La semaine dernière, la Fabrique de l’Histoire était consacrée aux Vikings. Parmi les nombreux clichés dernièrement mis à mal par les historiens et archéologues, on trouve l’idée que les Vikings auraient été incités à multiplier raids, expéditions et pillages à cause d’une augmentation de leur population et de l’insuffisance des ressources agricoles pour les faire vivre.
Si les Vikings n’étaient pas confrontés à un problème de surpopulation, la Chine, elle, a aujourd’hui de plus en plus de mal à nourrir sa population. Deux pourcentages permettent de prendre conscience de l’ampleur du problème : la Chine doit nourrir 25% de la population mondiale à partir de 8% des terres arables de la planète. Problème, évidemment.
Pékin a fixé à 120 millions d’hectares le seuil minimum de terres cultivables pour fournir à sa population le minimum vital. Or la surface de terres cultivables a été sérieusement entamée au cours des décennies passées. Entre 1997 et 2007, ce sont ainsi environ huit millions d’hectares cultivables qui ont disparu. L’urbanisation galopante est la principale responsable de ce mouvement. La pollution et l’érosion ont fait le reste.
Cependant, depuis quelques années, le mouvement de transformation de terres cultivables en surfaces urbanisées semble se tasser. En 2011, 323 000 hectares de terres cultivées ont été urbanisés mais, de l’autre côté de la balance, presque autant d’hectares de terres ont été mis en culture. Si bien qu’entre 2009 et 2011, la surface de terres cultivées est restée stable, autour de 121,7 millions d’hectares, à peine au-dessus du seuil minimum que j’évoquais un peu plus haut.
Un équilibre qui est aujourd’hui mis en péril par plusieurs phénomènes. Tout d’abord une pression accrue de l’urbanisation. Depuis 2011, plus de la moitié des Chinois vit en milieu urbain. Une tendance qu’encourage Pékin. En février dernier, le numéro deux chinois, Li Keqiang, a déclaré que l’urbanisation était le “moteur essentiel” de la croissance du pays.
Tant et si bien que le nombre de Chinois urbains devrait passer de 690 millions aujourd’hui (sur une population totale d’1,4 milliard d’individus) à plus d’1 milliard d’ici 2030. Et le nombre de villes dépassant le million d’habitants passera de 94 en 2010 à 143 en 2025.
L’urbanisation n’est pas la seule à mettre les terres agricoles (et la production chinoise) sous pression, la demande alimentaire croissante des Chinois y joue aussi un rôle de poids. Augmentation du nombre de calories quotidiennes et de la consommation de viande influent sur les besoins.
Pékin est bien conscient du problème, et agit dans toutes les directions. Meilleure gestion du développement urbain, des terres agricoles, augmentation des rendements et de ses importations de céréales ainsi que la location de terres à l’étranger. La Chine envisagerait ainsi de louer 100 000 hectares à l’Ukraine pour les mettre en culture. Et récemment, l’Ukraine a annoncé qu’elle négociait avec la Chine pour l’accord d’un prêt de trois milliards de dollars qui lui permettrait de rénover son système d’irrigation.
Pour quelle contrepartie ? La fourniture de tonnes de céréales à prix fixe ? On ne connaît pas encore le détail des négociations en cours, mais cela ne serait pas la première fois que la Chine s’assure un approvisionnement à long terme en matières premières en prêtant à des pays producteurs en difficulté financière (ce qui est le cas de l’Ukraine).
Europe de l’Est mais aussi Canada, Afrique ou Amérique latine, la main de la Chine est souvent entraperçue derrière les locations ou achats de terres agricoles. Sans qu’il soit toujours possible de démêler le vrai du faux, le fantasme de la réalité.
Un exemple parmi d’autres : la semaine dernière, nombre de médias ont annoncé que la Chine avait acheté 5% des terres ukrainiennes. Il s’est en fait avéré que les discussions n’étaient qu’à leur début, et qu’elles ne portaient “que” sur la location de 100 000 hectares (la loi ukrainienne étant en outre particulièrement sourcilleuse en matière de possession de terres par des étrangers).
Reste que la Chine a besoin de terres et investit lourdement en la matière. Depuis le début des années 2000, la Chine aurait ainsi acheté 17 millions d’hectares de terres arables rien que sur le continent africain.
La location ou l’achat de terres n’est pas la seule corde de la stratégie chinoise. Les importations sont aujourd’hui devenues indispensables pour nourrir l’empire du Milieu. Entre janvier et novembre 2012, le pays a ainsi importé 10 775 millions de tonnes de produits alimentaires, soit 294,5% de plus sur un an.
Parmi les produits les plus importés, les céréales et oléagineux (blé, riz, soja et maïs). En septembre dernier, le Financial Times proposait ainsi une projection des importations chinoises de maïs entre 2011 et 2022.
Au fil des ans, la Chine est ainsi devenue le premier importateur de soja au monde et pourrait devenir celui de blé cette année (devant l’Egypte), alors qu’une partie de sa récolte a été détruite par de mauvaises conditions météorologiques. Les importations de blé devraient même atteindre un record cette année, et sont estimées entre 4 et 10 millions de tonnes (entre 3 et 8% de sa production annuelle) selon les estimations.
La demande est telle qu’en plus de ses fournisseurs traditionnels, comme l’Australie ou les Etats-Unis, la Chine a cette année acheté du blé aux producteurs… français. 200 000 tonnes de blé français prendront ainsi la direction des ports chinois d’ici la fin de l’année. Un achat exceptionnel qui a peu de chances de se reproduire comme le souligne RFI : la remontée de l’euro défavorise les producteurs français si bien que la Chine devrait continuer à privilégier ses fournisseurs historiques.
Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?
Qu’augmentation de la production mondiale ou pas, les cours des céréales devraient rester sous pression dans les années qui viennent alors que la demande est en hausse constante. La Chine n’est peut-être pas l’ogre qui va dévorer les céréales dans votre assiette mais il est sûr que l’évolution des modes de vie et d’alimentation dans l’empire du Milieu vont lourdement peser sur la demande mondiale de céréales.
Plus que l’investissement direct sur les céréales — trop risqué et spéculatif -, je vous recommande donc plutôt de regarder du côté des fabricants de matériel agricole. Tracteurs, faucheuses, broyeurs, matériel d’irrigation ou de pulvérisation…
Dans Défis & Profits, je vous ai ainsi proposé d’investir sur un spécialiste de l’irrigation américain (les Etats-Unis étant l’un des principaux fournisseurs en céréales de la Chine). Présent aussi bien aux Etats-Unis qu’en Amérique latine, en Asie ou dans les pays de l’Est, ce leader de l’irrigation propose des solutions innovantes en matière d’irrigation permettant de réduire les effets secondaires et le gaspillage de l’eau. Une belle valeur, qui a progressé de 10% en deux mois, et sur laquelle il est encore temps d’investir… Toute la recommandation est à découvrir dans Défis & Profits.



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