Jean Monnet est-il la personnalité préférée des Français ?
L’esprit de l’ancien chef d’orchestre de la reconstruction de la France après la Seconde Guerre mondiale est en train en tout cas de faire un retour remarqué à la tête de l’Etat français.
Alors que la guerre froide n’en était qu’aux premières brises matinales, l’ancien fonctionnaire européen est devenu Commissaire au plan entre 1945 et 1952, chargé de réorganiser l’activité économique du pays. Mêlant habilement libéralisme et dirigisme, le Commissaire va réussir à mettre au coeur de la politique économique française une vision de long terme. Cette vision s’est peu à peu éteinte à l’orée des années 1980, sous les coups de boutoir du libéralisme débridé.
Aujourd’hui, le balancier est à nouveau en train de pencher dans l’autre sens. Le Commissariat au plan vient de renaître le 22 avril 2013, sous le nom de Commissariat général à la stratégie et à la prospective. Et savez-vous à quel secteur est destinée une de ses premières études ? A l’approvisionnement en métaux critiques de la France.
Ces métaux restent indispensables à une économie moderne
Si le prix des métaux industriels a fortement baissé depuis le début de l’année, le cas des petits “critiques”, ou “petits métaux” ou encore “métaux stratégiques” est très différent. Ces petits métaux sont devenus depuis une dizaine d’années indispensables pour des dizaines de secteurs et connaissent une croissance constante de la demande.
[NDLR : Pourquoi la hausse du prix des matières premières est inévitable...
Un indice : cela n'a rien à voir avec la spéculation... ni même avec la crise financière... ce n'est pas non plus une question de climat... mais cela pourrait s'avérer plus profitable encore que toutes ces causes réunies !
Par exemple, le rapport souligne qu’un téléphone portable contient désormais une quarantaine d’éléments, soit presque la moitié des 94 éléments naturels que comporte la classification périodique des éléments (table de Mendeleïev). Au côté de l’électronique, le secteur du transport et de l’énergie sont deux secteurs particulièrement dépendants de ces petits métaux.
En France, la santé de ces deux derniers secteurs est fondamentale pour l’économie, puisqu’ils représentent respectivement 9% et 14% du PIB. Assurer un accès à ces ressources est donc vital. Alors qu’il commence à prendre conscience des enjeux, l’Etat est prêt désormais à financer cette sécurité. Les opportunités d’investissements sont nombreuses.
De quoi la France est-elle dépendante ?
Avant de sécuriser nos approvisionnements, encore faut-il savoir de quoi l’industrie française a besoin.
Le transport a notamment besoin de métaux d’alliages, du fait des exigences croissantes en termes de résistance de ses produits. Les pales des turboréacteurs d’avions doivent supporter par exemple des températures supérieures à 600°C. Ainsi le rhénium ou le niobium vont être utilisés dans les alliages pour améliorer la résistance aux fortes températures.
Le secteur va également utiliser des petits métaux afin de réduire le poids de ses produits. Les structures des avions ou des voitures doivent elles être plus légères, pour réduire la consommation de carburant. Dans l’aéronautique, on va utiliser de plus en plus de magnésium ou de béryllium dans les alliages.
Au total, selon la Minor Metals Trade Association (MMTA), l’association du commerce des petits métaux, 49 métaux seraient concernés.
Titre : Les petits métaux dans la table périodique de Mendeleïev
Le problème que soulève le rapport, c’est qu’un grand nombre de ces métaux ne sont produits ou raffinés que par un petit groupe de pays. Par exemple, au moins à 75% de la production d’antimoine, de béryllium, de magnésium, de niobium de platinoïdes et de tungstène proviennent d’un seul pays. Les Etats-Unis assurent 88% de la production de béryllium, le Brésil produit à lui seul 92% du niobium disponible et l’Afrique du Sud 77% du platine mondial.
Titre : Métaux critiques, principaux producteurs mondiaux et monopoles, 2011
Carte réalisée par l’Atelier de cartographie de Sciences Po Paris
Le cas le plus emblématique d’irruption de nouveaux métaux dans l’industrie concerne les terres rares, dont la Chine produit près de 95% de la production mondiale. Depuis la flambée des prix de 2010-2011, des centaines de projets miniers sont en cours d’exécution hors Chine.
Quelle solution la France possède-t-elle ?
La France, un grand nombre de pays européens et de pays développés, ont lancé depuis 2008 des politiques de sécurisation de leurs approvisionnements. Les politiques menées tournent toutes plus ou moins autour des mêmes stratégies :
- Défendre le libre accès au marché
- Relancer l’activité minière
- Mener une diplomatie des matières premières
- Développer le recyclage et la substitution
Les pistes d’investissements sont nombreuses à graviter autour de ces 4 thématiques. J’en retiendrai une en particulier, celle du recyclage, et en particulier du secteur de l’électronique. Tout simplement parce que l’Union européenne possède 3 des 4 groupes au monde capables de recycler certains métaux.
Le D3E, la chance de l’Europe
Le recyclage des D3E, ou DEEE pour déchets d’équipements électriques ou électroniques, est un des secteurs qui porte les espérances les plus fortes, puisque tout reste à faire sur ce secteur. La directive de l’UE “DEEE” de 2012 fixe comme objectif un taux de collecte de 85% des déchets électroniques d’ici 2019.
Le problème est que le recyclage de certains produits comme les cartes-mères sont extrêmement techniques. Seuls trois groupes européens et un groupe minier international sont capables de raffiner les métaux de ces cartes, le belge Umicore, le suédois Boliden, l’allemand Aurubis et le groupe canadien Xstrata, détenu par Glencore désormais.
Au final, le recyclage permet d’avoir accès à du cuivre, mais aussi à de l’indium, du bismuth, du tellure…
Mon conseil
Investir sur le recyclage est un pari d’avenir, que le Commissariat général à la stratégie et à la prospective veut promouvoir activement. Sur les raffineurs, je vous conseille de surveiller prioritairement Aurubis (NAFG:DE), qui recycle du cuivre. Il s’agit du seul de ces groupes dont le recyclage est une des activités principales.
Pour les plus joueurs, vous pouvez regarder du côté des petites entreprises françaises, comme la société Recyclex (RX:NYSE), héritée de Metalleurop.
Bon investissement.



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