Le prix du gaz est bas, peut-on en profiter ?

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Par Edward Bonner

Selon les estimations de l’EIA (Energy Information Administration), l’Agence de l’énergie américaine, les réserves recouvrables mondiales de gaz de schiste sont de 7 795 TCF . L’étude présentée cette année a été menée pour la première fois dans 41 pays. Au coeur de la révolution des gaz de schiste, les Etats-Unis posséderaient 15% du total, soit une réserve de 1 161 TCF.

C’est cette richesse qui a permis au président américain de s’exclamer que son pays possédait “Cent ans de gaz !”. Les géologues des compagnies minières, plus prudents qu’Obama, tablent sur une durée de 40 ans. Il n’en est pas moins vrai que les Etats-Unis sont en train de vivre un retour de l’âge d’or. Depuis quelques années l’extraction américaine de gaz de schiste fonctionne en continu, avec par exemple plus de 2 000 puits construits et pompés entre 2007 et 2011 en Pennsylvanie.

Cette nouvelle richesse permettra au pays de réduire ses importations hyper-chères en provenance du Moyen-Orient.

Un rêve devenu cauchemar en raison d’une surproduction locale
Mais la nouvelle ruée vers le gaz naturel a provoqué une violente chute des prix (plus de 60% de baisse depuis 2008), qui ont atteint pratiquement un plancher record.

A cause de cette chute des prix, maintenant presque à 4 $ par MMBtu , beaucoup d’entreprises se sont retrouvées dans le rouge (Chesapeake Energy Corporation,…). Cette surproduction a entraîné la fermeture de nombreux puits qui ne produisaient pas assez de gaz de schiste. Certaines sociétés ont préféré se focaliser sur les ‘sweet spots’, les puits à hauts rendements. Pour que l’exploitation du gaz de schiste soit rentable il faudrait que le prix soit entre 6 et 7 $.

Malgré la baisse des prix, les compagnies américaines produisent toujours plus afin de conserver leurs concessions et compenser la chute de la rentabilité par la hausse des volumes (ce qui, bien sûr, n’améliorera pas la situation.)

La question se pose alors : Combien de temps ces sociétés vont-elles pouvoir soutenir ce régime en ne gagnant pas un sou et en s’endettant de plus en plus ?

Un espoir de relance par l’export
Il semble que le prix du gaz naturel pourrait à nouveau monter, en raison de la récente autorisation d’exporter du gaz aux Etats-Unis sous forme LNG (liquide).

Un premier projet d’exportation de gaz, le projet Freeport LNG, a déjà été mis en route par ConocoPhillips (COP). La Majors entend exporter du gaz LNG vers les pays d’Asie d’ici 2017, car c’est cette région, avec l’Europe, où la demande est importante.

Le prix du gaz naturel produit aux Etats-Unis pourrait donc repartir vers la hausse.

Qui pourrait s’opposer à cette hausse ?
L’abondance du gaz naturel sur les marchés internationaux marque un tournant dans le secteur énergétique.

Le cartel OPEP (composé entre autres de l’Arabie Saoudite, de l’Iran et des Emirats Arabes Unis) qui possède 78% des réserves mondiales de pétrole, voit déjà ses revenus baisser en raison de la concurrence du gaz. La baisse de la demande pour le pétrole obligera le Cartel à réduire encore plus ses exportations pour maintenir des prix rentables (3,5 millions de barils par jour en 2020), laissant plus de place au gaz.

Le vrai danger pour les Etats-Unis, est la création de la GECF (qui comprend les Emirats arabes unis et l’Iran, membres de l’OPEP, ainsi que la Russie et bien d’autres encore), qui pourrait monopoliser le marché européen. Mais le groupe est encore jeune et bloqué par de nombreux obstacles (réserves difficiles à extraire et peu d’organisation), qui l’empêchent d’envahir le marché mondial.

Gazprom, la compagnie russe, contrôle actuellement le marché du gaz en Europe et se permet de fixer des prix élevés. Mais à cause de leur prix fixe trop élevé, les Européens commencent à se tourner vers d’autres pays exportateurs… comme les Etats-Unis.

Donc la question à se poser est la suivante, qui sera le premier fournisseur en Asie et en Europe ?

Qu’en disent les ‘ricains’ ?
Les marchés d’Asie et d’Europe sont très attractifs pour les Etats-Unis, car les prix élevés pratiqués dans ces pays rendent les importations américaines particulièrement intéressantes. Par exemple le prix du gaz en Asie est proche de 17-18 $/MMBtu.

Avec la ‘cartélisation’ (création du groupe GECF), de nombreux pays risquent de rester dépendants des exportateurs historiques que sont la Russie ou l’Algérie.

Ce qu’il faut retenir
Pour l’instant, la révolution des gaz de schiste aux Etats-Unis n’est pas encore prête à sortir des frontières américaines. Elle n’en transforme pas moins le paysage industriel américain. Rappelez-vous que certains industriels ont des gains inversement proportionnels au prix du gaz naturel. Il s’agit des industries chimiques ou les sociétés qui utilisent le gaz naturel comme source d’énergie, comme les fabricants d’engrais tels que Terra Nitrogen (TNH). Pour l’instant, à cause des prix déprimés du gaz, elles prospèrent…

On observe maintenant beaucoup d’industries qui commencent à utiliser le gaz, moins cher que le pétrole, comme première source d’énergie (production d’électricité, automobiles, habitât…).

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Dès qu’un bon réseau de transport sera mis en place (ce qui prendra des années) les prix devraient cependant se stabiliser et s’uniformiser vers un tarif plus intéressant pour les mineurs. Byron King, un géologue investisseur aguerri, recommande certaines sociétés capables de tirer leur épingle du jeu : Schlumberger Ltd. (SLB : NYSE), Baker Hughes, Inc. (BHI : NYSE) et Tenaris (TS : NYSE), une entreprise concurrente de Vallourec, qui fournit des tuyaux sans soudure aux exploitants.

Trillion Cubic Feet

Million British Thermal Unit, unité standard de gaz

Author Image for La Rédaction

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