Gaz de schiste, la fracture n’est pas là où l’on pense

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Arnaud Montebourg a l’art de faire parler de lui. La semaine dernière, le ministre du Redressement productif a envisagé la création d’une “compagnie publique et nationale” qui pourrait être destinée à l’exploitation du gaz de schiste français. Le ministre sait aussi très bien ne faire parler que de lui. Peu de gens auront retenu que la réunion au cours de laquelle le ministre s’est exprimé était initialement consacrée à la réforme du code minier.

Quoiqu’il en soit, l’invention du terme “gaz de schiste écologique” n’a pas dissuadé les opposants à cette ressource, qui se sont dressés comme un seul homme contre le projet. Le président et le Premier ministre ont très vite opposé aux ambitions du ministre la loi interdisant la fracturation hydraulique, principale technologie permettant d’exploiter ces ressources. Débat clos.

L’annonce du ministre Montebourg ne change pas radicalement la donne. Plus important est en revanche l’examen de l’interdiction de la fracture hydraulique par le Conseil constitutionnel. La société pétrolière Schuepbach a vu en 2011 ses deux permis d’exploration, en Ardèche et dans l’Aveyron, annulés du fait de la loi sur la fracturation. Le groupe a alors saisi la justice et déposer une question prioritaire de constitutionnalité (QPC). La question vient d’être transmise aux sages de la rue Montpensier, chargés désormais d’examiner la validité juridique de cette interdiction dans un délai de 3 mois. A suivre de près.

Même si elle divise la majorité, il reste peu probable que l’utilisation de la fracturation fasse son retour en France. Devant les philippiques à répétition d’Arnaud Montebourg, François Hollande a une nouvelle fois réaffirmé lors de son interview du 14 juillet, “tant que je suis président, il n’y aura pas d’exploration de gaz de schiste”. Il est pratiquement garanti que la fracturation hydraulique ne sera pas utilisée avant… 2017. Il en est tout autrement au sein de l’Union européenne.

La fracture européenne sent le gaz
La bataille autour du gaz et du pétrole de schiste “fait rage” dans les couloirs bruxellois, selon le correspondant de Libération Jean Quatremer au siège de l’UE. Si la France est la seule à avoir interdit l’utilisation du gaz de schiste, d’autres pays témoignent de la même méfiance devant cette technique. La Bulgarie a voté début 2012 un moratoire sur les activités d’exploration de ce gaz. L’Autriche, pourtant bien partie, vient également de dissuader une des entreprises lancées dans le projet du fait d’une nouvelle réglementation environnementale.

Du côté des soutiens à la fracturation, on compte la Pologne, le Royaume-Uni, l’Espagne, la Roumanie, la Lituanie et la République tchèque. Bien évidemment, les compagnies pétrolières soutiennent ces pays, comme Exxon Mobil, Chevron, Halliburton ou encore Total, Statoil, PGNiG ou Shell. Leurs arguments sont simples. Ces ressources permettent d’abord de réduire la dépendance de l’UE au gaz russe, et ensuite réduisent les émissions de CO2 en remplaçant le charbon ou le pétrole.

Chacun pourrait ainsi continuer son bonhomme de chemin si l’UE n’avait pas des velléités législatives. La Commission européenne devrait proposer un “cadre législatif” pour cet automne selon le correspondant de Libération. C’est pourquoi est en train de jouer une bataille homérique à la Commission et au parlement européen pour influencer la future législation. Par exemple, l’eurodéputé Corine Lepage dénonçait récemment “le lobbying sans foi ni loi des Polonais en faveur du gaz de schiste”. Les batailles en coulisses des acteurs privés sont encore plus sauvages. Voici deux versions d’une même affiche, l’une d’un lobby pro gaz de schiste, Shale Gas Europe :

Affiche lobby pro gaz de schiste, Shale Gas Europe

Et l’autre de l’ONG “Corporate Europe Observatory” :

Traduction : Le saviez-vous ? Les émissions de la production électrique à partir de gaz de schiste ne sont 49% pas plus basses qu’avec du charbon

Affiche ONG

Mon conseil
Les technologies rivales de la fracturation sont en train d’être développées, et sont parfois déjà utilisées au niveau local. Ainsi la fracturation au gel propane peut économiser l’eau nécessaire à la fracturation hydraulique, et peut également économiser les produits chimiques.

En attendant que les technologies soient au point, des méthodes pour réduire les dégâts environnementaux sont également en train d’émerger. Le paradoxe est que la France est à la pointe de ces technologies qui permettront, si ce n’est de produire un “gaz de schiste écologique”, du moins un gaz de schiste plus vert. Le numéro du 20-26 juin de l’Usine Nouvelle revenait sur le succès de deux entreprises françaises, Saltel, spécialiste de l’étanchéité des puits, et SNF Floerger, dont la technologie permet de réduire l’énergie consommée lors de la fracturation.

[NDLR : Défis & Profits a intégré depuis quelques mois une valeur qui joue un grand rôle dans la protection de l'environnement lors des opérations de forage. Son rôle, identifier au mieux les ressources, gérer les opérations de forage et prévenir les dommages éventuels de la fracturation. En hausse de 10% déjà, cette valeur va bientôt être appelée sur tous les continents alors que l'exploitation des shale gas se répand. Plus de détails dans DEP.]

Plus encore que les sociétés gazières ou paragazières, il peut être intéressant de se pencher sur les opportunités données à l’industrie par la baisse des prix du gaz observée aux Etats-Unis actuellement. De nombreuses industries renouent avec la compétitivité grâce à la baisse du coût de cette matière première, à l’instar de la chimie ou de la sidérurgie.

[NDLR : Matières à Profits a repéré pour vous une pépite nord-américaine, qui a fait une percée technologique dans le transport au gaz naturel. Plus économique de 37% comparé à l'essence, le carburant au gaz sera la vraie révolution américaine. En hausse de 35% actuellement, il est encore temps de rentrer sur cette valeur d'avenir. Retrouvez plus de détails dans MAP.]

Bon investissement !

Synthèse de l’évolution du cours des matières premières
Tableau de variation des cours

Cours à
3 mois
Vendredi
05/07/2013
Vendredi
12/07/2013
Variation
hebdomadaire

En $

En $

En %

Aluminium 1 786 1 831,50 2,55%
Cuivre* 6 841,50 6 940 1,44%
Plomb* 2 045 2 062 0,83%
Nickel* 13 600 13 625 0,18%
Etain 19 725 19 495 -1,17%
Zinc* 1 838 1 894 3,05%
Acier 160 155 -3,13%
Pétrole light
(New York 1 mois)
102,93 105,42 2,42%
Or (spot Comex) 1 227,40 1 282,20 4,46%
Argent spot Comex) 19,01 19,78 4,05%
Platine (spot Comex) 1 330 1 409 5,94%
Palladium (spot Comex) 676 723 6,95%
Blé
(le boisseau sur le Cbot)
6,61 6,7 1,36%
Maïs
(le boisseau sur le Cbot)
4,92 5,01 1,83%
Soja
(le boisseau sur le Cbot)
12,33 12,52 1,54%

* cours en $ la tonne sur le LME à trois mois

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Florent Detroy

Rédacteur en Chef de L'Edito Matières Premières et de Matières à Profits
Florent Detroy est journaliste économique, diplômé de Science Po Grenoble.

Spécialiste des matières premières et des pays émergents. Florent Detroy a en particulier une connaissance approfondie de l'ensemble de la chaîne industrielle des matières premières – des pays producteurs aux marchés de consommation.

Pour comprendre les ressorts des marchés, il n'hésite pas à se rendre dans les confortables bureaux londoniens des négociants en commodities comme dans les plaines inhospitalières d'Asie centrale ou dans les nouvelles mégalopoles asiatiques.

Aujourd'hui, il se consacre au conseil pour particuliers en tant que rédacteur en chef de Matières à Profits. Son but : vous ouvrir les portes du marché des matières premières. Faites-lui confiance.

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