Les terres rares font-elles leur come-back ?

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La fin juin a été cruelle pour les métaux. Les coups donnés par la Fed et la Chine ont porté au coeur de ce marché. Les métaux de base se sont pour ainsi dire tous effondrés. Le plomb a chuté de 8% depuis un mois, le nickel de 9% par exemple. Sans parler des métaux précieux…

C’est lorsque les eaux se retirent que l’on voit qui porte un maillot de bain. Or en juin, un secteur a étonnement résisté, les terres rares. Les terres rares, c’est cet ensemble de 16 ou 17 métaux, selon les classifications, qui ont commencé à se répandre dans notre quotidien depuis 10 ans en devenant indispensables au marché de l’électronique, des énergies vertes ou de l’automobile.

Le marché est historiquement tenu par la Chine, qui produit près de 95% des terres rares dans le monde. Et ce monopole ne devrait pas être entamé avant 2015. En 2011, nous avions tous crié au loup devant l’explosion des prix. Pékin, désireux de conserver ces métaux stratégiques pour ses industriels, avait réduit ses quotas d’exportations, de l’ordre de 70% en quelques mois.

Titre : Evolution du prix d’oxydes de terres rares 99,9% de pureté, prix FOB Chine, entre le 31/03/2010 et le 31/03/2011

Source : Metal Pages

Le lanthane ou le cérium, utilisés pour le polissage des verres ou les batteries, ont connu ainsi des flambées spectaculaires.

Mais la multiplication des projets hors Chine a rapidement permis de dégonfler les prix. De plus, les industriels ont rationalisé leur consommation, ce qui a permis de réduire la demande. Certains ont même remplacé les terres rares par d’autres métaux pour réduire leur dépendance. Résultat, Pékin n’a pu vendre en 2012 que la moitié de ses quotas de terres rares, soit 16 000 tonnes sur près de 30 000 autorisés. Les prix ont naturellement plongé.

Or aujourd’hui, on voit le marché une nouvelle fois redresser la tête. Est-ce le moment de revenir sur ce secteur pour le moins volatil ?

Il est trop tôt pour forger une tendance de moyen terme, mais certains signes ne trompent pas.

En 2012, la Chine a continué son travail de remise en ordre de sa production de terres. La hausse de la demande à l’internationale avait amené dans le courant des années 2000 de plus en plus de mines illégales à s’ouvrir autour des grands gisements chinois. Faiblement équipées, ces installations ne tenaient aucun compte des dégâts environnementaux que l’exploitation de ces gisements provoquait. Les filons de terres rares contiennent souvent des éléments radioactifs par exemple. L’Etat a ainsi fermé plusieurs de ces installations. Au total, 23 mines illégales et 57 centres de traitement ont été fermés. Près de 20 000 tonnes ont ainsi été retirées au marché. Nous constatons aujourd’hui les premiers effets de ces fermetures. Depuis 2 semaines, les prix des terres rares ont commencé à se stabiliser.

Titre : Index des prix des terres rares, de juillet 2012 à juillet 2013

Source : Metalminer

Le prix de certaines terres a même commencé à augmenter. C’est le cas du prix du terbium, du néodyme et du dysprosium. Le prix du terbium par exemple a atteint les 3 000 RMB le kilo, contre 2 400-2 500 début juin. Ces métaux ont une caractéristique commune, ce sont tous des terres rares lourdes. Or c’est bien les ressources de ce groupe de terres qui menacent de s’épuiser le plus vite.

D’une part, Pékin s’est attaqué en priorité aux mines illégales de la province du Jiangxi, dans le sud de la Chine. Or ces gisements, d’argile ionique, sont les principaux pourvoyeurs en terres rares lourdes. Côté demande, ce sont les terres qui connaissent les plus fortes croissances, puisqu’on les retrouve dans les lampes à basse consommation et les turbines d’éoliennes.

Mon conseil
Comme toujours, la hausse des prix va peser sur les cours des transformateurs et des utilisateurs finaux, comme les producteurs d’aimants. Si les importations japonaises de terres rares ont progressé de 20% depuis janvier pour profiter des bas prix, la tendance devrait s’essouffler avec la hausse des prix.

A l’inverse, cette hausse devrait réjouir les producteurs de terres rares comme Molycorp (MCP :NYSE) ou Lynas Corporation (LYC:ASX) . Ce dernier vient tout juste de commencer le raffinage des terres rares issues de son gisement australien de Mount Weld.

La tendance reste toutefois à confirmer. Ouvrez l’oeil !
[NDLR : Pourquoi la hausse du prix des matières premières est inévitable...

Un indice : cela n'a rien à voir avec la spéculation... ni même avec la crise financière... ce n'est pas non plus une question de climat... mais cela pourrait s'avérer plus profitable encore que toutes ces causes réunies !

Tout est expliqué ici...]

Synthèse de l’évolution du cours des matières premières
Tableau de variation des cours

Cours à
3 mois
Vendredi
28/06/2013
Vendredi
05/07/2013
Variation
hebdomadaire

En $

En $

En %

Aluminium 1 731 1 786 3,18%
Cuivre* 6 750 6 841,50 1,36%
Plomb* 2 058 2 045 -0,63%
Nickel* 1 368 13 600 -0,58%
Etain 19 800 19 725 -0,38%
Zinc* 1 823 1 838 0,82%
Acier 115 160 39,13%
Pétrole light
(New York 1 mois)
97,55 102,93 5,52%
Or (spot Comex) 1 234,40 1 227,40 -0,57%
Argent spot Comex) 19,45 19,01 -2,26%
Platine (spot Comex) 1 346 1 330 -1,19%
Palladium (spot Comex) 675 676 0,15%
Blé
(le boisseau sur le Cbot)
6,596 6,61 0,21%
Maïs
(le boisseau sur le Cbot)
5,07 4,92 -2,96%
Soja
(le boisseau sur le Cbot)
15,966 12,33 -22,77%

* cours en $ la tonne sur le LME à trois mois

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Florent Detroy

Florent Detroy est journaliste économique, diplômé de Science Po Grenoble.

Spécialiste des matières premières et des pays émergents. Florent Detroy a en particulier une connaissance approfondie de l'ensemble de la chaîne industrielle des matières premières – des pays producteurs aux marchés de consommation.

Pour comprendre les ressorts des marchés, il n'hésite pas à se rendre dans les confortables bureaux londoniens des négociants en commodities comme dans les plaines inhospitalières d'Asie Centrale ou dans les nouvelles mégalopoles asiatiques.

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