La potasse n’a ni le côté sulfureux du pétrole, ni le charme discret du diamant. Pourtant, ces dernières années, ce minerai est devenu tout aussi stratégique qu’eux.
La potasse est ce qui fait pousser vos champs de blé, de maïs et de soja. Cet engrais est, avec le phosphate et l’azote, essentiel pour nombre de pays émergents qui ont désespérément besoin d’augmenter leurs rendements agricoles.
Or ces pays ont reçu une bonne nouvelle ces derniers mois : les prix de la potasse sont en train de chuter. En l’espace de quelques mois, le monde très structuré des engrais s’est fissuré. L’effondrement de deux cartels, BPC (Belarusian Potash Company) et PhosChem (Phosphate Chemicals Export Association), qui contribuaient à maintenir le marché à flot, a ouvert les vannes.
Aujourd’hui, les faucons et les colombes des engrais, ceux qui veulent produire à tout prix et ceux qui veulent contrôler les prix, s’opposent. Pour l’instant, les prix sont orientés à la baisse, mais personne ne sait jusqu’où ils iront. Cette évolution du marché présente quelques opportunités d’investissements. Encore faut-il savoir qui ressortira gagnant de ce nouvel affrontement.
Est-ce le début d’une guerre des prix dans la potasse ?
En juillet dernier, le Russe Uralkali annonce qu’il rompt sa collaboration avec le Biélorusse Belaruskali au sein du cartel BPC, au motif que ce dernier ne respecte pas ses quotas de production. Le Russe accuse son partenaire de vendre de la potasse en dehors de leur cartel, l’amenant à profiter des prix élevés tout en augmentant ses ventes. S’en suit une guerre secrète que l’on ne lit habituellement que dans les romans de John Le Carré, avec intimidations, arrestations et déclarations tonitruantes des dirigeants russes et biélorusses.
Côté économie, les conséquences ont été tout aussi violentes. Dès l’annonce de la fin du cartel, les prix de la potasse et le cours des principaux producteurs ont chuté. Tout simplement parce que la fin des cartels signifie la fin de la discipline, et annonce une probable surproduction de potasse. De l’autre côté de l’Atlantique, on s’inquiète de cette perte d’équilibre.
La chute des acteurs canadiens
Ainsi, début août, les producteurs nord-américains PotashCorp et Mosaic ont vu leurs cours s’effondrer de 28% et 31% respectivement. Pire, l’Allemand K + S a dégringolé sur la même période de 40%. La chute attendue des prix pourrait même faire disparaître certains de ces acteurs. K + S est en mauvaise posture, car ses coûts de production sont bien plus élevés que ceux de ses concurrents. Surtout, le groupe venait tout juste de se lancer dans un projet de mines canadiennes de trois milliards d’euros, destiné à remplacer ses mines allemandes en bout de course.
Toutefois le marché n’en est qu’au début de sa transformation. La déflagration venue de l’est a probablement accéléré le délitement d’un autre grand cartel des engrais, le PhosChem. Il s’agit du cartel américain composé de Mosaic et de PotashCorp sur les phosphates. La raison est simple, Mosaic mène actuellement un projet en Arabie Saoudite avec Ma’aden et Saudi Basic Industries. Sous l’effet de la diversification géographique de Mosaic, le contrôle de la production aux Etats-Unis ne permettra plus de contrôler les prix.
Vers une dislocation des cartels
Le cartel nord-americian Canpotex, qui associe les deux acteurs du PhosChem et Agrium, pourrait lui aussi également tomber. C’est, cette fois, PotashCorp qui signerait son arrêt de mort. Celui-ci mène comme Mosaic un projet à l’étranger avec le producteur israélien ICL. Une possible fusion entre les deux modifierait l’équilibre du Canpotex. Comme le souligne Ben Isaacson, analyste chez Scotiabank à Toronto pour le Financial Times, “si PotashCorp possède ou contrôle ICL, il entrerait en concurrence contre Canpotex en fournissant [des engrais] là ou ICL a un avantage logistique, comme en Inde”.
Où vont aller les prix ?
Ces cartels, en place pour certains depuis l’entre deux-guerres, ont permis ces dernières années aux producteurs de profiter de la hausse vertigineuse de la demande. Ainsi en 2007, la tonne de DAP (phosphate diammonique), a dépassé les 1 100$. En 2011, ils étaient encore au-dessus des 500$, et même sous les 200$ en 2000.
La fin des cartels fait réellement craindre le pire aux producteurs. Depuis leur pic de 2011, les prix ne cessent de reculer. Sur les derniers 12 mois, la chute s’est même accélérée.
Est-ce le moment de profiter des cours laminés ?
Je reviens régulièrement sur le sujet : le secteur de l’agriculture est le plus haussier des secteurs des matières premières. Toutefois celui des engrais, parce qu’il fonctionne selon les principes de la mine, risque de connaître une période de stagnation pendant longtemps.
La fin des cartels est le résultat de l’essor de nouveaux spots des engrais à travers le monde, en Chine, au Moyen-Orient et en Afrique. La surproduction attendue sera forte, ce qui ne permet pas d’anticiper une reprise à court terme.
Pour profiter de la hausse du secteur agricole, je vous recommande plutôt de miser sur la technologie. Dans Défis & Profits, Cécile Chevré a investi récemment sur une valeur française, spécialiste de la pulvérisation de précision. Grâce à sa technologie, les agriculteurs peuvent réduire sensiblement la quantité d’engrais (et de pesticides) qu’ils utilisent. Respect des contraintes environnementales et réduction des coûts de productions sont les deux atouts maîtres de cette belle valeur française présente aussi bien en Europe qu’aux Etats-Unis ou dans les pays émergents. A découvrir dans Défis & Profits…



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