L’Iran va-t-il couler le marché du pétrole ?

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C’est historique. Pour la première fois depuis 18 ans, les Etats-Unis viennent de produire davantage de pétrole qu’ils en ont importé pour le mois d’octobre. Les puits américains ont produit 7,7 millions de barils, soit 100 000 de plus que les importations. La performance est d’autant plus spectaculaire que Washington était jusqu’à il y a peu le premier importateur au monde. Mais les Etats-Unis ont été dépassés en début d’année par la Chine.

Depuis plusieurs années, le développement du pétrole non conventionnel aux Etats-Unis a fait décoller la production, et inverse progressivement la balance commerciale US. Mais au-delà de cette conséquence, c’est toute la scène internationale qui commence à être perturbée.

Interviewé par le Financial Times à la suite de cette nouvelle, Jason Bordoff, un ancien responsable de la politique énergétique à la Maison Blanche et aujourd’hui à la tête du Center Global Energy Policy à l’université Colombia, a déclaré que ces volumes supplémentaires avaient rendu “plus facile d’exclure l’Iran du marché”.

Or, justement, l’Iran pourrait rapidement faire son retour sur le marché du pétrole. C’est donc 1,2 million de barils qui pourraient dans les mois ou années à venir arriver à nouveau sur le marché du pétrole. Si l’on ajoute la hausse de la production US, qui a déjà progressé de 50% depuis 2008 et qui devrait atteindre les 11,1 millions de barils selon l’Agence Internationale de l’Energie, les consommateurs ne devraient pas avoir de souci à se faire. Pourtant, l’Agence basée à Paris s’est montrée plutôt inquiète lors de la présentation de son World Energy Outlook 2013 cette semaine.

Le shale important mais insuffisant
Fatih Birol, l’économiste en chef, n’a pas écarté l’importance actuelle des pétroles de schiste. Tout au contraire. Selon lui, ils seront une composante importante de la production de pétrole d’ici 2020. Ils permettront d’ailleurs aux Etats-Unis de devenir le premier producteur de pétrole au monde en 2015 devant l’Arabie Saoudite, soit deux ans avant les prévisions de l’AIE datant de 2012.

Il a également mentionné l’apport des projets actuellement mis en développement. Ainsi le Brésil pourrait arriver à produire près de 6 milliards de barils à l’horizon 2035 grâce à l’exploitation de ses ressources offshore. La production canadienne à partir des sables bitumineux sera également importante. Enfin, l’Arabie Saoudite devrait également commencer à produire à partir de son champ offshore de Manifa.

Le problème, c’est qu’à part l’Arabie Saoudite, les pays du Golfe ont freiné leurs investissements. Ils ont tout simplement peur que la production américaine ne coule le marché, et rende leurs investissements peu ou pas rentables. Or la demande de pétrole ne devrait pas ralentir, au moins jusqu’en 2035. Pire, selon l’Agence, la production de pétrole non conventionnel pourrait commencer à décliner dès 2020. C’est ce qui a poussé l’économiste de l’AIE à combattre l’idée d’une éventuelle “abondance de pétrole”.

Une demande différente mais toujours forte
D’ici 2035, la demande en pétrole devrait effectivement augmenter d’un tiers. Toutefois le centre de gravité du marché aura changé. Ce ne sera plus la Chine la locomotive du marché, mais l’Inde, le Moyen-Orient ou encore l’Asie du sud-est. La demande totale devrait atteindre les 101 millions de barils, bien au-dessus du niveau des 90 millions de barils actuels.

Le problème, c’est que nombre de puits de pétrole actuellement en exploitation ont dépassé leur pic de production. La production déclinera en moyenne de 6% an en l’absence d’intervention des producteurs.

Production en 2035 des puits actuellement en production en l’absence d’investissements

cours du kilo de cérium à 99% en dollars, FOB Chine

D’ici 2035, en dépit des investissements à venir, la production de pétrole classique pourrait tomber à 65 millions de barils, contre 70 actuellement. Et il ne faudra attendre aucun secours de la part des pétroles de schiste. Leur production pourrait ralentir dès 2020 aux Etats-Unis. Et dans le reste du monde, il est peu probable qu’ils connaissent le même succès.

A quoi faut-il s’attendre ?
Les majors suivent un chemin différent selon leur profil. Ainsi, si Total a décidé de ralentir ses investissements, ExxonMobile, à l’inverse, a annoncé qu’il continuerait sur le même rythme que les années précédentes.
[NDLR : Si les investissements dans l'onshore sont au point mort dans de nombreux pays, les investissements en offshore progressent quant à eux, aussi bien au large du Brésil que de la Guinée ou du Nigéria ou encore en Asie du sud-est. Aujourd'hui, 35% du pétrole mondial provient de l'exploitation offshore, une part qui devrait monter à 50% d'ici 2016-2017. Une tendance forte qui profite déjà à certaines parapétrolières, et tout particulièrement celles qui proposent des services offshore à destination des majors.

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Il semble qu’à court terme Total ait raison d’être présent. Le pétrole de schiste, le retour de l’Iran ou la montée en puissance du Canada pourraient maintenir les prix du baril sous les 100 $. A plus long terme (10 ou 20 ans) en revanche, l’absence d’investissements va peser sur l’offre. Les auteurs du WEO 2013 ont même annoncé un prix à 128 $d’ici 2035 si la tendance actuelle se confirme. Au plan géographique, le rapport rappelle surtout que ce sont les pays de l’OPEP qui seront redevenus à ce moment-là l’épicentre de l’offre de pétrole mondiale. Rappelez-vous, ces pays concentrent encore 80% des réserves prouvées en pétrole.

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Florent Detroy

Rédacteur en Chef de L'Edito Matières Premières et de Matières à Profits
Florent Detroy est journaliste économique, diplômé de Science Po Grenoble.

Spécialiste des matières premières et des pays émergents. Florent Detroy a en particulier une connaissance approfondie de l'ensemble de la chaîne industrielle des matières premières – des pays producteurs aux marchés de consommation.

Pour comprendre les ressorts des marchés, il n'hésite pas à se rendre dans les confortables bureaux londoniens des négociants en commodities comme dans les plaines inhospitalières d'Asie centrale ou dans les nouvelles mégalopoles asiatiques.

Aujourd'hui, il se consacre au conseil pour particuliers en tant que rédacteur en chef de Matières à Profits. Son but : vous ouvrir les portes du marché des matières premières. Faites-lui confiance.

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