Le silence de Ben Bernanke fait mal aux métaux précieux

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leadimg

Les avis sont restés partagés sur les récentes statistiques chinoises. En publiant un indice PMI (indice des directeurs d’achat) à la limite des 50 points (à 51 points), certains observateurs ont une nouvelle fois craint un atterrissage chinois plus marqué que prévu. C’est notamment la faiblesse persistante de la demande intérieure qui ne cesse d’inquiéter. De l’autre côté, à 51, l’indice reste, pour le deuxième mois consécutif, au-dessus de la ligne de flottaison des 50 points. Rappelons que le seuil des 50 points sépare la situation de contraction et d’expansion.

Les chiffres de février étaient attendus avec impatience, puisque les chiffres de janvier étaient faussés par l’agitation économique du Nouvel An chinois. Il faut donc en conclure qu’il n’y a pas eu de “trou d’air” post-Nouvel An. Cette bonne résistance a également été permise par l’accalmie sur le front européen. Toutefois la situation européenne est loin d’être sereine.

Si les marchés européens ont retrouvé un certain calme, contribuant à faire redescendre le VIX, l’indice de la peur, en dessous de 20, le foyer de tension couve encore. Le dernier indice PMI de la zone euro est sorti en recul, ne permettant pas de tabler sur un retour complet au calme. On retrouve cette situation contrastée dans les récents chiffres américains. Alors que le taux de chômage pourrait tomber à 8,6%, l’indice PMI américain a eu tendance à se replier le mois dernier, passant de 54,1 à 52,4. Ben Bernanke a finalement apporté une note pessimiste sur l’économie, en rappelant jeudi dernier que le chômage de longue durée restait proche de ses niveaux record.

Comme la semaine dernière, les matières ont réagi de manière contrastée à ces nouvelles, alors que l’or et l’argent ont broyé du noir devant l’absence d’annonce sur un prochain quantitative easing américain.

Les métaux en légère hausse
Le LMEX, l’indice des métaux de Londres, conclut une semaine sur une légère hausse, à +1,71%.

La faible croissance de l’industrie chinoise a probablement freiné ce secteur, mais a paradoxalement permis d’éviter un plongeon. La banque Commerzbank a rappelé que si l’indice PMI chinois flirte encore avec le seuil des 50 points, la demande est restée solide. La banque s’attend donc a une “plus forte demande en métaux” prochainement. La situation du cuivre reflète cet entre-deux. Alors que les stocks à Londres ont atteint un point bas à 300 000 tonnes, niveau datant de 2009, les stocks à Shanghai sont à des niveaux extrêmement élevés. On peut donc s’attendre à un léger repli des cours prochainement.

Le marché de l’aluminium, à la différence du cuivre, résistera peut-être mieux. Avec la réduction des capacités de production en Europe – et une croissance qui reste autour de 2-3% –, le marché reste légèrement haussier. Cette semaine, le métal enregistre un hausse de +2,67%, et de +3,11% sur le mois.

La production de nickel n’a jamais été aussi élevée dans l’histoire. Et elle devrait encore croître cette année. Barclays Capital prévoit une augmentation de 73% de la production comparé à 2011. De quoi noyer le marché. Le métal a perdu plus de 5% sur le mois.

Le marché du zinc reste l’opportunité la plus intéressante en ce moment. Comme je vous l’ai signalé dans cet Edito, si les cours du zinc restent déprimés, les fondamentaux à moyen termes sont haussiers. C’est pour cette raison que Glencore, un des leaders du négoce des matières premières, vient à nouveau d’investir sur ce marché. Le géant londonien a acquis 7,8% de Trevali, une compagnie minière canadienne spécialisée dans le zinc.

L’agriculture encore en hausse
Les investisseurs semblent tentés de prendre une partie de leurs profits sur le secteur des matières premières agricoles, alors que l’USDA vient d’annoncer une possible décrue des cours. Le département de l’agriculture américain estime possible un retour du boisseau de maïs vers les 5 $ cette année.

Pour l’instant, le marché du maïs reste tendu. Le marché va souffrir de stocks particulièrement bas jusqu’à la prochaine récolte. Le boisseau prend ainsi encore +1,95% cette semaine.

Le soja partage depuis maintenant quelques semaines le destin du maïs. Le cours de la graine de soja est passé au-dessus des 1 300 cents. L’arrivée de la pluie en Argentine va cependant profiter à la récolte argentine. Des prises de bénéfices pourraient ainsi bientôt être déclenchées. Pourtant je considère que les cours pourraient encore rester proches des 1 300 cents. En effet, les récentes analyses d’Archer Daniel Midland, un des principaux négociants en matières premières, ont revu à la baisse les estimations de production mondiale.

Rebond passager du blé
C’est une nouvelle fois le blé qui est la matière en baisse à moyen terme. Les stocks, proches de leurs niveaux record, devraient assurer un bon approvisionnement des marchés. Toutefois, les cours ont pris plus de 2% cette semaine, alors que l’Ukraine a annoncé un retard dans la récolte du fait de la persistance de températures basses. Ce mini-rebond devrait toutefois être de courte durée du fait de l’importance des stocks.

Sur le marché du cacao, les perspectives restent déprimées. Credit Suisse anticipe un cours à 2 200 $ la tonne, à cause d’une production en hausse et d’une demande en berne.

L’or et l’argent déçus par Ben
Or et argent ont chuté mercredi, à respectivement -5 et -7%. En cause : l’absence d’annonce d’un nouveau quantitative easing par la Fed..

En ce qui concerne le platine, il va être intéressant de constater la réaction des cours alors que la grève de la mine de Rustenburg, en Afrique du Sud, vient de prendre fin mercredi dernier.

Certains analystes estiment que l’or pourrait se passer de QE pour continuer à augmenter. Comme l’analyse Anne-Laure Tremblay, analyste métaux précieux chez BNP Paribas, avec ou sans QE, les taux d’intérêt vont rester faibles aux Etats-Unis et ailleurs. Ainsi la poursuite du “rally” de l’or depuis 11 ans ne devrait pas s’arrêter cette année.

Des rumeurs gonflent le pétrole
Le pétrole tutoie actuellement des niveaux qu’il n’avait pas connu depuis mi-2008. Ce sont des rumeurs autour de la destruction d’un pipeline en Arabie saoudite qui ont redonné au baril un mouvement haussier. Il faut s’attendre à un repli des cours, avec l’arrivée de la production irakienne, et le probable rétablissement complet de la production du Sud Soudan.

Synthèse de l’évolution du cours des matières premières
Tableau de variation des cours

Cours à
3 mois
Vendredi
24/02/2012
Vendredi
02/03/2012
Variation
hebdomadaire
 

En $

En $

En %

 Aluminium

2 293

2 332 1,70%
 Cuivre*

8 440

8 568 1,52%
 Plomb*

2 182

2 189 0,32%
 Nickel*

20 015

19 750 -1,32%
 Etain

24 000

23 940 -0,25%
 Zinc*

2 072

2 105 1,59%
 Acier (Méditerranéen) *

510

520 1,96%
Pétrole light
(New York 1 mois)

109,77

107 -2,80%
 Or (spot Comex)

1 773

1 711 -3,50%
 Argent spot Comex)

35,41

35 -1,92%
 Platine (spot Comex)

1 707

1 695 -0,70%
 Palladium (spot Comex)

708

710 0,28%
Blé
(le boisseau sur le Cbot)

6,386

6,70 4,92%
Maïs
(le boisseau sur le Cbot)

6,40

6,59 2,90%
Soja
(le boisseau sur le Cbot)

12,8

13,28 3,75%

* cours en $ la tonne sur le LME à trois mois

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Florent Detroy

Rédacteur en Chef de Matières à Profits
Florent Detroy est journaliste économique, diplômé de Science Po Grenoble.

Spécialiste des matières premières et des pays émergents. Florent Detroy a en particulier une connaissance approfondie de l'ensemble de la chaîne industrielle des matières premières – des pays producteurs aux marchés de consommation.

Pour comprendre les ressorts des marchés, il n'hésite pas à se rendre dans les confortables bureaux londoniens des négociants en commodities comme dans les plaines inhospitalières d'Asie Centrale ou dans les nouvelles mégalopoles asiatiques.

Aujourd'hui, il se consacre au conseil pour particuliers en tant que rédacteur en chef de Matières à Profits. Son but : vous ouvrir les portes du marché des matières premières. Faites-lui confiance.

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