. Cette stratégie de contournement par la gauche porta ses fruits. Les mineurs obtinrent des hausses de salaire officiellement de 22%. La conséquence fut toutefois une baisse de 12% de la production de platine sur l’année dans le pays. Premier producteur mondial, cette baisse se traduisit par une chute de 10% de la production mondiale, plongeant pour la première fois depuis de nombreuses années le marché en déficit.
C’était le prix de l’arrivée de l’AMCU sur le devant de la scène. Or cette visibilité, le syndicat entend bien la conserver en continuant de mettre la pression la NUM. C’est ce qui explique que la NUM est cette année beaucoup plus agressive dans ses revendications, alors que vient tout juste de s’ouvrir la saison des grèves.
La “saison des grève” est ouverte
Les mineurs des mines d’or cette fois se sont lancés début septembre dans une série de grèves à l’appel de la NUM, revendiquant des augmentations de salaires de 60%. Si elles paralysèrent plusieurs mines d’or, la NUM accepta rapidement l’augmentation proposée de l’ordre de 7,5-8% par les grandes mines représentées par la Chambre des Mines. Très vite, l’AMCU essaya de recommencer son coup de l’année dernière dans le platine, en essayant de soulever à son tour les mineurs de l’or pour de meilleures revalorisations.
La tentative n’a pas encore réussi, mais elle a peut-être participé à un mouvement de grèves de bien plus grande ampleur qui a plongé le transport aérien, le bâtiment, puis les pompistes et les mécaniciens dans la grève.
Que faut-il attendre des revendications ?
Il semble que la stratégie de l’AMCU, qui avait participé à la flambée des prix du platine l’année dernière, soit difficilement reproductible cette année. Les prix des métaux ont baissé depuis, ce qui constitue un argument de poids pour les minières dans les revendications. De plus, les mineurs sud-africains ne semblent pas prêts à repartir dans une série de grèves longues, après celles de l’année dernière.
Toutefois ces grèves ont permis de souligner quels métaux étaient plus sensibles que les autres aux mouvements de grèves. Rappelez-vous, l’Afrique du Sud est le premier producteur de platine et de chrome au monde, le deuxième de palladium et le sixième d’or. Ainsi un métal est apparu ce mois-ci particulièrement sensible aux tensions sud-africaines, le palladium.
Le palladium victime de la spéculation
Les cours du palladium étaient sur une pente descendante depuis mi-août. Après un pic au-dessus des 760$ l’once, les cours viennent de redescendre à 680$.

Pourtant les investisseurs ne croient pas à la baisse de la demande en métal. Comme l’explique James Steel, analyste matières premières chez HSBC, “le gros de la baisse est le fait d’échanges faibles”, dont les effets ont été démultipliés par la tendance baissière des matières cette année.
Aujourd’hui, la peur d’une baisse de l’offre a “enrayé la baisse des prix du palladium” comme l’analyse le Financial Times. Deux facteurs en particulier ont joué un rôle : les tensions autour des mines sud-africaines et les bonnes ventes de voitures dans le monde. La part croissante de palladium dans les pots d’échappement des voitures lie ses cours aux ventes mondiales. Or comme l’explique Bill Fay, vice président de Toyota, “l’industrie auto est le secteur qui brille dans la reprise économique”.
En effet, General Motors, Ford, Chrysler ou encore Toyota ont affiché des hausses de leurs ventes de respectivement 15%, 12%, 12% et 22,8% en août.
Mon conseil
Les tensions en Afrique du Sud sont un soutien important mais ponctuel au prix. Ainsi depuis 2010 les prix ne sont quasiment plus descendus en dessous des 600$ l’once. Mais c’est la poursuite du rebond de l’industrie automobile qui suscite l’optimisme des investisseurs sur les prix du palladium. Un métal à garder à l’oeil.
[NDLR : Matières à Profits a investi il y a quelques mois dans une minière palladium parfaitement positionnée pour profiter de l'engouement croissant autour du palladium. Localisée sur le principal marché auto du monde, les Etats-Unis, elle bénéficie également de son calme politique. Encore à l'équilibre dans le portefeuille MAP, il est encore temps de rentrer sur ce titre. Retrouvez plus de détails dans Matières à Profits.]
Bon investissement




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